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CHAPITRE PREMIER

Tuberculose materneile

Depuis les remarquables travaux de MM. Strauss et Chamberland, sur le passage de la bactéridie charbonneuse de la mère au fodtus, un certain nombre d’expérimentateurs ont cherché à généraliser cette notion du passsage des microbes pathogènes à travers le placenta, et surtout à l'appliquer à l'interprétation de l’hérédité tuberculeuse ; plusieurs d’entre eux ont émis l’opinion que l’hérédité de la tuberculose ne consiste pas uniquement dans la transmission de la prédisposition à contracter la maladie, mais dans la transmission au fœtus du germe tuberculeux lui-même ; ce germe, dans certains cas, n’évoluerait pas immédiatement après la naissance, mais serait susceptible de sommeiller et de demeurer latent pendant un temps parfois très long, comme cela s’observe dans la syphilis héréditaire; dans d’autres cas, il se manifesterait chez l'enfant, dès la naissance, par la présence dans ses organes des lésions caractéristiques de la tuberculose.

RS Aie Pour démontrer la possibilité d’une tuberculose congénitale, il faut que des autopsies nombreuses viennent révéler la présence de tubercules chez le fœtus, dans les premiers mois de la grossesse ; les constatations de cette nature existent, mais, il faut le reconnaître, sont fort rares dans l’espèce humaine. Nous les rapportons ici en les faisant suivre des observations analogues recueillies chez les animaux.

Le cas suivant, publié par M. Charrin et que nous rapportons à cause de son importance, peut être considéré à bon droit comme un type de ce genre de lésions.

Observation VIII

(S. CHarRIN, interne des hôpitaux, Lyon médical, 1873)

Tuberculose généralisée chez un fœtus de sept mois et demi. — Mère devenue tuberculeuse au cours d’une grossesse, accouchée prématurément.

A la naissance de l'enfant, nous fûmes tout d'abord frappe du développement énorme du ventre. Rapprochant ce fait du facies cachectique, de l’'émaciation considérable de la mère, nous fûmes naturellement conduits à diagnostiquer une affection tuberculeuse des ganglions mésentériques, d'autant plus que, par le palper, nous constations de la fluctuation et quelques !nodosités profondes. Le lendemain de sa naissance, cette enfaut présentait de l'œdème des membres inférieurs, œdème qui se généralisa très vite. Elle était si faible qu'elle tétait à peine au biberon, encore vomissait-elle souvent ce qu'elle prenait. Elle vécut à peine trois jours.

Autopsie de l’enfant. — Tout le tissu cellulaire sous cutané est infiltré d’une sérosité épaisse, s'écoulant difficilement, retenue qu'elle est dans les aréoles connectives. L'ouverture de la cavité péritonéale donne issue à une notable quantité de liquide jaune citrin, limpide sans flocons fibrineux. Sur le graud épiploon, on voit, le long des vaisseaux, de nombreuses granulations miliaires. Les ganglions mésentériques hypertrophiés sont presque tous caséeux. Ceux qui occupent la petite courbure de l'estomac forment par leur union une masse

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unique, lobulée, jaunâtre, résistante, englobant dans son épaisseur la veine porte, les voies biliaires, la tête du pancréas et le tronc cœliaque. Sur les anses intestinales, on aperçoit, de distance en distance, quelques granulations dont le siège anatomique paraît être le tissu de la séreuse. Nous n'en avons point trouvé sur la muqueuse digestive. :

La rate, fort peu augmentée de volume, est farcie de tubercules, tant à sa surface que dans son épaisseur. Elle est recouverte en grande partie de pseudo-membranes excessivement ténues (péri-splénite). Même confluence de la lésion sur le foie ; on dirait un semis de grains de semoule, tant sous la capsule que daus l'épaisseur du parenchyme. La vésicule biliaire est tout à fait saine.

Les reins sont le siège d’infarctus uriques très manifestes. Toutes les pyramides, en effet, présentent, surtout vers leur sommet, des stries rouge brique, miroitantes, si on les regarde à jour frisant, formées par des dépôts d’urates. Nous n'avons trouvé aucune altération tuberculeuse, soit dans la substance corticale, soit dans la médullaire. Dans le hile du rein gauche, nous avons remarqué deux petites granulations très nettes sur une des branches de l'artère rénale. Les capsules surrénales offrent toutes deux quelques tubercules miliaires grisâtres, saillants, sur une coupe parallèle à la direction de l'organe.

Les organes génitaux sont indemnes de toute altération. Dans la cavité thoracique, les lésions sont moins avancées. La poussée tuberculeuse est, en effet, très discrète sur les poumons ; on n'y trouve qu’un nombre peu considérable de granulations grises. La plèvre ne contient pas de liquide; son feuillet viscéral participe à l'altération du poumon; son feuillet pariétal est, au contraire, tout à fait sain. Les grosses bronches, la trachée, le larynx, d’une part; le péricarde, le cœur, de l’autre, sont exempts de toute manifestation de Ja diathèse. Le thymus est fort peu développé; son tissu paraît normal. On trouve toute une chaîne de ganglions caséeux, étendus de la base du thorax à la région sus-hyoïdienne. Les plus volumineux, les plus altérés, sont les ganglions bronchiques ; plusieurs d'entre eux adhèrent ensemble et ne constituent qu’une seule masse caséeuse.

Malgré un examen minutieux, nous n'avons rien trouvé, ni dans les méninges, ni dans les centres nerveux.

Cependant, en un point du lobe frontal droit, dans la substance

LS ARE blanche, nous avons trouvé un petitfoyer jaunâtre, gros comme une petite lentille.

La colonne vertébrale, la plupart des os, examinés avec soin, n'ont présenté aucune altération.

Nous n'avons pu nous procurer le placenta, dont l'examen eût été particulièrement intéressant.

Dans un cas publié en 1882, M. Berti (de Bologne) a trouvé deux petites cavernes remplies de matières caséeuses dans le bord postérieur du lobe inférieur du poumon droit, chez une enfant née à terme d’une mère phtisique. L’enfant succomba huit jours après sa naissance. La nature tuberculeuse de la lésion fut démontrée par l’examen histologique des cavernes.

M. Merkel (de Nuremberg) a observé une enfant née à terme d’une mère qui succomba deux jours après son accouchement de pthisie avec cavernes et infiltration tuberculeuse des poumons. L’autopsie de l'enfant révéla l'intégrité absolue des poumons, mais la présence d’un foyer caséeux derrière l’articulation de la hanche, et un autre au niveau de la voûte palatine.

MM. Malvoz et Brouvier apportent deux cas de tuberculose congénitale dans l’espèce bovine : Le premier cas leur est fourni par un fœtus de huit mois, provenant d’une vache atteinte de tuberculose généralisée. Ils trouvèrent au niveau de la face convexe du foie quelques granulations nettement limitées et faisant saillie sous la capsule, ainsi que d’autres foyers plus profondément logés dans le tissu hépatique; ils constatèrent en outre, au niveau du hile du foie et des poumons, des ganglions lymphatiques présentant des points jaunâtres, crétacés à leur centre. Toutes ces lésions révèlèrent à l'examen microscopique la présence de follicules tuberculeux et de cellules géantes.

On ne saurait mettre en doute dans cette observation la

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transmission de la tuberculose par voie placentaire: les bacilles ont été portés par la veine ombilicale dans le tissu hépatique, siège primitif des lésions ; le parenchyme pulmonaire était resté indemne de toute altération.

Le deuxième cas a été observé sur un veau de six semaines dont l’autopsie révéla, à la surface du foie, deux nodosités grisâtres de 1 centimètre de diamètre environ, et d’autres d'inégales dimensions, logées dans ‘la substance hépatique. Les ganglions du hile étaient hypertrophiés, quelques-uns étaient crélacés, d’autres présentaient de petites taches jaunâtres, punctiformes. Les granulations et des ganglions présentaient à l'examen microscopique de nombreuses cellules géantes.

Une autre observation due à M. Csokor (de Vienne), et rapportée par M. Hergott (de Nancy), démontre avec non moins d’évidence la possibilité d'une tuberculose congénitale par voie placentaire : Dans le ligament hépato-duodénal d’un fœtus issu d’une vache atteinte d'une tuberculose des séreuses pleurale, péricardique et péritonéale, M. Csokor constate des ganglions lymphatiques tuméfiés, enfermant des amas caséeux calcifiés ; à la surface de ces ganglions, les vaisseaux lymphatiques superficiels étaient le siège de nombreux tubercules contenant des bacilles en très grande quantité.

‘On pouvait mettre en doute l'exactitude de ces faits et critiquer le caractère vraiment spécifique des lésions constatées à l’autopsie des animaux issus de souche tuberculeuse. Aussi, dès 1883, Landouzy et Martin voulurent-ils les contrôler par des expériences personnelles : ils inoculèrent à cet eftet à des cobayes des parties d’un enfant nouveau-né provenant d’une mère pthisique ; bien que les organes de l’enfant fussent absolument sains en apparence, à l'examen macroscopique, un cobaye inoculé dans le péritoine, mourut quatre mois après, d’une tuberculose généralisée. Ce dernier servit encore à

DR: Nr inoculer des séries d'animaux qui contractèrent à leur tour la maladie. Un résultat identique fut obtenu par l’inoculation du sang du placenta d’une mère pthisique.

D'aitres expérimentateurs ont renouvelé les mêmes essais, et en ontobtenu des résullats analogues : Koubassoff prétend même avoir communiqué la tuberculose à des fœtus, à l’aide d’inoculations faites à la mère.

Dans le cours de ces dernières années, MM. Birsh-Hirchfeld et Smorl ont injecté à des cobayes et à un lapin des fragmeñts de tissu hépatique pulmonaire ét rénal sains en apparence, d'un fœtus tuberculeux; l'infection en est résultée: à l’autopsie de la mère, ils ont pu constater les lésions suivantes sur le placenta :

1° Une hémorragie sur la face utérine ;

2° A la coupe, des amas de noyaux gris et des granulations du volume d’une tête d’épingle ;

3° Des bacilles de la tuberculose irrégulièrement répartis dans les espaces intervilleux.

M. Landouzy a vu, dans leslésions placentaires constatées par MM. Birsh-HHirchfeld et Smorl, une preuve indiscutable du passage de la tuberculose du sang maternel au fœtus. La question de l’hérédité du germe semblait donc devoir être résolue par le résultat de telles expériences, lorsque, en 1889, MM. Grancher et Strauss, peu disposés à adopter cette manière de voir, voulurent répéter les expériences de MM. Landouzy et Martin.

Injectant sous le péritoine de cobayes des fragments d'organes pris à un fœtus humain né d'une mère phtisique, et ceux de deux cobayes provenant de mères rendues tubereulenses, ceux-ci ne donnèrent aucune réaction; ils demeurèrent absolument sains. Les mêmes expérimentations, entreprises par d’autres observateurs, ne donnèrent pas de meilleurs résultats.

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