CHAPITRE PREMIER
C'est en 1901 au Congrès de Hambourg que Küttner communiqua les quinze premières observations scientifiquement étudiées de tuberculose laryngée chez la femme enceinte.
Le point de départ de ses recherches avait été un cas malheureux de sa clientèle privée : une jeune femme atteinte de laryngite tuberculeuse devint enceinte ; Küttner demanda à un gynécologue de Berlin de pratiquer l’expulsion du fœtus. Considérant que la laryngite bacillaire n’était pas une indication à l’avortement le chirurgien refusa l'intervention. La femme mourut pendant sa grossesse.
Depuis cette époque, il lui fut possible de réunir les quinze cas de sa communication dont huit étaient iné-
dits. .
Barthas
Ag
Dans douze de ces cas le début de la tuberculose laryngée eut lieu dans la première moitié de la gestation, deux fois au cours du sixième mois ; une fois trois mois ‘avant la conception.
Chez trois malades des lésions pulmonaires existaient avant la grossesse ; chez les douze autres les lésions pulmonaires étaient à peine perceptibles.
Primipares et multipares furent atteintes dans une proportion à peu près identique.
Chez deux femmes guéries depuis trois ans l’une d’une lésion légère du sommet, l’autre d’une bacillose étendue du larynx de nouvelles lésions appararent après le début d’une grossesse.
Tous les enfants naquirent vivants mais avantterme: sept au neuvième mois ; cinq au huitième ; trois au septième.
Huit enfants moururent après la naissance ou quelques mois après ; (rois vivaient encore à 7 mois, 2 ans et 15 ans. Sur les quatre autres les renseignements manquaient.
Les quinze mères sont mortes quelques jours après l’accouchement, au plus tard cinquante jours après.
Après Küttner, Godseken publia quarante-six observations. Dans trente cinq de ces cas on n'eut recours qu’au traitement endo-laryngé :
Trois fois le traitement prit fin pendant la grossesse ei l’on n’eut plus de nouvelles de ces malades :
Une fois l’état des lésions resta stationnaire:
Trois femmes sont mortes pendant la grossesse sans
aboutir à l’accouchement.
Vingt femmes moururent après l'accouchement ou
l'avortement à la suite de tuberculose du larynx.
Des huit femmes qui restaient deux moururent de un anet demi à cinq ans après l'accouchement ; une se portait très mal une année après ; une quitta l’hôpital en bonne santé quelques semaines après l’accouchement ; une autre,cinq semaines après, ne préséntait pas d’aggravation de ses lésions laryngées.Trois étaient en bon état six mois, neuf mois et un an après l’accouche-
ment.
Dans deux cas, la laryngite bacillaire se présenta sous forme de tumeur tuberculeuse. Elle fut chaque fois opérée. L’une de ces malades quitta l'hôpital au huitième mois de sa grossesse avec un larynx normal, l’autre accoucha dans de bonnes conditions et un an après n'avait pas eu de récidive.
Les onze cas dans lesquels on eut recours à une opé-
ration extra-laryngée se sont distribués ainsi :
Huit trachéotomies exigées par une sténose du larynx menaçant la vie de la malade. Trois femmes moururent immédiatement après la délivrance; deux eurent un accouchement normal et des suites satisfaisantes deux moururent un an et demiet deux ans après
l’accouchement ; une était vivante huit ans après.
Trois fois on eut recours à la laryngo-fissure. L'une des femmes put quitter l'hôpital en bon état pouvant respirer sans canule. Des deux autres laryngotomies, l’une a été complétée par la pharyngotomie sous-hyoï-
dienne. Les deux cas étaient d’une gravité extrême.
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L'une des malades survécut un an et demi à l’accouchement, l’autre mourut quelques jours après.
A propos du sort des enfants, dix étaient bien portants, trois moururent à quatre mois ; un succomba le jour de sa naissance.
Le sort des autres ne fut pas connu.
Dans les trois observations de M. A. Lewy, les trois femmes moururent deux semaines après l’accouchement. Deux des enfants sont morts, l’un à cinq semaines, l’autre à deux mois et demi. On n'eut pas de renseignements sur le sort du troisième.
Le cas de J. Veis concernait une femme qui avait souffert de tuberculose laryngée avant son mariage. Elle accoucha spontanément au huitième mois d’un enfant bien portant et mourut un mois après.
Dans le cas de Freytag, l'accouchement se fit normalement. L'enfant était bien portant.
Lühnberg observa cinq cas de tuberculose primitive du larynx greffée, pendant la grossesse, sur une affection catarrhale antérieure. Chez l’une des femmes, la tuberculose avait débuté trois mois avant la conception ; chez les autres au deuxième, sixième et neuvième mois de la grossesse.
La malade de Seifert était presque guérie de sa tuberculose laryngée avant sa quatrième grossesse. Pendant celle-ci, elle fit une tuberculose pulmonaire et l’état du larynx empira. La malade et son enfant survécurent à l’accouchement.
Chez la femme observée par Henrici la tuberculose
pulmonaire et laryngée avait débuté longtemps avant
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la grossesse, La trachéotomie faite au huitième mois de la grossesse ne put sauver la vie dela malade, ni l’opération césarienne l'enfant.
O. Fellner rapporte l’histoire d’une femme enceinte au cinquième mois atteinte de bacillose du larynx qui quinze jours après, avorta et mourut.
Baratoux a vu une série de femmes enceintes avec laryngite bacillaire qui toutes périrent rapidement.
Lôhnberg, dans un travail récent, rapporte l’histoire d'une malade à la cinquième grossesse. La tuberculose pulmonaire et laryngée s'était déclarée avant celle-ci. Au troisième mois on provoqua l’avortement artificiel. La mère mourut deux mois après l’intervention.
Eugène Félix, de Bucarest, dans un travail où il a réuni en tableaux de nombreuses observations allemandes qui nous ont été fort utiles,apportaen même temps deux observations personnelles.
Dans la première, il s’agit d'une femme de vingt-qua-
tre ans atteinte de tuberculose pulmonaire avant sa
grossesse. L’enrouement débuta au quatrième mois.
Au huitième on constatait une infiltration de l’épiglotte et de la région intra-arythénoïdienne. Elle accoucha à térme d’un enfant chétif qui mourut à l’âge de 6 semaines.
La mère mourut dix jours après l’accouchement.
Chez la deuxième femme l’enrouement avait commencé au sixième mois.
L’épiglotte était infiltrée. Les poumons paraissaient indemnes. L'accouchement fut normal. L'enfant bien portant se développait bien deux mois après sa nais-
sance. Chez la mère les lésions étaient stationnaires.
rez
Il nous a paru nécessaire de présenter les observations précédentes dans leurs détails les plus importants. Un travail de classification nous permettra maintenant de dégager parmi les degrés de fréquence des faits quelques considérations générales.
Tout d'abord une constatation se dégage impérieusement des observations des auteurs allemands : la grossesse influence très fâcheusement la tuberculose du larynx et assombrit son pronostic de façon impressionnante. é
Les statistiques accusent une mortalité maternelle extraordinairement élevée. Dansles quinze cas de Küttner les quinze femmes meurent. Des quarante-six femmes de Godseken, trente et une succombent.
Les trois malades de Lévy meurent ; les cinq cas de Lôhnberg donnent cinq morts. La malade de Henrici meurt ; de même celle de Fellner.
Dans les 82 observations réunies par E. Félix on compte 63 fois la mort après l'accouchement ; 14 femmes sont restées vivantes. Sur deux femmes on n'eut pas de renseignements et trois autres quittèrent l’hôpital avant d’accoucher.
Les observations de Kuttner, Godseken, Lôohnberg et Lévy donnent 57 morts sur 71 cas.C’est donc une mortalité de près de 80 0/0.
Certains auteurs ont désigné les primipares comme atteintes de préférence, d’autres les multipares. Dans la statistique de E. Félix nous trouvons 24 primipares ; 10 secondipares ; # femmes à la troisième grossesse; 5
à la quatrième ; 4 à la cinquième ; 4 à la sixième; 2 à la