‹ Rapports entre maladie de Barsedow et adenome toxique: Action de la médication iodée sur leur structure histologiqueChapitre 8 sur 12 · OBJECTIONS A LA THEORIE UNICISTE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS A LA THEORIE UNICISTE

Les conclusions que Rienhoff tire de ses travaux ne sont pas admises par tous. Si en France, la plupart des auteurs se rattachent à la théorie uniciste du syndrome thyroïdien et admettent facilement des conclusions qui viennent à l’appui de leurs idées, quelques auteurs américains, parmi lesquels il faut surtout citer Plummer et Guthrie, contestent la valeur de ces expériences en s'appuyant sur des données cliniques et expérimentales.

Ils font observer d’abord que tous les signes oculaires nettement observés dans la maladie de Basedow manquent dans la plupart des cas d’adénome toxique. Or si l’on fait ingérer de l’extrait thyroïdien en grande quantité, et si l’on produit ainsi une hyperthyroïdie expérimentale, on observe les signes cliniques de l’adénome toxique et pas d’exophtalmie.

De plus, pour Plummer, le corps thyroïde a comme rôle principal de maintenir la teneur d’iode de l’organisme. Sous l'influence d’une fuite d’iode dont la cause est en dehors du corps thyroïde, il réagit en s’hypertrophiant, mais ne fournit plus qu’une thyroxine viciée, incomplètement iodée (d’où le terme dysthyroïdie). Il est alors normal de fournir de l’iode à l’organisme pour soulager le travail de la glande.

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Si au contraire on donnait de l’iode dans une hyperthyroïdie comme l’adénome toxique, on augmenterait les accidents. Et très souvent les faits viennent confirmer la théorie, ainsi que l’avait montré Kocher en décrivant l’iod-Basedow. :

À cela on peut répondre tout d’abord que le syndrome oculaire dans une maladie de Basedow franche, à métabolisme basal très augmenté, et signes histologiques indubitables, n’est pas toujours aussi net que le dit Plummer. Dans une statistique publiée par Gilbert Dreyfus et qui porte sur 142 cas, on trouve :

De l’exophtahmié dans 22 47 #4 L’élargissement de la fente pulpébrale sans EXODOIA MIO en ae ue 10 % Le simple éclat brillant du regard........... AL L'absence de tout signe oculaire anormal.... 22 %

Dans les cas restants, l’un quelconque des petits signes oculo-basedowiens à l’état isolé.

Enfin, les auteurs lyonnais Florence, Creyssel et Enselme ont montré qu’il existe des adénomes toxiques avec des signes oculaires. On peut en conclure que l’exophtalmie n’a pas une valeur diagnostique absolue et que l’on ne peut se haser sur elle seule pour trancher un diagnostic entre maladie de Base dow et adénome toxique.

On peut d’ailleurs discuter de même tous les signes cliniques que Plummer et les partisans de la théorie dualiste donnent comme caractéristiques de l’adénome toxique.

Pour Boothby, l’âge de la malade au moment de l'installation des troubles thyro-toxiques serait moins avancé dans la maladie de Basedow que dans l’adénome toxique. Dans la statistique de Gilbert Dreyfus, l'adénome toxique s’installe 5 fois avant 25 ans, 11 fois entre 30 et 40 ans, 11 fois entre 40 et 50 ans. Ces chiffres ne sont pas très différents de ceux de la maladie de Basedow.

Les troubles vaso-moteurs qui devraient être rares dans l’adénome toxique sont trouvés par le même auteur dans 82 % des goîtres basedowifiés et dans 86 % des cas de Basedow vrai. Il en est de même pour les troubles psychiques.

L'aspect du corps thyroïde n’est pas plus caractéristique, mais au contraire sujet aux plus grandes divergences.

L'évolution, au lieu de se montrer lente, régulière, continue, progressive, est au contraire bien souvent entrecoupée de poussées paroxystiques où de sédutions passagères.

Enfin ,le métabolisme basal devrait être inférieur à +30 % ou +35 %. En fait, il se montre parfois très élévé, atteignant et dépassant même dans quelques cas 100 %, et variable dans d’assez grandes proportions selon les différents examens.

A l’argument de Plummer basé sur l’inefficacité ou le danger de l’administration d’iode dans l’adénome toxique, on peut désormais opposer les experiences de Rienoff qui montre son action bienfaisante dans 40 cas sur 60 et son influence sur l’involution dé la glande. Les faits cliniqués d'amélioration de ladéno-

me toxique par l’iode ne sont pas rares et de nombreux auteurs, Marcel Labbé, Gilbert Dreyfus, Graham, Dautrebande et Lemort, Florence et ses collaborateurs l’emploient avec succès dans tous les cas. Il existe des cas d’iodo-résistance dans l’adénome toxique — probablement explicables par lexistence des nodules d’hypo-involution — mais ils ne sont pas plus fréquents que ceux d’iodo-résistance de la maladie de Basedow. Maranon même ne traite par l’iode que les goîtres basedowifiés à métabolisme basal peu élevé.

A ces arguments cliniques, s'ajoutent désormais ceux de Rienhoff et tout d’abord la notion des nodules d’involution qu’il est absolument impossible de différencier des adénomes toxiques. Et c’est là une objection primordiale, les conceptions pathogéniques de Plummer étant en grande partie basées sur les différences histologiques. De plus, il existe des goîtres exophtalmiques cliniquement typiques qui contiennent des nodules perceptibles lorsqu'on les coupe.

Zimmermann arrive aux mêmes résultats que Rienhoff. Enfin, Williamson et Pearse, examinant des goîtres exophtalmiques qui n’avaient jamais subi aucun traitement iodé, mais avaient été seulement traités par l’ablation des 9/10 de la glande, montrent la réapparition de la colloïde, ce qui vient infirmer la théorie de la dysthyroïdie : en effet, si l’hyperplasie vésiculaire était due à une réaction secondaire de la thyroïde pour lutter contre la fuite d’iode, la suppression d’une partie de la glande devrait augmenter encore ces lésions et non les guérir.

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