‹ Rapports de l'emphysème avec la tuberculose pulmonaireChapitre 20 sur 33 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Due à l'obligeance de M. le Dr Moxcour.

Emphysème ancien, crises d'asthme, tuberculose chroniqne. Bacilles de Koch dans les crachats, albumo-réaction positive. Hérédité paternelle tuberculeuse.

Il s'agit d'un homme de 39 ans, papetier, qui vint consulter M. Mongour le 9 janvier 1911.

Son père est mort à 26 ans. Mère vivante. Un frère de 40 ans. Pas de sœur.

Femme vivante, deux enfants bien portants.

Né à terme, n'a pas eu les maladies de l'enfance, sauf peut-être la rougeole. A fait son service au 144° de ligne.

Début de la maladie. — À 19 ans, sans cause connue, le malade fut pris pendant la nuit d'hémoptysies abondantes; depuis lors, il à constamment toussé, surtout l'hiver, et des hémoptysies se sont produites à plusieurs reprises; enfin, depuis huit ans, le malade est sujet à des crises d'asthme.

Il s'agit d’un homme maigre. Taille, 168 centimètres. Poids, 56 kilos.

Thorax plat en avant, bombé en arrière. Tour de poitrine : inspiration forte, 89 centimètres ; expiration forte, 85 centimètres.

A l’auscultation : En avant, à droite et à gauche, sonorité exagérée, vibrations diminuées, râles muqueux, sibilances et quelques rares craquements, inspiration spasmodique, expiration lente; en arrière, sonorilé normale, vibrations nulles, râles muqueux, sibilances et ronflants, inspiration spasmodique, expiration prolongée.

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Malade très oppressé; expecloration abondante, constituée par des crachats blancs mousseux.

Un à quatre bacilles de Koch par champ microscopique, nombreux leucocytes, pas de pyogenes associés (Brandeis).

Albumo-réaction positive.-

Ce malade a été soumis avec un plein succès aux injections de tuberculine T. J. par M. Mongour.

Actuellement, il est en excellent état, moins essoufflé, mais les

râles muqueux persistent.

Argumentation.

De toutes ces observations se dégage un ensemble symptomatique qui, sur bien des points, fait songer à la tuberculose.

Nous allons en retracer rapidement l'esquisse en insistant surtout sur ce qui permet d’en suspecter l’origine.

Chez presque tous nos malades, nous avons constaté des antécédents certains de tuberculose, quelquefois par hérédité, le plus souvent par contagion familiale ou autre.

Presque toujours, la maladie a débuté par une bronchite, un chaud et froid avec quelques points de côté, quelques frissons. Cette soi-disant bronchite disparaît avec le repos observé pendant quelque temps, un mois au plus. Mais à partir de ce moment, tous les hivers la toux reparaît et l'expectoration devient manifeste. L'état général reste malgré tout relativement bon, le malade digère bien, c'est à peine s’il a quelques sueurs la nuit, quelques degrés d'élévation thermique le soir.

Mais assez souvent ces symptômes vont s'accentuant. La toux el les crachats ne cessent pas, des troubles dyspeptiques s'installent, de la toux gastrique survient, suivie du rejet des aliments, l'amaigrissement commence à se manifester causé par l'anorexie et l'intolérance de l'estomac. Parfois alternent, avec cette bronchite qui ne cède pas, des congestions pulmonaires (enaces qui se localisent désespérément au sommet.

On note également l'existence de périodes de cachexie, « sin-

gulièrement semblables à des poussées de tuberculose », Le malade maigrit, perd ses forces, il a un peu de fièvre le soir et quelques sueurs nocturnes, l'appétit est le plus souvent atteint ; seule une petite toux sèche attire l'altention du côté du poumon ct fait porter sur cette manifestation suspecte Le diagnostic d'infection bacillaire. |

Ces sujets ont assez couramment des hémoptysies plus ou moins abondantes survenant particulièrement le matin. Il convient de signaler aussi chez eux l'extrême fréquence de la pleurésie (trois des nôtres en ont été atteints). C’est tantôt de la pleurésie sèche, tantôt même de la pleurésie séreuse. Il ne nous à pas été donné de faire cette dernière constatation.

M. le D' Mongour en rapporte sept cas : « J'ai pu recueillir l'observation de sept pleurétiques devenus ultérieurement emphysémateux ; dans tous ces cas, la formule cytologique était celle de la pleurésie tuberculeuse; deux fois l'injection du liquide pleurétique faite au cobaye détermina l’éclosion de la tuberculose classique par inoculation ».

Au cours de ces différents processus morbides, la dyspnée à fait son apparition et parfois dix, quinze ans et même plus après le début des premières manifestations bacillaires. Cette dyspnée est progressive : d'abord l'oppression ne se manifeste que dans certaines circonstances, quand le malade fait des efforts répétés ou des mouvements trop rapides, puis elle s'accentue, rendant finalement tout travail impossible. L’emphysème s'est installé en même temps et a suivi un développement identique. À ce moment, la similitude entre l’emphysème tuberculeux ou non taberculeux est très grande, tant au point de vue de l’habitus extérieur du malade que pour les signes sthétoscopiques qu’il présente. Même allure générale, même conformation thoracique avec cependant une tendance manifeste à l'aplatissement, ce qui suffit parfois à mettre sur la voie du diagnostic. Par ailleurs, même symptomatologie physique ; l'inspiration est rude dans Les deux cas, l'expiration est également prolongée dans une forme comme dans l’autre. On trouve de la diminution du murmure vésiculaire, des râles sous-crépitants, des râles caverneux,

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indice chez l'emphysémateux d'une dilatation bronchique. C'est à peine si l'on peutdire que la sonorité de l'emphysème masque complètement la matité due au processus tuberculeux.

Rapprochons de ce tableau clinique celui de la tuberculose à ses débuts.

Il s'agit de malades qui se plaignent d'un rhume négligé, qui ont eu aussi, il y a plusieurs mois, une bronchite qui n'a jamais guéri et depuis laquelle leur santé ne s’est jamais rétablie ; ils toussent, ils maigrissent, ils perdent leur force, ils ont des crachats striés de sang, ils sont facilement essoufflés, l’appétit est mauvais, les digestions sont pénibles et accompagnées de régurgitations et vomissements. Tantôt c’est une pleurésie, qui date de loin, qui a marqué Le début de leur affection, tantôt c'est une hémoptisie qui est survenue sans cause appréciable dans le cours d'une santé en apparence excellente.

Il y a là, entre les deux affections, de profondes analogies qui saisissent et laissent dans la pensée du clinicien qu'il pent exister entre l’emphysème et la tuberculose un rapport incontestable.

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