‹ Rapports de la Pneumonie et du Paludisme: Essai de classificationChapitre 10 sur 26 · PNEUMONIES PALUDÉENNES INTERMITTENTES · texte numérisé non relu

PNEUMONIES PALUDÉENNES INTERMITTENTES

Les pneumonies intermittentes, dénommées aussi fièvres intermittentes pneumoniques, fièvres pernicieuses pneumoniques, où encore fièvres accompaguées paeumoniques, seraient constituées d'accès de fièvre paludéenne, tierce, double tierce, quarte ou quintane ? (cas unique d’Arloing), au cours desquels on constaterait tous les symptômes de la pneumonie à son premier ou à son second stade ; ces symptômes disparaîtratent pendant l’apyrexie, complètement ou à peu près, pour reprendre avec l'accès suivant ; ainsi donc, avec le frisson d’un accès s’installeraient brusquement : un point de côté, de la dyspriée, de la toux, une expectoration le plus souvent rouillée, tandis qu'objectivement on constaterait, après une période d’engouement d'une durée extrêmement réduite, des signes caractéristiques de l'hépatisation rouge, et tout disparaîtrait avec la même rapidité pour ne se reproduire qu’à l'accès suivant.

En somme, la note dominante serait la mobilité extrême de la lésion. Les observations de ce type abondent ; certains auteurs en rapportent de nom-

breuses : elles commencent avec Morton qui, le premier, décela lélémént paludéen sous les manifestations pneumoniques fugaces, puis continuent avec Lautter, J. et J. P. Franck Sarcone et Arloing ; Alibert les mentionne dans son {traité et des cas restent classiques, tels ceux du prêtre de Nepple, du forçat de Fleury de Rochefort, du pompier de Roche et Samson ; à ces noms, il faut encore joindre de nombreux autres : Delourmel, Chauffard, Blaud, Puntous, Cazentre, Bonnet, Delacroix, Fallier, Laënnec, Rouxeau, Grasset, Martins-Costa, Alcantara, Hildebrandt, Dumeige, Scheube, Mannaberg, Davidson, ete. Mais, à côté d'eux, Constant, Cornibert et Armingault ne voient dans les faits rapportés que des phénomènes congesfifs. « L’engorgement pulmonaire tient plutôt de la congestion que de linflammation », (dit Constant). Aussi n'est-ce pas sans étonnermetit, que nous des voyons publier des observations de congestions pulmohaire intermittente qu'ils dénomment comme ceux dont ils signalent l’erreur, fièvre intermittente pneumonique. D’autres n’acceptent l'existence de la pneumonie intermittente qu'avec les plus grandes réserves, Bard par exemple.

Hardy et Behier la nient : c’est de la même façon qu'on peut interprêter les paroles de Rayer : « La « pneumonie intermittente n’est que le résultat d’u- « ne complication. »

Pour Andral, l’obesrvation et la théorie s'élèvent contre les inflammations intermittentes : « Une

ET etes

« phlegmasie véritable ne peut disparaître tout d’un « coup d’un organe en le laissant dans l’état dont «il jouissait avant lPinvasion d'un travail patho-

« logique. »

Pourtant, des faits ont été cités ; il faut les interpréter et nous voyons Forget le faire ainsi: « On aurait « peine à croire que la pneumonie bien constituée, « à l’état d'hépatisation püût paraître et disparaître « périodiquement d'un jour à l’autre, si de graves « observateurs ne l'avaient constaté ; néanmoins, « nous pensons qu'il s’agit le plus souvent du $im- « ple engouement, alors que l’état congestionnel exis- « te seul, que le plasma n’a pas encore imprégné le

« parenchyme. »

« Si l'obscurité et la confusion règnent dans eette « question, dit Woillez, c’est qu'on à souvent confon- « du Ja congestion avec l’inflammation pulmonai-

(TEE

Cest à cette opinion que se rangent Jaccoud, Kelsch Kiener.

Colin, Griesinger, Vallin, Lelièvre, et plus récemment Laveran, Crespin, Maïlfert, Marchoux, Grall et Clarac, ainsi que De Brun, Duba, Lèques, Geagea et Hamelin qui, sous la dénomination de pneumopaludisme, décrivent des faits dont quelques-uns ressemblent à la fièvre intermittente pneumonique.

A quel avis nous rallierons-nous - De laveu même des partisans de la pneumonie paludéenne, le plus souvent les lésions pulmonaires ne dépassent pas Je

premier stade. Remarquons en outre que la matité franche de la pneumonie est loin d'y être toujours observée ; le plus souvent, il s’agit de submatité, souvent bilatérale, parfois quittant un poumon pour l'autre au cours de deux accès successifs ; le souffle tubaïre n’est pas constant ; bien souvent il ne s’agit que d’une expiration soufflante. Le râle est la plupart du temps un râle sous-crépitant, auquel s’adjoignent fréquemment des râles muqueux et sibilants ; l’'expectoration est le plus souvent muqueuse, striée de.sang, parfois spumeuse ou hémoptoïque ; il n’y à pas là le crachat pneumonique ambré dont la viscosité est un signe pathognomonique ; enfin, cette mobilité considérable dès symptômes, ne cadre nullement avec ce que l’on observe dans la pneumonie. Quand un pneumonique à fait sa crise et que la température est tombeé à la normale, est-ce à dire qu’il ne tousse plus, qu’il ne crache plus, que ses poumons ont récupéré leurs propriétés antérieures ? Il suffit d’avoir suivi quelques pneumonies pour être assuré du contraire. Nous voyons donc que ce tableau clinique, toujours le même, que l’on retrouve dans les observations de pneumonies intermittentes, ne peut être la signatre d'une phlegmasie, mais qu’au contraire, en l’'analysant, le diagnostic qui saute de suite à l'esprit est celui de congestion.

Le cas récent de Marchoux vient nous montrer en quelque sorte, le mécanisme de la lésion. Aussi croyons-nous devoir le rapporter ici.

OBSER VATION

publiée par M. le D' Marchoux, à la Société de

pathologie exotique (1908)

En 1897, un malade avait été envoyé à l'hôpital avec le diagnostic de pneumonie ; sa température atteignait 40°5. À l’auseultation, on percevait nettement du souffle et des râles sous-crépitants dans les deux poumons, il y avait de la submatité générale et des crachats rouillés. Le diagnostie, malgré ces symptômes, ne paraissait pas s'imposer ; da soudaineté des accidents pulmonaires, la rapidité d'apparition des erachats rouillés m'avaiïent surpris. L'examen microscopique de ces crachats eût bien vite fait d'éclairer le diagnostic ; on n’y voyait pas de pneumocoques, mais on y trouvait en abondance des hématozoaires pigmentés de variété tropicale. Lies parasites n'étaient pas rares dans les préparations de sang pris au doigt, mais ils y existaient en quantité beaucoup moindre que dans les erachats. Le malade guérit rapidement sous l'influence de la quinine et les phénomènes pulmonaires disparurent en même temps que la fièvre. (1)

Ainsi donc, il s’est agi d'accès paludéens empruntant tout à fait l'allure d'une pneumonie ; pourtant les signes d’auscultation et l’'expectoration ont permis de reconnaître la congestion dont l’origine a été identifiée par l'examen des crachats. Remarquons que si l’'hématozoaire a été retrouvé dans l’expectoration, (1) Au moment où notre travail était à l'impression, nous observions, dans le service de M. le D' Dumolard, où nous sommes interne, un cas de congestion pulmonaire survenue en cours d'accès ; les crachats sanglants du malade contenaient des hématozoaires (intra-globulaires) de la tierce bénigne (formes amiboïdes et rosaces); la congestion disparut avec l'accès.

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c’est parce qu'elle contenait du sang ; d'autre part, la présence dans ce sang de parasites plus nombreux que dans le sang circulant, semble bien nous montrer qu'il y avait eu afflux parasitaire dans les capillaires du poumon, et que c'est là l’origine de la fluxion. Ainsi done, les pneumonies intermittentes décrites jusqu'ici nous semblent être des congestions actives dans le genre de celle que nous venons de rapporter. Ajoutons que l'allure intermittente d’une courbe ne saurait, d'autre part, suffire à conclure au paludisme, car il faut se souvenir des faits de A. Clark, Jaccoud, Pageault, Bertrand, Comby, Martinet, qui ont trait à des pneumonies intermiltentes à pneumocoques, évoluant chez des malades exempts de palu-

disme.

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