OBSERVATION IT
Le zona, accident tuberculeux secondaire ou eliniquement primitif. Deux observations empruntées à M. Henry Barbier, médecin de l'Hôpital Héroid et M. Camille Lian, chef de laboratoire à l'Hôpital Hérold (Progrès Médical, 29 juillet 1911).
- Premier séjour: Après une période d’hésitation, diagnostic de bacillémie tuberculeuse avec induration des deux sommets.
Second séjour: Accidents analogues, même diagnostic. Sous l'influence du traitement diététique, médicamenteux et de la cure d'air, amélioration manifeste avec augmentation de poids; mais, brusquement, amaigrissement coincidant avec apparition d'un eona suivi rapidement d’une ” méningite tuberculeuse. s
Premier séjour. — Henri D... » ASÉ ïäe 5 ans, fait un premier séjour à l'Hôpital Hérold, salle Bazin, du 9 mars au 1* juin 1910. Il est le fils d’une mère phtisique. Il n’à
jamais été malade en apparence, si l’on en excepte la rou-
COR Se
geole, puis la varicelle dans le courant de 1909. Il entre pour de la toux émétisante, de la céphalée, de la fièvre, tous phénomènes datant de huit jours seulement. :
Tout d’abord, on porte le diagnostic de grippe avec bronchite généralisée; l’intradermoréaction à la tuberculine est négative.
Fin mars, l’enfant paraît guéri, quand, avec une nouvelle poussée fébrile à 40°, surviennent des arthralgies Hbio-tarsiennes, des frottements péricardiques, en même temps que réapparaît la bronchite généralisée, accompagnée d’expectoration muqueuse (pas de bacilles), et qu’un jour on note de la somnolence.
Cette multiplicité des atteintes viscérales, la pâleur de l’enfant, font penser à la possibilité d’une bacillémie tuberculeuse, et l’on fait une nouvelle intradermoréaction qui est positive. D'ailleurs, l’enfant présente pendant près de deux mois des oscillations fébriles, et c’est seulement le 18 mai 1910 que la température revient à la normale; encore s’élèvera-t-elle un peu lors de la première sortie du malade. L'enfant présente seulement des signes de bronchite cantonnés aux deux sommets, quand sa mère le retire de l’hôpital le 1° juin.
En face de la longue durée de la période d’oscillations fébriles, de la limitation finale des signes de bronchite aux sommets, du caractère positif de l’intradermoréaction, des antécédents héréditaires tuberculèux, le diagnostic porté est celui d'induration tuberculeuse des deux sommets avec bacillémie.
Second ‘séjour. — Un mois et demi après, l’enfant est ramené à l’hôpital Hérold, salle Bazin, le 19 juillet 1910.
Alors qu’il avait gagné un kilogramme pendant son pre-
mier séjour, et pesait 16 kil. 300 à sa sortie, il a perdu |
2 kïlos chezses parents en sept semaines. Sa température
k atteint, le soir, 38°5 ou 39°. II a de la toux avec expectoration muqueuse, de l’anorexie, de la dyspnée avec cyanose des extrémités. S
On retrouve des signes de bronchite généralisée avec, en outre, deux foyers congestifs (râles sous-crépitants fins), au sommet droit et à la partie moyenne du poumon œauche ; on refait l’intradermoréaction à la tuberculine, qui est positive. ;
Au début du mois d’août, l’état est nettement amélioré: le poids à augmenté de 750 grammes; il y à encore un léger mouvement fébrile (37°6-37° le soir), mais la toux et l’expectoration ont diminué. Les râles de bronchite wénéralisée, les foyers congestifs ont disparu, et on peut se rendre compte facilement de l’état des poumons. ny sommet droit, en arrière: submatité avec rudesse du murmure vésiculaire; au sommet et à la base gauche, en arrière: submatité, diminution du murmure vésiculaire et quelques craquements secs; en outre, souffle hilaire\d’adénopathie trachéo-bronchique. ;
Au 15 septembre: la toux et l’expectoration onf cessé, mêmes signes pulmonaires, mais amélioration de l’état général; le poids a augmenté de 2 kil. 500 depuis l’entrée à l'hôpital le 19 juillet. C’est alors que succèdent une série d'accidents dont le point de départ est un zona cervicosub-claviculaire droit qui apparaît brusquement le 18 septembre. L'éruption zostérienne siège sur la moitié droite de la nuque, du cou, atteint l’acromion et empiète sur la région sous-claviculaire. File ne s'accompagne pas de douleurs, ni d’adénopathie, mais il se produit une poussée fébrile à 38°2, et, détail important, le poids, qui avait augmenté progressivement depuis le 26 juillet jusqu'au 20 septembre, baisse de 300 grammes du 20 au 27 septembrè, puis de 400 grammes du 27 septembre au à octobre.
EE à On note que l’enfant est triste et le 1 octobre réapparaissent deux plaques zostériennes dans la région sousclaviculaire droite. Ces plaques disparaissent comme les premières en une semaine sans laisser de cicatrices.
Cependant l’enfant reste pâle, triste, sans entrain. Le 20 octobre, il accuse de la céphalée frontale. Le 21, il a dans la matinée, à trois reprises, un vomissement qui se produit sans efforts; à 3 heures de ] ’après-midi, l’enfant présente pendant quelques instants une rougeur violacée Ge la face, le thermomètre monte brusquement à 39°; à 5 heures, éclate une crise d’épilepsie bravais-jacksonienne à début brachial, intéressant le membre supérieur gauche et la moitié gauche de la face, accompagnée de vomissements à type cérébral, d'évacuation de matières et de perte de connaissance; après la crise, parésie transitoire du membre inférieur gauche avec exagération du réflexe rotu- | lien et signe de Babinski.
Depuis cette crise, les phénomènes méningés n’ont pas disparu complètement, l’enfant s’est plaint à diverses reprises de céphalée frontale, a présenté plusieurs fois des vomissements sans efforts et a fait deux nouvelles crises analogues d’épilepsie bravais-jacksonienne le 9 janvier et le 19 avril; on a constaté à deux ou trois reprises, dans l’intervalle des crises, un léger degré d’exagération des réflexes tendineux des membres gauches. Le poids de l’enfant est resté à peu près stationnaire depuis l’amaigrissement qui a suivi le zona. Aux poumons, on note seulement de la submatité des deux sommets avec diminution du murmure vésiculaire à gauche, rudesse inspiratoire à droite et souffle hilaire d’adénopathie trachéo-bronchique. La température est normale.
Les ponctions lombaires pratiquées lors des premiers phénomènes méningés ont montré. qu’ils relevaient d’une
méningite tuberculeuse. La première ponction, faite im- ; médiatement après la première crise épileptique, a donné issue à un liquide clair s’écoulant en jet. À l’examen du culot (1 goutte non étalée), on note une lymphocytose nette, soit une dizaine de lymphocytes par champ (obj. immersion 1/12); on ne voit pas de bacilles de Koch.
4 ce. du liquide sont inoculés dans le péritoine du cobaye. L'animal (poids, 700 gr.) meurt le 3 décembre, ayant pér du ‘180 grammes. Le foie et la rate sont farcis de tubercules ; il y a quelques granulations pulmonaires. Mais à noter surtout qu'il y a au point d’inoculation une petite masse caséeuse et des adhérences entre l’intestin et la paroi. La ‘seconde ponction, pratiquée le 25 octobre, montre une lymphocytose discrète (4 à 5 lymphocytes par champ), 6 ce. injectés dans le péritoine d’un cobaye ne le tuberculisent
A ZE ile
pas. À Fe Rae
OBservarTion III
Donnée par les mêmes auteurs
Yvonne D... âgée de 9 ans, entre le 15 mars 1911, salle Josias, pour un zona thoracique gauche. Lorsque, la veille de l'entrée, la mère constate l’éruption, l’enfant se plaienait déjà depuis deux jours de picotements douloureux, de démangeaisons dans le côté gauche de la poitrine, maïs il n’y avait pas eu de douleurs névralgiques à proprement
parler.
L'examen montre dans le territoire de la septième racine dorsale une éruption de plaques rouges allongées, cemées de petites vésicules; 1l n’y à aucune altération de la sensibilités L'enfant n’éprouve aucun malaise. Il y à un très léger mouvement fébrile: la température atteint
RMS TES
le soir de l’entrée 37°6, le lendemain 37°4 et les jours suivants, elle reste matin et soir au voisinage de 37°2. Le zona paraît résumer la scène clinique. En réalité, un examen complet montre qu’il s’agit d’une enfant maigre et qu'il y a de nombreux ganglions gros comme une noisette dans les aines, les aisselles, en arrière du sterno-cléidomastoïdien, plus trois ganglions dans la région sous-maxillaire droite; ces deux derniers font saillie, déforment le cou (deux d’entre eux atteignent presque le volume d’une noix) et existent depuis deux ans environ. De plus, on entend un souffle hilaire d’adénopathie trachéo-bronchique. L’intradermoréaction à la tubereuline est fortement positive.
Toutefois, on apprend de la sœur aînée que la petite malade a toujours été considérée comme bien portante par ses parents. Ceux-ci sont vivants: le père ne serait pas malade, la mère, épileptique, aurait fait une fausse couche et perdu trois enfants de méningite à cinq jours, trois mois et trois ans.
On pratique une ponction lombaire: le liquide céphalorachidïen est clair, s'écoule en gouttes rapprochées; la centrifugation donne un tout petit culot surmonté d’un petit bloc de fibrine. Le fond du tube forme deux gouttes recueillies sur deux lames : l'examen bactériologique direct est négatif, l’examen cytologique d’une goutte non étalée donne à l’objectif à immersion 1/12 par champ, une moyenne de 3-4 Iymphocytes. ©’est un chiffre bien faible pour dire qu’il y a certainement plus de lymphocytes qu’à l’état normal; néanmoins, il est probable qu’il s’agit là d’une légère lymphocytose. |
En tous cas, le liquide céphalo-rachidien était certainenent pathologique, comme l’atteste le petit bloc fhrineux. Le liquide HAN après centrifugation (3 ec.) est ino-
culé dans le péritoine d’un cobaye. L'animal, qui pesait 450 grammes, meurt six semaines environ après l’inocu- lation; il ne pesait plus alors que 280 grammes. An niveau du point d’inoculation, il y avait des adhérentes entre le grand épiploon, le péritoine viscéral et la paroi. Le péri: £ toine pariétal présentait trois petits tubercules caséeux du volume d’une grosse tête d’épingle; le péritoine, le grand épiploon surtout, renfermaïent également de petits tubercules, mais certains plus gros atteignaient le volume d’une noisette. Il y avait en outre trois ou quatre granulations grosses comme un grain de mil dans le foie et la rate, non augmentés de volume; pas de lésions fhoraciques. Des frottis de plusieurs de ces tubercules ont montré la présence de bacilles dé Koch. En somme, les lésions tuberculeuses étaient presque exclusivement péritonéales et siégeaient en particulier au niveau du point d’inocula-
- tion.
Quant à la petite malade, elle ne resta à l’hôpital qu’une semaine; l’éruption n’a laissé que deux petites cicatricu les. L'enfant a été revue en mai; la méropolyadénopathie, les gros ganglions sous-maxillaires, le souffle d’adénopathie trachéobronchique persistent; l’état général est resté assez bon.