‹ Rapports De La tuberculose avec la grossesseChapitre 11 sur 17 · STATISTIQUE DE BOURGEOIS · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DE BOURGEOIS

Les 32 femmes au premier de- } jo Bien portants... 36

gré ont eu ensemble 96 enfants Ü 90 Affeinis de serotule.…. . 60

vivants ; de ce nombre 7 femmes | so Énlerés de 1 à Tans Sur 124 femmes | ont ou 18 fausses couches. par la tubereulose.. .. 22 observées, dont 32 au premier degré et Les 92 femmes au deuxième Le] S.à xième de- | degré ont eu ensemble 69 en-4 Sur les |] Re Bien porants.. 19

Alleinis de scrolu. 50

gré de la phtisie. fants vivants ; de ce nombre 24 69 ont eu ensemble 27 fausses cou- |{ enfants ches et 6 accouchements pré- | vivants maturés.

Tous ont succombé à la tuberculose.

Les statistiques d'Ortéga et de Bourgeois démontrent que la tuberculose pulmonaire peut provoquer l'interruption prématurée de la grossesse. Si nous envisageons la part qui revient au père dans la production des avortements et des accou-

En Re chements prématurés, nous comprenons aisément que cette part soit moins considérable que celle de la mère.

Le rôle du père est en effet plus restreint : il donne seule-,

ment à l’ovule une impulsion spéciale qui a pour résultat les différentes transformations que l’œuf subit jusqu’à son entière formation. Mais si, cette impulsion une fois donnée, l’action du père semble disparaître, elle se fait en réalité sentir pendant toute la vie du fœtus et a un profond retentissement sur sa constitution. On ne saurait toutefois méconnaître, dans certains cas particuliers, l'influence directe du père. D'Outrepont relate une observation dans laquelle une femme mariée à un tuberculeux eut cinq grossesses; tous les enfants moururent au huitième mois. Remariée à un homme sain, cette femme eut quatre grossesses nouvelles qu’elle conduisit à terme, et elle accoucha d'enfants vivants el bien portants.

Les rapports intimes de la mère avec le fœtus rendent mieux compte de la part prépondérante qui lui revient et de l'influence des maladies qu’elle peut contracter sur le développement du fœtus. La mère, dans les phénomènes de la reproduction, fournit l’ovule dont les qualités sont jusqu’à un certain point sous la dépendance de son état général; de plus, elle doit donner à cette ovule fécondé tous les matériaux nécessaires à son complet développement.

La marche quelquefois assez rapide que prend la tuberculose pulmonaire sous l'influence d’une première grossesse peut devenir une cause directe d'interruption. Souvent le fœtus, ne recevant pas de sa mère les matériaux suffisants pour sa nutrition, meurt de bonne heure dans le sein maternel, et sa mort explique la fausse-couche. Mais le travail peut s’effectuer alors que le fœtus est encore vivant, et dans ces conditons il est difficile d'expliquer d’une façon précise le mécanisme de l'expulsion prématurée du produit de la conception. Il est probable que les troubles de l'appareil circulatoire et

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la fièvre accompagnant les poussées aiguës de tuberculose, la toux, jouent un certain rôle. Enfin, les tubercules peuvent ne pas rester limités aux poumons, mais intéresser la muqueuse utérine ; on peut dès lors admettre que les altérations du placenta, que l'on observe quelquefois, sont des causes de la mort du fœtus, en supprimant plus ou moins ses foñctions respiratoire et nutritive.

Nous pensons que, dans la plupart des cas, l'interruption prématurée de la grossesse, dans la tuberculose pulmonaire, est due à un trouble nutritit résultant de l'insuffisance de l’hématose : à l’appui de cette interprétation, il nous à paru intéressant de consisgner le résultat des expériences de MM. L. Butte et Charpentier.

Dans un travail fait en collaboration avec M. Charpentier, sur l'influence des hémorragies de la mère sur la vitalité du fœtus, M. le docteur L. Butte avait cru remarquer que la coloration du sang dans les artères ombilicales présentait, contrairement à ce qui a lieu à l’état normal, une teinte un peu plus rosée que celle du sang de la veine ombilicale. En vue de vérifier ce fait, il a songé à faire des expériences plus précises en dosant les gaz dans le sang des deux vaisseaux. Quelques années avant, Cohnstein et Zuntz avaient fait des expériences sur la respiration du fœtus, et dosé l'oxygène et acide carbonique du sang, comparalivement dans la veine et dans l’artère ombilicales.

Le résultat de leurs recherches confirmait un fait que faisaient prévoir les lois de la physiologie : que la mère fournit à l'embryon l'oxygène nécessaire à la vie. Le sang qui vient du placenta par la veine ombilicale contient plus d'oxygène que celui qui y retourne après avoir traversé le corps du fœtus. L’acide carbonique se trouve en proportions inverses, et le sang de l'artère ombilicale en contient plus que celui de la veine. Le fœtus, en même temps qu’il absorbe de l'oxygène, produit de l’acide carbonique qu'il élimine.

En est-il de même dans certains cas pathologiques ? et, en particulier, lorsque la mère subit une hémorragie considérable ? ïà

Sur une chienne pleine, vigoureuse, de forte taille, M. le docteur L. Butte met une des carotides à nu, y introduit une canule et en extrait une quantité déterminée de sang. Ouvrant ensuite l'abdomen et l’une des cornes utérines, il incise un sac fœtal, isole l’artère et la veine ombilicales. Il constate que le sang, en circulant à travers le fœtus, s’est chargé d’une quantité à peu près normale d’acide carbonique. Par contre, au lieu d’avoir perdu de l'oxygène, il en a gagné. Ce fait, en apparence paradoxal, peut néanmoins s'expliquer, en admettant qu’à la suite de l’hémorragie, la mère a attiré dans son système circulatoire l'oxygène en réserve dans l'organisme fœtal.

De plus, cette soustraction d'oxygène permet de comprendre pourquoi, à la suite d’hémorragies, les fœtus succombent avant la mère. Dans ces cas, en effet, la mère utilisant pour elle tout l'oxygène du fœtus, celui-ci, manquant de l'élément indispensable à la vie, meurt rapidement par asphyxie produite par le défaut d'oxygène. |

Ces données expérimentales ne pourraient-elles pas nous fournir l'explication de la mort du fœtus dans la tuberculose pulmonaire ? Une hémoptysie survenant au cours de la gestation ne placerait-elle pas la mère dans la nécessité de faire appel à la réserve d'oxygène accumulé dans l'organisme fœtal, pour subvenir aux besoins de sa propre hématose ? Et même, en dehors de toute hémoptysie, n’est-il pas très rationnel de penser qu'un territoire pulmonaire envahi par les tubercules, amenant dans l'organisme maternel une oxygénation insuffisante, le fœtus doive abandonner une certaine quantité de sa réserve d'oxygène pour subvenir aux besoins de la mère ? Cette interprétation des expériences de MM. Butte et Char-

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pentier nous semble pouvoir expliquer, dans une certaine mesure, la mort prématurée du fœtus dans le sein de la mère, et consécutivement l'extrême fréquence des avortements et des accouchements prématurés.

Le chiffre élevé de la mortalité tuberculeuse chez les enfants du premier âge que nous révèlent encore les statistiques d'Ortega et de Bourgeois a suscité de vives discussions parmi quelques cliniciens qui se sont occupés des maladies de l’enfance. Ces derniers se refusent à admettre que les enfants succombent à la tuberculose, dans les premiers jours où dans les premiers mois qui suivent leur naissance, ce qui ne saurait s'expliquer que par l'existence de lésions tuberculeuses datant de la vie intra-utérine.

Partisans de l'hérédité de terrain et non de l’hérédité de germe, ils considèrent la tuberculose comme une affection excessivement rare chez le nouveau-né. Toutefois, les observations de MM. Landouzy et Queyrat, Damaschino, Lannelongue, prises dans diverses crèches, tendent à démontrer la fréquence de cette maladie chez les nourrissons issus de parents phtisiques ; il nous a donc paru intéressant de rechercher l’origine de celte tuberculose infantile. L'enfant reçoit-il, en venant au monde, une constitution qui est un terrain favorable au développement du bacille tuberculeux, ou apporte-t-il en naissant le germe de la maladie?

La tuberculose du père peut-elle être seule incriminée des accidents que nous avons signalés dans la marche de la grossesse ?

La phtisie de la mère possède-t-elle seule le rôle nuisible sur le produit de la conception ?

En un mot, quelle est la part d'influence qui revient à chacun des deux générateurs, dans la transmission de l’hérédité. Tel sera l’objet de la deuxième partie de notre étude.

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