‹ Rapports annuels de Pierre Fortin, ecr., magistrat, commandant l'expé dition pour la protection des pêcheries dans le golfe St. Laurent, pendant les saisons de 1861 et 1862 [microforme]Chapitre 3 sur 63 · ET · texte numérisé non relu

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points de la rivière, des gnrdes-pêche nommés par les magistrats de Dalhousie et de Campbelltown pour veiller à leur exécution ; mais ces gardes-pêche, n'étant pas en assez grand nombre, ne pouvaient se transporter à bien des endroits où, pendant la nuit, les Sauvages venaient pêcher au flambeau, Puis c'était encore les mêmes règlements de pêche qui étaient en force. LL est vrai que los magistrats du comté, assemblés en session générale, en avaient passé de uouveaux ot de plus elicaces; muis, à cause de quelque défaut de foime, ils n'avaicet pu recevoir la sauction du gouverneur de la province, et, par conséquent, n'étaient pas veuus en force. Où espérait pourtant qu'ils le deviendraient bientôt; et on devait y joindre d'autres clauses destinées à compléter, autant que possible, l'assimilation des règlements du Nouveau-Brunswick à ceux du Canada.

[l est très certsinement à désirer que ce résultat soit obtenu bien vite; et, avec la faculté qu'ont maintenant les magistrats des deux provinces de poursuivre et de faire arrêter, sur l'une couine sur l’autre rive, tous ceux qui auraient coutreveuu aux règlements de pêche, on pourrait alor: cunpêeher effectivement la pèche illégale du saumon daus la rivière Ristigouche conme dans ses afluents : et, c'est à cette condition seule que les pêcheries de saumon de cette rivière si considérable et si pittoresque pourrout devenir ce qu'elles étaient autrefois, c'est-à-dire, les pêcheries de saumon les plus importantes de toute l'Amérique du Nord.

Dans la division de M. Cook, il n’y avait pas eu de contraveution à la loi de pêche, de même que dans celle de M. Dimock, de New-Richmond, où je m’arrêtai le 28

Nous touchâmes à New-Carlisle le 29, et le 30 nous nous rendîmes à Caraquette.

Aussitôt arrivé 1à, je pris des mesures pour faire pêcher et transporter &rois cents barils d'huîtres dont j'avais besoin pour continuer les bancs artiticiels de ces mollusques, que j'avais commencés dans le Bassin de Gaspé. [ fallait que les huitres fussent transportées à bord de Ze Canadienne aussitôt après avoir été pêchées, et que, le chargement complété, nous nous rendissions À Gaspé avec toute la vitesse possible.

Pour atteindre ce but, je chargeai le capitaine Bernier de louer quatre grauds bateaux de pêche, avec lesquels il se rendit, le Ter octobre, sur les bancs d'huîtres de Caraquette, à six milles environ dé l’endroit où était inouillée Z4 Canadienne. Rendu là, il engagea tous les canots de pêche disponibles, et, avant la nuit, les 300 barils d'huîtres étaient pêchés. A 7 heures du soir, le premier bateau plein était rendu le lons de La Cunadienne, les autres le suivaient. Tous les marins de la goëlette se mirent alors à l'œuvre et travaillèrent avec tant d'ardeur qu'avant minuit, 200 quarts d'huîtres avaient éte transportés des bateaux dans la cale du bâtiment, au moyen de sceaux qu'on emplissait avec des pelles de bois et qu'on se passait de mains en mains. [l fallait prendre bien des précautions, afiu de blesser le moins d'huîtres possible. [l était important, pour le succès de l'œuvre que j'avais entreprise l'année précédente et que je continuais cette année, il était important, dis-je, que je pusse déposer sur les nouveaux bancs des huîtres ayant toute leur vigueur, et n'ayant pas été exposées à aucun de ces accidents qui compromettent leur vitalité. On sait que si une huiître, à la suite d’une blessure à son écaille, perd l’eau que cette écaille contient et qui lui est nécessaire, et la respiration, elle ne tarde pas à mourir.

Le restant des huîtres fut mis à bord le 2 au matin. A midi, nous levâmes l’aucre avec une légère brise de l’ouest qui uous permit de sortir de la baie de Caraquette. Dans Paprès-midi, nous fûmes retenus quelque temps par le calme par le travers de Shippagan, mais vers le soir le bon vent prit, et nous voguâmes, toutes voiles dehors, vers Gaspé.

Le lendemain matin, nous étions à l’entréc de la baie de Gaspé, où le calme nous arrêta pendant quelques heures ; puis survint le vent du nord ouest, à l’aide duquel nous parvinmes au Bassin de Gaspé à 5 heures p. m.

Le +, dès le matin, je fis commencer les travaux de la plantation des huitres dans le Bassin de Gaspé et dans le voisinage des banes d’huîtres que j'y avais déjà faits. Voici comment je fis conduire les opérations :

On emplissait des barils d'huîtres dans la cale, en prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas les briser; au moyen d'un palan on les hissait sur le pont, et de là on les plaçait dans un grand chalan amarré le long du bord. Cette embarcation remplie (elle pouvait contenir 90 bari's), on la remorquait sur les fonds que j'avais choisis d'avance et marqués avec des bouées, puis on vidait les huîtres à l’eau, en ayant soin de changer le chalan continuellement de place, pour que les huîtres couvrissent partout le fond également; et, avant la nuit, 200 barils d’huîtres avaient été déposés à l’eau, comme je viens de le dire.

Le 5, le restant des huîtres, moins 15 barils, que je réservais pour essayer une nouvelle manière de former des bancs d’huîtres, et qui consiste à les placer sur des claies faites de

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Le capitaine Bernier, qui avait conduit les opérations du transport et du placement des huîtres, fit faire une elaie de la grandeur voulue, et, après l'avoir couverte des huîtres que nous avions en réserve, le tout fut subimergé et retenu au fond de l'eau comme je l'ai dit plus haut. Il va sans dire que les lieux où ont 6t6 faits les nouveaux bancs d'huîtres sont marqués par des ancres et des poteaux plneés sur la ferme de M. LeBoutillier, vis-à-vis de laquelle ils se trouvent.

Ces opérations de la formation de bancs d'huîtreg artificiels avaient été faites dans des conditions qui permettaient une réussite certaine. Les huîtres avaient été pêchéos et transportées à bord de la goëlette avec beaucoup de soin et en le imoins de temps possible ; le voyage de Caraquette à Gaspé avait 6t6 accompli avee rapidité, malgré des calmes et un peu de vent contraire, en sorte que 220 barils d'huîtres avaient 6t6 déposés sur leg bancs de Gaspé en 60 à 72 heures seulement après avoir été enlevées de leurs lieux d'habitation dans la baie de Caraquette, et le restant 18 heures plus tard.

J'avais opéré avec de meilleures chances de succès qu'en 1859, puisque l'expérience m'avait appris quelles étaient les précautions À precdre pour couserver les huîtres iutactes, et qu'elles avaient été beaucoup moins de temps hors de leur élément naturel,

Ces travaux terminés, je m'occapai d'examiner les bancs d'huîtres formés en 1859. Je fis draguer, avec une drague à pêcher, les huîtres sur ces bancs, en me réglant sur les ancrages indiquant les endroits où les huîtres avaient été déposées; mais cet instrument était trop léger, ct, comme il avait 6t6 fait pour racler les fonds durs, je ne pus réussir dans cette entreprise comme je l'aurais désiré. Pourtant, 80 huîtres, dont le quart vivantes et paraissant dans les meilleures conditions possibles, furent tirées du fond. Elles étaient blanches, grasses et très fraîches. Elles n'avaient nullement perdu la saveur délicate que nous connaissons aux huîtres de Caraquette ; au contraire, nous les tronvâmes, plusieurs personnes notables du Bassin de Gaspé, à qui j'en fis goûter, et moi, égales, sinon supérieures, à tout autre huître. Mlles paraissaient avoir augmenté en volume.

J'avais obtenus des résultats encore plus satisfaisants le 9 août, lorsque je fs draguer sur les mêmes bancs. Sur 40 huîtres que nous pêchâmes, IS étaient vivantes; et nous crûmes découvrir, sur plusieurs d’entre elles, de petites huîtres, ce qui attestait que l'acte de la reproduction s'étoit accompli, quoique d’une manière limitée. Or, il est probable qu'après avoir été dérangées et enlevées de leur lieu natal et transportées sur des fonds étrangers, où la terre est d’une nature un peu différente, et dans des milieux autres que ceux où elles ont vécu jusqu'alors, les huîtres, pour les premières années, ne se reproduisent que dans des proportions très restreintes.

Mais le fait le plus important à établir était celui-ci : les huîtres peuvent-elles vivre sur quelques points de nos côtes? Eh bien? ce fait est prouvé d'une manière certaine et authentique, puisque de 15 à 20 pour cent, au moins, des huîtres qui ont été placées en 1859 dans le bassin de Gaspé y vivent deux ans après. Et si elles vivent, il faut qu'elles se reproduisent: or, rien de plus facile pour l’huître, lorsqu'elle se trouve dans des milieux convenables, puisqu'elle est hermaphrodite.

Je crois que la raison pour laquelle nous avons trouvé si peu de frai sur les limites, c'est que, ne trouvant aucun corps sur lesquels il put s’attacher, à part les huîtres ellesmêmes, qui ne sont toujours qu’en petit nombre, il a été entraîné dans quelque partie de la Baie de Gaspé par les courants.

Et pour remédir à cet inconvénient, je me propose de couvrir les bancs d’huitres de petites branches d’arbres, comme de bouleau, qui seront retenues au fonds de l’eau par de petites pierres. Le frai en sortant de l’huître, rencontrera ces corps sur son passage, ct s’y attachera au moyen de la matière viqueuse qui l’entoure à cette époque de son existence.

Pour les huîtres que j'ai fait placer sur une claie, le frai qui en sortira s’attachera sur les petites gaules qui sont enlacécs dans les bancs de traverse, et celles-là n'auront pas besoin de branches pour les couvrir.

D'ailleurs, en examinant, tous les ans, les bancs d’huîtres avec une drague adaptée aux fonds sur lesquels elles reposent, et en observant Jes conditions respectives des différents bancs, on ne tardera pas à découvrir quel est le meilleur système à adopter pour opérer le développement rapides des bancs d’huîtres artificiels de Gaspé,

Pendant cette visite au Bassin de Gaspé, je m’'occupai de la plainte d’un capitaine contre un de ses matelots, lequel s'était rendu couprble d’assault sur la personne du second officier du bord.

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L’accusé fut traduit devant moi, et l'offense ayant été prouvée, le prévenu fut condamué, en vertu de l’acte impérial de la marine marchande, à huit semaines d’emprisonnement, et je le confiai à la garde d’un de mes constables jusqu’à ce qu'il put être conduit en prison. Aucun autre incident ne signala notre visite au Bassin de Gaspé.

Le 9 au. matin, nous mîmes sous voiles et arrivâmnes le soir à Percé. Le prisonnier fut livré au gardien de la prison du lieu, et dans la nuit nous partîmes par l'Ile d’Anticosti.

Le 10 au soir, nous mouillâmes sous le phare de la pointe sud-ouestde l’île. Je réglai avec M. Corbett, le locataire de l’[le d'Anticosti, la question des licences des pêcheries de saumon de cette île : en conformité d'instructions que j'avais reçues à eet effet, je les lui louai toutes (moins ure petite pêche sur la côte, dans la baie du sud-ouest, que M. Bossé avait déjà louée l’année précédente), comme repésentant les propriétaires de la seigneurie de l’Ile d'Anticosti. Les règlements de pêche, surtout ceux qui concernent la pêche du saumon, avaient été strictement observés dans les rivières de l’île.

Le même soir, nous fimes voile pour Ja Baie d'Ellis ou de Gamache, et nous y arrivâmes le lendemain, à midi. Je n'avais affaire là que pour Île recensement ; car il n’y réside qu'uue famille : c’est celle du gardien du dépôt de provisions que le gouvernement y maintient pour secourir les naufragés. .

Le soir, nous touchâmes au phare de la pointe ouest de l'Ile d’Anticosti, dont le gardien, M. Ballantyne, me fournit les renseignements suivants :

La morue, dont on avait remarqué la présence sur les bancs qui se trouve au large de la pointe du phare, y avait afflué cette année en plus grande quantité que jamais. C’est dans le mois de mai qu’elle avait commencé à s’y montrer, et elle y était encore abondante. Des goëleties américaines de la Nouvelle-ifcosse y avaient fait des charzements complets dans trois à quatre semaines seulement, et les pêcheurs de la longue pointe de Mingan y étaient venus pêcher aussi au commencement de la saison, avant que la morue parut sur la côte du Nord. Mais comme le locataire de l'île ne leur permettait pas de faire des établissements permanents sur l'île, ceux-ci étaient forcés de rester sur le rivage, et de construire leurs cabanes à sécheries avec du bois qu'ils étaient obligés d’aporter du Nord.

C'est un grand malheur pour l'avenir de nos pêcheries marithnes que l'Ile d’Anticosti, qui compte 40 lieues géographiques de longueur sur 11 de largeur, avee 285 milles de côtes, près desquelles affluent, en diverses saisons de l’année, la morue, le maquereau, le flétan et même le hareng, ne soit pas propriété publique, ou au moins que les pêcheurs canadiens n'aient pas la liberté d’y faire, sur les côtes, des établissements permanents et des sècheries pour servir à l'exploitation de la pêche des poissons que je viens de nommer, les propriétaires de l’île n’y faisant pas faire la pêche eux-mêmes, et le locataire de l’île ne s’occupant que de celle du saumon et de la chasse des animaux à fourrures, et une partie des ressources de l’île se trouvant perdue pour le pays. Je suis certain que si nos pêcheurs avaient pu s'y établir sans payer des droits onéreux aux seigneurs où à leur locataire, plusieurs points de cette grande île seraient déjà habités depuis longtemps.

Le même soir, nous quittâmes la pointe ouest de l'île et fimes route au Nord. Nous fîmes la traversée du chenal d’Anticosti en peu de temps, grâce à un fort vent du sud-est qui augmentait à chaque instant; mais rendus sur la côte nord, nous ne pûmes y mouiller tant les vagues étaient grosses près du rivage, Nous mimes à la cape pour la nuit, Le lendemain, tempête violente de vent d’Est, et, par conséquent, inutile de songer À gagner Mingan, but d2 notre voyage. Nous fûmes donc forcés d'aller nous abriter dans le port des Sept Lles, où nous arrivâmes à midi et demi. M. Smith, le percepteur de ce port, me dit que plus de 120 goëlettes canadiennes, allant soit porter des cargaisons, soit trafiquer dans les limites du port-frane de Gaspé, soit au Labrador ou à T'erreneuve, y étaient venues faire déclaration et prendre leur acquit.

C'était certainement un grand nombre de bâtiments pour la première année de l’établissement du port des Sept-Iles, et on pouvait augurer de là une augmentation considérable du commerce de la côte Nord du golfe Saint Laurent et de T'erreneuve avec le Canada pour l'avenir. La pêche de la morue avait été fructueuse aux Sept-Iles pour les quelques bateaux qui y avaient passé l’été. Ils comptaient jusqu’à 100 quintaux chacun.

Le 14 au matin, nous sortîmes de la Baie des Sept-Iles avee un fort vent de la partie de l’ouest. Mon intention était d'arrêter à la Rivière Moisie; mais avec la grosse mer qu’il faisait, il était inutile d’y penser non plus que de visiter les postes intermédiaires entre cette Rivière et Mingan, comme Shelldrake, la Rivière au Tonnerre et Magpie ; car le vent avait augmenté vers le milieu du jour, et s’était changé en une véritable tempête, qui nous

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fis faire une course très rapide jusqu’à Mingan, où nous jetâmes l’ancre à 9 heures p. m. Nous avions ainsi parcourus, en 10 heures, une distance de 100 milles.

Quatre bâtiments chargeaint, dans le port de Mingan, de morue sèche pour les pays étrangers. C'était principalement pour le compte de la maison Robin et Cie., et plusieurs autres goëlettes et bricks en étaient déjà partis avec des cargaisons de même espèce. Le Havre de Mingan est bien situé pour servir de centre de commerce de poisson pour la côte Nord ; il est facile d’ accès, et très sûr pour les navires du plus fort tonnage ; et on ÿ trouve de l'eau et du bois facilement. La compaguie de la Baie d'Hudson ytient un établissement avec un magasin bien assorti de marchandises et de provisions de toute espèce; et ce port qui, il n'y a que quelques années seulement, ne servait que de havre de refuge aux Vaisseaux pêcheurs et aux caboteurs, promet de devenir sous peu un port d’une “certaine importance, surtout si l'augmentation des établissements de pêche sur la côte Nord, depuis Mingan et les Nept-[les, se continue dans les mêmes proportions que depuis cinq ans.

Je n'ai pas besoin de dire que le saumon avait abondé dans la Rivière Mingan, puisqu'aucua ret n'y avait été tendu.

Le 16, nous nous rendîmes à la Pointe-aux-Esquimaux. Le village bâti sur cette pointe compte déjà 38 familles acadiennes originaires des Iles-de-la-Madeleine. Il y a une église catholique et un prêtre résidant: On se propose d’y établir bientôt une école. Les pêcheurs de cet endroit avait bien réussi dans leurs entreprises depuis qu’ils y étaient. Lis s'occupent de la chasse au loup-marin sur les glaces flottantes du golfe, de la pêche à la morue et de celle du hareng. Près de la Pointe aux Esquimaux, il y a peu de pêcheries considérables ; mais le havre ey est excellent, et on y trouve de l’eau douce et du bois en abondance, Ce village devra s'augmenter rapidement, si les pêches continuent d’être bonnes comme elles l'ont été depuis quelques années.

e 17, le vent d'Est prit, et nous obligea de renoncer au voyage de Natashquan que je m'étais proposé de faire. Nous revinmes donc à Mingan, puis, vers le soir, nous allâmes mouiller à la Longue-Pointe, où mes services avaient été requis.

En effet, le lendemain, une plainte pour vol et une autre pour recel furent faites devant moi par M. Flamilton; j'émanai aussitôt des warrants pour arrêter les coupables, qui furent amenés à bord. Je pris, devant eux, les témoignages de plusieurs personnes qui avaient eu connaissance de laflaire, et qui prouvèrent la culpabilité des prisonniers. Mais, comme le vol n'était pas d’une grande valeur, je voulus les admettre à caution; et ce n’est que sur leur refus de produire des cautions suffisantes que je donnai l’ordre de les conduire à la prison de Percé, pour de là être transférés à celle de Québec.

Vers le soir, on vint me faire une autre plainte: c'était un cas d'assaut et batterie. L accusé fut amené à bord, mais l’heure avancée qu’il était ne me permit pas de disposer de l'affaire ce jour-là. Le lendemain matin, les témoins furent entendus, et leurs témoignages prouvèrent qu'un assaut grave avait été commis par le prisonnier sur une personne inoffensive, et je le condamnai à la plus haute pénalité portée en pareil cas. Le prisonnier

ne put ou ne voulut pas payer l’amende imposée ; je fus donc obligé de le garder à bord pour le conduire à la prison de Percé.

Cette afaire terminée, nous levâmes l’ancre à 11 h. a. m., pour nous rendre à Percé. Le vent nous favorisa d’abord, mais il devint ensuite plein debout. Nous courûmes toute la journée vers la côte sud, et, dans la nuit, nous virâmes de bord par le travers du Grand-Etang. Le lendemain, ils 'éleva, vers le milieu du jour, une belle brise de vent d'ouest qui nous amena à Percé à 1 heure p. m.

Le lendemain, j’envoyai les prisonniers, sous escorte, à la prison commune.

Je visitai, dans la journée, les établissements de pêche. Depuis quelques semaines, on se plaignait, sur la côte, de la grande rigueur de la saison. Les gros vents d’Est, des pluies fréquentes, et la brume qui accompagne presque toujours les vents de la partie de l'Est et du sud-est, étaient venus interrompre les travaux de nos pêcheurs. A peine s'ils avaient pu se rendre sur les bancs les plus voisins du rivage et y pêcher pendant quelques jours. es bateaux étaient tirés sur la plage au-delà de la marque des hautes marées, et les usteusiles de pêche mis à l'abri dans les hangars ; on aurait dit que tous les travaux de pêche étaient terminés pour l'année. Pourtant, la morue paraissait afluer sur les côtes. Quant aux appâts, ils étaient rares, mais on pouvait encore s’eu procurer à l'entrée des petites rivières.

Depuis très longtemps, Percé et les parages avoisinants n'avaient pas été visités par les goëlettes des Etats-Unis. Du reste, il en était venu dans l’été, un moins grand nombre qu'à l'ordinaire.

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Le soir, nous profitûmes d’un vent frais de la partie de l’ouest pour faire voile pour les Tles-de-la-Madeleine, où nous mouillâmes le lendemain soir, sous le cap aux Meules,

Lo 28, le prisonnier qui s'était échappé, lors de mon dernier voyage, fut amené devant moi. J’examiuai l'affaire, et j’admis le prisonnier à caution pour comparaître à la prochaine cour criminelle.

Je visitai l’Etang-du-Nord, et l’on me fit ies rapports les plus satisfaisants sur la pêche de la morue et du maquereau d'été. On sait qu’à cette époque, ce poisson est dans toute sa beauté, et d’une valeur triple, au moins, de celle qu’il avait au printemps, On comptait 100 quintaux de morue et de 20 à 25 barils de maquereau par chaque bateau de l'Etangdu-Nord. C'était une belle et riche moisson ; mais celle des champs n’avait pas été moins fructueuse. Le blé et les autres grains avaient donné des produits de qualité supérieure ; le foin avait été très abondant ; les pommes de terre seules avaieut souffert de la maladie particulière à ce tubercule.

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