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FILATURE DES LAINES

§ 1. — Procédés d'épuration de la matière brute.

Nous n'avons pas à entrer dans l'étude des procédés chimiques employés pour le désuintage et le dégraissage des laines. Des savants autorisés l'ont fait déjà avec tous les détails que comporte le sujet, et des Rapporteurs spéciaux indiqueront sans doute en quoi se distingue à cet égard la présente Exposition; mais il nous appartient de signaler l'intervention» à peu près générale, des moyens automatiques, substitués tout récemment aux manipulations et même à l'action des pieds dans le lavage des laines. Les appareils destinés au traitement des filaments lisses pour le peigne ne diffèrent que par quelques détails des machines applicables au cardage. La laine lisse peut supporter, à l'issue de l'opération, une pression énergique qui la débarrasse de l'eau qu'elle contient; la laine courte et vrillée, employée à la fabrication des tissus feutrés, doit rester aussi ouverte que possible. Les divers systèmes exposés sont en usage dans l'industrie et permettent de traiter journellement des quantités considérables; tous ont pour but d'effectuer un dégraissage et un lavage méthodique simultanés, avec un personnel aussi peu nombreux que possible; tous résolvent le problème, et dans des conditions telles qu'il est difficile de se prononcer d'une manière absolue sur le mérite re-

latif des appareils présentés à la fois par des mécaniciens de Reims, de Verviers et de Rouen. Il faudrait, pour le faire, avoir pu procéder à des expériences comparatives que le peu de temps réservé à l'examen du Jury n'a pas permises, et arriver ainsi à des distinctions basées sur les caractères de la laine à traiter, sur le prix de la main-d'œuvre, prix variable avec les localités, sur les quantités d'eau à dépenser, etc. En tout cas, et quel que soit le type adopté, les nouveaux moyens présentent l'avantage- d'arriver plus sûrement à une épuration parfaite, avec moins de dépense et sans astreindre le personnel à an travail malsain. Certain assortiment de ces machines, dont le service exige seulement trois hommes et huit chevaux de force motrice, dégraisse, lave et sèche de 10 à 12,000 kilogrammes de laine par jour. C'est grâce à la propagation de pareils outillages que la dépense s'est successivement abaissée de 20 francs à 12 francs, puis à 5 francs les 100 kilogrammes de laine dégraissée, en tenant compte du savon, de la maind'œuvre et de la force motrice. Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas d'entrer dans la description des ma- Hiines ingénieuses qui rendent de tels services à l'industrie; nous nous bornons à renvoyer aux ouvrages spéciaux récemment publiés.

Le dégraissage automatique des laines est complété aujourd'hui par les procédés de teinture d'un industriel normand, M. Gouchon. Cet inventeur remédie à la lenteur, à l'irrégularité et au prix relativement élevé des manipulations de la teinture, à l'aide d'appareils rationnels, disposés en raison de la matière à traiter, et destinés, par leur mode de fonctionnement, à conserver les caraclères des fibres, qui trop souvent se trouvent altérées par les moyens habituels au point d'engendrer des difficultés considérables à la filature. Nous signalons seulement ces procédés nouveaux, que nous n'avons pas vus figurer à l'Exposition et qui sont appelés, croyons-nous, à réaliser, dans la partie mécanique du travail, une amélioration digne des progrès chimiques de la teinture.

§ 2. — Filature de la laine peignée.

La filature proprement dite de la laine peignée mérinos et de la laine longue se trouve surtout représentée à l'Exposition par la première et la dernière machine de rassortiment, la peigneusc et le métier à filer. Ce n'est, en effet, que pour ces deux appareils que l'outillage a subi des modifications récentes dignes d'être signalées. Nous n'avons pas à revenir sur les considérations présentées à l'occasion des efforts heureux tentés pour substituer le continu à la mull-jcnny et des perfectionnements apportés aux self-acting. Les peigneuses, qui toutes se trouvent réunies dans la section française, sont remarquables par la perfection de l'exécution et la précision du fonctionnement.

Dérivées du principe Heilmann, les unes ont été modifiées complètement, aussi bien dans la disposition générale et le volume des organes que dans la transmission des mouvements ; les autres ont reçu des améliorations de détail qui ont accru la quantité de travail effectué sans préjudice pour la qualité du produit. La machine qui s'écarte le plus du type primitif par sa construction et l'importance de sa production figure dans l'exposition de M. Mercier; elle est connue sous le nom de Noble, son inventeur. Cet appareil a peut-être les défauts de ses qualités ; le grand nombre des bobines de préparation, disposées autour du cercle alimentaire, rend l'ensemble un peu confus et nécessite des soins proportionnés à la complication qui résulte de l'accumulation des organes. La peigneuse Prouvost, d'origine anglaise, se dislingue, au contraire, par la simplicité et l'économie des mouvements. La machine Morcl, destinée, comme la précédente, au travail des laines communes, présente d'heureuses modifications de l'appareil alimentaire du système Heilmann ; de plus, la transmission tout entière étant logée à l'intérieur d'un tambour métallique, sur la face interne duquel les chemins excentriques sont venus de fonte, la machine est dégagée et le travail devient aussi commode qu'il est satisfaisant à

l'œil. MM. Schlumberger continuent à perfectionner l'appareil auquel ils ont attaché leur nom avec tant de succès. La maison Stchelin expose une machine Lister, heureusement modifiée, pour travailler les laines de plus près. Cette grande variété d'appareils du même genre permet à l'industrie de choisir l'outillage le mieux approprié à chaque espèce de laine et explique les progrès d'une spécialité vraiment française, qui ne cesse de grandir.

§ 3. — Filature de la laine cardée.

Ici encore les perfectionnements les plus considérables portent surtout sur les premières et sur les dernières opérations et révèlent l'étude de questions secondaires en apparence et trop longtemps négligées. Par exemple, le graissage qui précède le cardage, dans cette branche de la filature, était laissé aux soins d'un ouvrier qui arrosait plus ou moins régulièrement la matière filamenteuse, avant de la livrer aux machines. Divers appareils automatiques ont comblé cette lacune; construits avec précision, ils permettent non-seulement de lubrifier uniformément les fibres, quelle que soit la quantité d'huile ou d'émulsion contenue dans le réservoir du graisseur, niais aussi de modifier la proportion de l'arrosage, ou emimage, suiyant la nature des laines. L'alimentation des cardes est devenue complètement automatique, et l'industrie a trouvé, en présence de l'élévation croissante des salaires, un puissant auxiliaire dans la chargeuse, exposée sous des formes diverses dans les sections belge et française; cet appareil, comme la plupart des perfectionnements du môme genre, présente, en outre, l'avantage de fournir un travail plus régulier, en épargnant la fatigue à l'ouvrière, obligée, jusqu'ici, de rester pendant la journée entière debout, le corps tendu en avant, pour étaler sur la toile alimentaire la laine divisée à la main. Les machines intermédiaires manquent dans la filature du cardé pour obtenir la régularité par les doublages ; il y a là encore une difficulté que les constructeurs cherchent à vaincre. Le système

Apperley consiste à alimenter, avec le ruban indéfini de la première carde, la seconde machine de rassortiment, à laquelle il se présente dans le sens transversal, puis à fournir le ruban de (a seconde carde à la troisième, dans des conditions analogues. Les nappes continues de Ferrabee, disposées sur des toiles saus fin, dont les mouvements contrariés produisent de véritables doublages, témoignent des efforts tentés dans cette direction. Déjà la pratique a consacré une partie des moyens nouveaux qui, cependant, sont encore susceptibles de perfectionnements. Les appareils de sortiedes cardes, dont les tambours sont construits, suivant les contrées, en fonte, en stuc, en bois, en carton, en sciure de bois, ont été, comme les appareils alimentaires, l'objet d'améliorations. Le peigneur de la carde finisseuse, où se forment les mèches ou boudins qui doivent être étirés et tordus sur le métier à filer, nécessitait le montage délicat de bagues en cuir à dents de cardes en môme nombre que les boudins à produire. Une disposition ingénieuse, réalisée par M. C, Martin, de Pepinstcr, permet de garnir le peigneur, comme les autres cylindres, d'un ruban continu et plein, sur le-

quel des ressorts d'acier, tangents seulement à la pointe des dents, déterminent des divisions analogues aux sillons produits par les bagues. Il ne nous a pas été donné de suivre l'effet de ces ressorts avec des laines de diverses longueurs, mais les résultats constatés sur l'assortiment mis en mouvement à l'Exposition indiquent déjà un progrès. Le métier self-acting, si longtemps réservé exclusivement au coton, est adopté aujourd'hui dans la plupart des grands établissements qui travaillent la laine, et les nombreuses machines de ce système qui fonctionnent bien à l'Exposition, malgré les conditions défavorables où elles se trouvent, constituent la meilleure répouse aux objections. Nous avons indiqué déjà la nature des améliorations qui ont conduit à ce progrès ; nous avons dit aussi l'importance que nous attachons à la propagation des continus, dont le métier Vimont offre, pour la laine cardée, le seul type manufacturier.

L'économie réalisée par les moyens automatiques peut être estimée à 30 ou 45 pour 100 dans la production du fil^ ttmUm. procurant à l'ouvrier un accroissement de salaire^ 4) tr. Sfrev à î franc par jour. / V '^J'h

Pièces détachées. — Cette spécialité ne constitue pas dans tous les pays une industrie distincte. Les grande* maisons anglaises fabriquent elles-mêmes, en général, les organes désignés sous le nom de pièces détachées, et qui consistent en -broches de filature, ailettes, cylindres cannelés, rouleaux de pression, crapaudines, plates-bandes, etc. La construction française, au contraire, demande ces pièces accessoires à des ateliers spéciaux. La maison C. Peugeot et 0% d'Audincourt, connue depuis longtemps par les progrès apportés dans sa spécialité et par un outillage des plus remarquables, occupe seule cinq cents ouvriers; l'examen des pièces exposées suffit à expliquer une partie des progrès réalisés sur les métiers. La forme étudiée des broches disposées pour supporter l'accroissement de vitesse exigé depuis quelques années, la qualité de la trempe, la réduction d'environ 10 pour 100 sur les prix de production, sont autant de résultats dus à l'excellence d'un matériel qui permet à des enfants de contribuer, pour la majeure partie, à la confection de ces pièces de précision. Les peignes, gills, hérissons, etc., employés dans les machines à lin et à laine peignée, sans rien offrir de particulier, témoignent des soins minutieux apportés à leur fabrication par les maisons de Lille et de Koubaix qui s'y sont consacrées. Cette spécialisation de la fabrication des pièces détachées est favorable au perfectionnement de l'outillage complet de la filature; elle est un paissant auxiliaire pour le constructeur, qui, sûr de pouvoir compter sur des- organes parfaits, reporte tous ses efforts sur l'établissement des bâtis et des transmissions.

Ressorts à boudin bowrés de laine. — Au même titre que les pièces détachées figurent, dans la classe 55, des ressorts

métalliques en spirale, dont l'intérieur est garni de laine fortement comprimée. Des documents authentiques ont informé le Jury que ce genre de ressorts est employé avec un avantage marqué sur plusieurs lignes de chemins de fer d'Amérique, en remplacement des ressorts ordinaires, et que des expériences pratiques, faites en Angleterre, ont également donné des résultats satisfaisants. En attendant que la théorie explique comment l'élasticité combinée de la laine et des spires métalliques se maintient sans trouble sous les plus grands efforts et après un service prolongé, les exposants, MM. Thomson et Cie, ont songé à fabriquer des ressorts de toutes dimensions, pour remplacer ceux qui fonctionnent irrégulièrement dans les niétiers à filer et à tisser, dans les machines à fouler, à apprêter, etc. Cette invention nous a paru digne d'être signalée, en raison de son originalité et des services que l'on en espère.

Garnitures de cardes, — Les considérations sur la spécialisation des pièces détachées s'appliquent également à la fabrication des plaques et rubans de cardes, qui forment encore une exploitation importante. L'uniformité de ces produits n'est qu'apparente, et la variété des types, dont l'Exposition offre un ensemble très-complet, indique l'une des difficultés de cette fabrication. Non-seulement chaque matière filamenteuse exige des dentures spéciales, mais chaque période du travail de la même substance, chaque organe différent de la carde nécessitent des modifications dans la garniture ; de plus, les rubans sont les uns en cuir, les autres en tissu simple ou en tissu embourré, souvent doublé d'une feuille de caoutchouc, qui augmente l'élasticité du croc métallique. Tous ces types divers figurent dans de nombreuses vitrines, dont les échantillons indiquent le concours d'ouvriers habiles et de machines parfaitement réglées. Aucun n'a réuni cependant ces deux conditions au même degré que l'un de nos fabricants français, M. Bourgeois-Botz , de Reims, dont l'exposition présente une perfection et une régularité impossibles à surpasser.

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