TRAVAIL DU CHANVRE, DU LIM, DU JUTE ET DU CHINA-GRASS
§ 1. — Transformation» après la récolte en dehors des filatures.
Les opérations préliminaires, destinées à extraire la filasse des tiges, des feuilles et des écorces des plantes, consistent dans le rouissage, le broyage, l'assou plissage, le teillage et l'espadage. Les moyens mécaniques en usage pour ces diverses transformations ne sont que partiellement représentés à l'Exposition et n'offrent rien de nouveau.
Quelques produits témoignent seuls de la continuité des recherches dans une voie plus rationnelle que celle qui est généralement suivie. Les machines exposées sont des appareils à cylindres cannelés, connus depuis longtemps et employés à broyer les tiges, avant ou après le rouissage, des machines à cspader, d'un usage général en Relgique, des teilleuses plus ou moins perfectionnées ; mais les procédés chimico-mécaniques, grâce auxquels certains inventeurs sont parvenus à louir plus à fond la filasse sans l'altérer, à la désagréger au
poinl de rendre le premier crémage des fils superflu, et à obtenir automatiquement des produits plus fins que par le rouissage incomplet généralement en usage, font complètement défaut. Cette lacune est d'autant plus regrettable que la question reste, comme en 1862, l'un des problèmes les plus importants de l'industrie liniôre et chanvrière et que les considérations présentées par l'un de nous dans ses rapports officiels sur la dernière Exposition Internationale, pour expliquer les causes de la lenteur du progrès dans cette directiou, ont conservé toute leur opportunité. Des faits récents, qui vont trouver leur place dans l'examen du matériel de la filature, viendront à l'appui d'une opinion que nous nous bornons à rappeler (1).
§ 2. — Filature du lin et du chanvre.
Les machines à peigner, à préparer et à filer le lin et le chanvre, sont représentées d'une façon complète, notamment «tans la section anglaise, où la maison S. Lawson et fils, de Leeds, expose un assortiment irréprochable. Les principes de construction antérieurement apppliqués n'ont pas été modifiés , mais tous les détails témoignent d'un soin et d'une prévoyance extrêmes. Comme dans les machines destinées au coton, le graissage des broches, la manœuvre des pressions, le nettoyage des rouleaux, l'écartcment des cannelés ont été l'objet de perfectionnements minutieux ; les engrenages se trouvent enveloppés, afin de mettre le personnel à l'abri de tout danger, sans que cette disposition soit un obstacle à la rapidité du service, toutes les fois qu'il s'agit d'opérer l'un de ces changements de réglage si fréquents dans le filage du chanvre ou du lin.
La France expose deux peigneuscs, dont l'une, construite par la maison Yv Ward, de Lille, et basée sur une sage pro-
;i] Voir le tome IV des Rapports du Jury international sur CEiposilton de P. 443, et hcpjrts of the international Jury, cl. XIX, p. 7.
gression dans le travail, se propage chaque jour. L'autre machine, d'une disposition ingénieuse, a, selon nous, le défaut de ne point tenir assez compte de futilité de cette progression, lorsqu'il s'agit, comme pour le chanvre et le lin, de démêler une matière encore gommeuse et mal désagrégée. La présence de cet excès de gomme dans les fibres a conduit les filaleurs du nord de la France et de la Picardie à soumettre les bobines de préparation à une imbibition d'eau tiède avant de les livrer au métier à filer. L'appareil où s'effectue cette opération est établi de façon à y faire un vide partiel, et à régulariser ainsi la pénétration des couches intérieures par le liquide dissolvant. Mais le succès môme de ce procédé prouve l'inefficacité du rouissage actuel ; c'est véritablement un second rouissage, destiné à faire disparaître une partie du corps gommeux qui s'oppose au glissement des filaments, et qui, sur tons les métiers, nécessite un travail mécanique disproportionné avec le résultat. Des méthodes plus précises que les tâtonnements du rouissage campagnard deviennent donc indispensables; les procédés existent, mais ils sont impuissants contre la routine et ne se propageront pas au profit de nos campagnes et de nos colonies si l'administration ne juge point utile d'intervenir pour faire disparaître, dans un temps donné, un travail aussi malsain qu'irrationnel. Du jour où serait prise une pareille décision, les intéressés sauraient créer, dans les centres producteurs, des usines pour le traitement des chanvres et des lins, comparables aux ateliers d'égrenage établis dans les pays cotonniers. Cette mesure amènerait aussi de sérieuses transformations dans le matériel de la filature, qui ne peut, malgré la perfection des organes, rivaliser avec le travail à la main pour la finesse des produits; de là enfin résulterait une régularité de filage à peu près impossible aujourd'hui.
Le jute, dont la consommation augmente constamment, et qui devient le puissant auxiliaire du lin et surtout du chanvre dans la confection des articles communs, est expédié de l'Inde après rouissage. La mise en œuvre exige peu de modifications
au travail des matières similaires; à part an graissage préalable des filaments, le jute est transformé, comme le chanvre et le lin, sur deux assortiments, l*un réservé aux fibres longues et l'autre aux étoupes. Le china-grass, encore à Tétat d'essai, subit un rouissage alcalin ayant d'être livré aux machines de préparation.