OBSERVATION PREMIÈRE
Rhumatisme chronique tuberculeux à manifestations multiples (arthralgies, érythème pseudo phlegmoneux, zona, iritis, spondyètite (Roger-Arrivat, Bull. de la Societé des Sciences Médicaies de Montpellier, 1910, p. 526).
Il s’agit d’ün ouvrier bourrelier, âgé de 35 ans, entré à
la salle Fouquet, n° 30, le 6 avril 1910, pour des douleurs
localisées dans les membres inférieurs.
Ces douleurs, qui durent depuis quinze jours, siègent au niveau des deux jambes (en dehors des articulations) ; d’intensité modérée, elles sont exacerbées par la marche et la station debout, se calment en partie la nuit et quand le malade est au lit. En même temps, le malade souffre de douleurs vives, qui ont d’abord frappé l'œil gauche et qui sont actuellement localisées à l’œil droit, douleurs à la fois oculaires et péri-orbitaires, avec photophobie et amblyopsie. |
Ces deux sortes de symptômes ont débuté presque simultanément, 1l y à une quinzaine de jours, se sont peut-être accompagnées d’une légère fièvre (quelques petits frissons, sueurs abondantes la nuit). En dehors de ces troubles, le malade ne se plaint que d’une toux légère et d’anorexie.
Comme antécédents personnels, Signalons, depuis 1900, des poussées de douleurs rhumatoïdes, siégeant surtout aux membres inférieurs, en particulier dans les talons et
le cou-de-pied, gênant considérablement la marche, et pour
lesquelles M... à fait, à plusieurs reprises, en particulier en +
eee 49 ces décembre 1900 et en mai 1906, divers séjours dans le service. Des radiographies faites à cette époque montrent en
‘1900 & une périostite et un début d’altération des os du tarse » et, en 1906 « une dessification des tendons des
courts fléchisseurs des orteils ». Jamais il n’y a eu d’attaque aiguë de rhumatisme généralisé franc.
Pas de syphilis, pas d’alcoolisme. Une blennorragie contractée il y a deux ans, bien longtemps après le début des odeurs rhumatismales. ï
Antécédents héréditaires: pas de rhumatisme dans la famille.
Examen. — La face antérieure de la jambe est le siège d’un léger gonflement et d’une rougeur diffusé assez prononcée, plus marquée du côté gauche. La moindre pression superficielle de la région est très douloureuse; il n’y a, en aucun point, de fluctuation; le tibia ne présente aucune déformation et apparaît indemne. Cet érythème a débuté en même temps que les douleurs. Le genou et le cou-de-pied n’offrent aucun gonflement; leur mobilisation ne réveille aucune douleur, sauf au niveau du tarse gauche.
L'on aperçoit, sur le cou, quelques petits placards d’eczéma sec, qui, d’après le malade, lui surviendraient chaque fois qu’il souffre de ses rhumatismes. Du côté des yeux, on constate des signes d'’iritis (iris dépoli et déformé, injection du cerele périkératique).
Cœur : rythme régulier, énergie suffisante, fréquence normale. Souffle au premier temps à la pointe, se propageant
‘vers l’aisselle. Tension artérielle: 17 au sphygmomano-
mètre de Potain.
Rien du côté des appareils digestif, pulmonaire et urinaire (pas d’ ’albumine dans les urines). Réflexes : antibrachiaux, normaux; rotuliens, vifs; pas ‘de elonus du pied;
réflexes plantaires en flexion. Température rectale: 3793. È 4
LRO SA
Etant donné les antécédents du malade, on rattache à une étiologie rhumatismale, et l’iritis et le gonflement érythémateux des membres inférieurs qu'il présente; érythème qui n’4 rien de l’érythème noueux et qui ressemble plutôt à ce qui a été décrit sous le nom de pseudo-phlegmon rhumatismal. L’étiologie de ces douleurs rhumatoïdes reste assez imprécise; il est difficile d’incriminer la blennorragie, qui est de beaucoup postérieure à leur début. L’on ne peut songer, malgré le souffle systolique de la pointe, à l'infection rhumatismale spécifique passée à un état subaigu ; car à aucun moment n’ont existé les phénomènes dout loureux articulaires aigus et généralisés, qui en sont la: caractéristique.
Au bout de quelques jours de traitement local par le baume tranquille et de traitement général par le salicylate de soude (4 gr.), les douleurs disparaissent ainsi que le gonlement érythémateux ; seule, l’iritis droite persiste.
Le malade passe alors en ophtalmologie; il en revient peu après, le 18 avril, amélioré au point de vue oculaire, mais offrant une nouvelle poussée douloureuse du côté des membres inférieurs et des douleurs à la base thoracique gauche.
Du côté des jambes, on constate la même douleur qu’auparavant, avec léger empâtement sans rougeur. Un examen radiographique montre que le tibia est indemne.
À la base thoracique gauche, on aperçoit sur la ligne axillaire un bouquet de petites papules rougeâtres, à demi-desséchées, au milieu desquelles se trouvent deux ou trois pe: tites vésicules nettes; en avant et en arrière de cette agglomération principale, sont disséminés quelques éléments éruptifs de même type, formant, dans l’ensemble, une bande de trois à quatre travers de doigt, dont la limite inférieure correspond aux fausses côtes. 7
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AS No A) is
Cette région est le siège de douleurs vives, en demi-ceinture, que le malade compare à la sensation du serrement dans un étau et qui gênent même la respiration, il s’agit d’un zona thoracique typique.
Quelques jours après, quelques éléments éruptifs, de même type, mais beaucoup moins nombreux, font leur apparition en des points symétriques à la base thoracique droite.
Le malade se plaint en outre de quelques douleurs le long de la colonne vertébrale, au niveau de la partie inférieure de la région dorsale et dans la région lombaire.
Une ponction lombaire est pratiquée le 22 avril 1910; le liquide, limpide et de couleur normale, s'écoule lentement. Pas de réaction cytologique. L'analyse chimique, pratiquée par M. Mestrezat donne: albumine, 0,13; chlorures, TATS matières extractives, 11,12; sucre, normal.
L'’éruption, une fois disparue, de malade continue de, souffrir encore pendant plusieurs mois de douleurs à la base gauche.
— En octobre 1910, M. rentre dans le service pour des
troubles respiratoires, qui durent depuis plusieurs mois
(dyspnée, toux, expectoration) et s’accompagnent d’amaigrissement et d’anorexie, L’expectoration est peu abondante, à peine trois ou quatre crachats dans la journée, erachats assez denses, franchement purulents. Il n°y a pas de fièvre. Un examen minutieux des sommets ne décèle qu’une submatité légère avec expiration prolongée du sommet droit, sans bruits anormaux. L’examen bactériologique des crachats montre, par contre, de nombreux bacilles de Koch, retrouvés d’ailleurs depuis à plusieurs reprises. Actuellement, le malade se trouve au service de M. le professeur aussel et est soigné pour un mal de Pott. Etat général bon.
Réflexions personnelles. — Kn somme, cette très intéressante observations clinique nous montre un malade de
35 ans présentant de multiples manifestations, dont la
nature tuberculeuse ne laisse aucun doute dans I pr
Il y a plusieurs points qui nous intéressent particulièrement et qui méritent de nous arrêter un instant. En premier, lieu c’èst l’apparition de l’éruption zostérienne chez un adulte dont l’affection eausale ne semble pas présenter une prédilection particulière au niveau du poumon. À ce niveau, tout se borne en effet à une obscurité respiratoire avec expiration prolongée. La constatation de bacçilles de Koch dans les crachats confirme naturellement la présence des lésions pulmonaires ; mais ces lésions sont encore minimes, loin donc des lésions énormes de la période des cavernes, au cours desquelles apparaît le plus habituellement l’éruption zostérique. |
Il semblerait que les nombreuses localisations périphériques ont une tendance à contrebalancer et à ralentir la marche des lésions pulmonaires.
La seconde particylarité de l’observation consiste évi- .
demment dans la bilatéralité de l’éruption, sur laquelle M.
le professeur agrégé Roger attire l’attention à juste raison,
à cause de sa rareté. A la page 49 nous avons assez longuement insisté à propos de ces zonas atypiques en nous ba-
sant sur les intéressants travaux de Miner et J. Leclercq
(Zonas atypiques, L'Echo Médical du Nord, 11 février et
24 mars 1912). LEA D'après/la classification de ces deux auteurs, la forme
qui nous intéresse rentre évidemment dans le groupe de
eonas bilatéraux symétriques àyant apparu alternativement d’abord à gauche, et quelques jours après sur une région symétrique, à la base thoracique droite. so
La dernière considération, sûrement la plus Intéréssante
Cp ie
de toutes, est relative à l’absence de la réaction méningée
dans le liquide céphalo-rachidien: constatation, corme le
dit si bien M. le professeur agrégé Roger, qui va à l’encontre des théories pathogéniques actuelles.
Mais comme nous avons vu à propos de la théorie mé-
ningo- ganglionnaire, ces cas peuvent être expliqués, pour le fait de la localisation du processus pathologique. Celui-ci a dû frapper le ganglion, au niveau de son pôle externe uniquement, laissant indemne la moitié qui regarde et avoisine les culs-de-sac arachnoïdiens.
… Ainsi il devient facile de comprendre et d’expliquer ces cas rares; étant donné qu’il y a une distance assez considérable s’interposant entre la lésion pathogène et les culsde-sac séreux. Cette distance empêche la propagation du processus inflammatoire du ganglion aux enveloppes.