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INSTITUTIONS SYNDICALES

Société de Secours Mutuels Saint-Joseph, — Fondée en 1889, '^ société de secours mutuels S*-Joseph a pour but d'assurer, en cas de maladie, aux membres ouvriers du Syndicat Mixte qui adhèrent à ses statuts, les soins d'un médecin et une indemnité de fr. 12 par semaine pendant les trois premiers mois, et de fr. 6 par semaine pendant les trois mois suivants.

La cotisation est de vingt-cinq centimes par semaine, dont dix centimes sont payés par les patrons pour les ouvriers travaillant dans les usines syndiquées.

Du 10 février 1889, date de la fondation, au i^ janvier i8g8, la société, qui compte actuellement 872 adhérents a distribué en secours fr. 101.094,50.

Société de Secours Mutuels Notre-Dame, — La société de secours mutuels Notre-Dame a été fondée en 1890 par les patrons des usines syndiquées en faveur de leurs ouvrières. Moj'ennant une cotisation de fr. 0.25 par semaine, dont fr. o.io sont payés par les patrons, cette

société assure à ses membres, en cas de maladie, les soins d'un médecin et une indemnité de fr. 9 par semaine pendant les trois premiers mois, et de fr. 4,5o par semaine pendant les trois mois suivants.

De plus les femmes mariées reçoivent, en cas d'accouchement, un secours fixe de fr. 20.

La société, qui compte 649 sociétaires, a distribué fr. 5o.528,i5 de secours du 3 novembre 1890 au i*" janvier 1898.

Les deux sociétés de secours mutuels ont donc procuré fr. iSa.ooo dont presque la moitié a été fournie par les patrons.

EcoU de Piqurâge S^-Anne. — Le 7 Mai 1896, une école de piqurâge (réparation des défauts des tissus) a été ouverte par le Syndicat au profit des filles des ouvriers syndiqués. La durée de l'apprentissage est de 6 mois ; il se termine par un examen suivi de la délivrance de certificats d'aptitude professionnelle ; les jeunes ouvrières munies de ce certificat trouvent facilement à se placer.

Caisse de Retraites S^-Hettri. — Un certain nombre d'Employés faisant partie du groupement syndical, le Syndicat a établi en leur faveur une caisse de retraites le 21 Septembre 1890 : cette caisse, comme son nom l'indique, a pour but d'aider les sociétaires à s'assurer une pension de retraite dans leur vieillesse. Le droit d'entrée est fixé à fr. 3 et les cotisations des sociétaires à fr. 2 par mois, les patrons y ajoutent fr. 4 par trimestre et versent donc les 2/5 de la cotisation totale. Les versements sont faits au moins chaque semestre à la caisse des dépôts et consignations. Chaque sociétaire fixe lui-même l'âge auquel il entend entrer en jouissance de sa pension : cette pension est constituée par la rente résultant des dépôts propres au sociétaire et des dépôts faits en son nom par son patron ; elle peut comprendre un supplément prélevé sur le fonds de réserve .

La caisse S^ Henri compte 20 sociétaires et elle a reçu jusque fin 1897 une somme totale pouvant assurer une rente viagère de fr. 1800.

Sociétés d'Epargne. — Plusieurs sociétés d'épargne, ayant leur siège ^u cercle syndical, ont été constituées par les membres ouvriers <i\i syndicat, avec l'autorisation du Bureau Syndical, pour favoriser 1* épargne et procurer un placement sûr et avantageux par l'achat d'obligations rapportant 4 %, émises pour la construction des maisons réservées aux membres du Syndicat.

Chacune de ces sociétés comprend 20 sociétaires, les versements ont lieu tous les mois.

Société de consovimation S^-Martin. — La société de consommation Saint-Martin, établie en i8go, en faveur des ouvriers du syndicat, a pour but de procurer à ses membres, à plus bas prix, moyennant paiement comptant chez les fournisseurs désignés, les objets de consommation ; et d'obvier aux gênes momentanées au moyen d'une réserve que chaque sociétaire doit constituer par une retenue sur ses bénéfices. Elle est administrée par un bureau composé d'un directeur et de six assesseurs ouvriers. Le compte des bénéfices, résultant des remises consenties par les fournisseurs, est établi tous les six mois ; 5o "/o sont remis aux sociétaires et 5o **/** retenus pour la réserve individuelle de chacun dont le maximum est de fr. i5o. C'est cette réserve qui peut être touchée en tout ou en partie par les sociétaires momentanément malheureux.

Les opérations de la société portent particulièrement sur le charbon, les pommes de terre, les couvertures, les produits pharmaceutiques.

Allocations en Numéraire, — Depuis fin 1895,16s membres ouvriers du Syndicat ont droit, dans diverses circonstances marquantes de la vie, à des allocations en numéraire provenant des revenus des dons patronaux.

Ces allocations sont les suivantes :

i*^ Naissances, — A la naissance de son 3'"<^ enfant, les 2 premiers étant vivants, chaque père de famille reçoit fr. 10 ; il reçoit fr. l5, à la naissance de chacun des enfants suivants, si trois enfants sont vivants. Après le 4*"^ enfant, si Taîné n'a pas i3 ans, l'allocation subit une progression de fr. 5 par enfant vivant.

2" Service militaire, — Chaque ouvrier accomplissant son service militaire reçoit fr. 5 le jour de rassemblée générale du Syndicat. Les réservistes pères de famille appelés pour une période d'instruction reçoivent fr. 10 par enfant ; les territoriaux dans les mêmes conditions reçoivent fr. 5 par enfant.

3<^ Vieillards. — Les sociétaires pensionnaires des hospices ou des Petites sœurs des pauvres ou retraités dans leurs familles reçoivent une allocation de fr. 2 par mois.

4^ Décès. — Le syndicat assure à ses membres des funérailles religieuses convenables en leur garantissant un service de 4^ classe dont le coût est de fr. 25 à fr. 3o.

Ces diverses allocations, en 1897, ont atteint la somme de fr.

Allocations en nature, — Tout chef de famille dont la moyenne de gain hebdomadaire n'excède pas fr. 4.50 par tête a droit aux allocations en nature qui sont votées chaque hiver par le bureau syndical pour venir en aide aux sociétaires chargés d'enfants en bas-àge.ou atteints par le chômage. Y ont également droit dans les mêmes conditions les veuves et orphelins de syndiqués. Ces allocations consistent en charbon, pain, objets de couchage (couvertures, draps, toiles à matelas). Elles sont prélevées sur les mêmes ressources que les allocations en numéraire.

La valeur des objets distribués dans ces conditions pendant le dernier hiver s'est élevée à fr. 2.751,70.

Cercle syndical. — Au siège syndical est établi un cercle où les consommations sont vendues aux sociétaires à prix coûtant.

Ce cercle possède une salle de conférences, une bibliothèque, un bureau de placement et de consultations, et diverses sociétés récréatives dont les principales sont :

La société chorale et dramatique «Jeanne D'Arc » ; une société d'Archers ; une société de jeu de boules ; une société de jeu de cartes.

Section des médaillés et décorés. — Les membres du syndicat titulaires de décorations ou de médailles officielles sont constitués en section à qui est confiée la garde du drapeau du syndicat.

Les membres de cette section rehaussent les manifestations du syndicat en assistant aux réunions générales, aux réunions civiles, aux cérémonies religieuses, aux funérailles des sociétaires défunts et à toute réunion à laquelle ils sont convoqués par le Bureau syndical.

Comité d'études sociales. — Les questions intéressant le syndicat sont étudiées par des comités d'études sociales constitués séparément entre les patrons, les employés et les ouvriers.

Le plus intéressant de ces comités, le comité ouvrier, se compose

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exclusivement des syndics ouvriers, de leurs suppléants et des viceprésidents ouvriers des conseils d'usine. Ils délibèrent en toute liberté sous la direction d'un conseiller qui n'est ni un patron, ni un ouvrier.

Leurs études ont porté principalement depuis i8g3, date de la fondation, sur les sujets suivants :

Formation ménagère des jeunes filles et formation professionnelle des jeunes garçons. Construction d'habitations ouvrières. Repos du dimanche. Loi sur le travail des femmes et des enfants. Accidents du travail. Epargne. Amendes. Paiement du salaire des enfants. Brasserie syndicale. Création d'un Conseil de conciliation et d'arbitrage. Réfutation des critiques adressées au syndicat. Préférence à donner pour l'embauchage aux syndiqués et aux ouvriers français. Caisse de chômage.

La lecture des procès-verbaux, contenant des aperçus pleins de justesse et de bon sens, est des plus intéressantes : ils peuvent être consultés avec profit par les économistes et par tout ceux qui s'intéressent au monde du travail.

Conseil d'arbitrage et de conciliation. — Le conseil d'arbitrage et de conciliation a été fondé au commencement de la présente année sur la demande expresse du comité ouvrier d'études sociales. Il se compose de neuf membres : le président, 4 patrons et 4 ouvriers, élus respectivement par leurs pairs et représentant les 4 groupes de de l'industrie textile ; chaque représentant a un suppléant du même groupe que lui, mais appartenant à une usine diflférente. Les employés pourront nommer quand ils le voudront, 4 membres et 4 suppléants pour traiter avec les inémcs patrons les aflfaires qui les concernent. Le président et son suppléant sont choisis en dehors du syndicat, parmi les hommes au courant des affaires de l'industrie et dont le caractère connu garantit l'indépendance et l'esprit de justice ; ils sont élus au scrutin secret par tous les membres du conseil ; ils peuvent se faire aider par un secrétaire choisi par eux et nommé par le bureau syndical. La compétence et le fonctionnement du conseil sont les mêmes qu'au Conseil des Prud'hommes.

Comme le disait très bien récemment l'honorable Président du Conseil d'arbitrage et de conciliation : « Ce conseil est un moyen

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» sûr et gratuit de faire examiner par les patrons, les réclamations » légitimes des ouvriers, sans compromettre leur situation, d'arrêter » avant qu'elles leur nuisent, les réclamations mal fondées qui pour- » raient agacer leurs chefs, et par suite, de prévenir, autant que » possible, les grèves toujours cause de grandes souffrances, même » quand elles réussissent.» Le syndicat attend les meilleurs résultats de ce conseil corporatif qui vient d'être organisé et n'a pas encore fontionné.

Bîilletin syndical. — Les membres du comité ouvrier d'études sociales, les dignitaires du syndicat et tous ceux qui participent à la direction de ses œuvres sont abonnés par le bureau syndical à une revue économique et sociale hebdomadaire, le Dimanche. Cette revue est encartée dans une couverture spéciale sur le verso de laquelle sont autographiées toutes les communications intéressant le syndicat : convocations, fonctionnement des œuvres, compte rendu sommaire des réunions de la semaine, demandes et offres d'emploi, etc. Ce genre de publication, en manifestant l'activité qui règne dans les œuvres du syndicat, augmente sa vie et son mouvement : c'est une innovation qui, datant d'un an à peine, a déjà rendu de grands services et produit les meilleurs effets.

Maisons ouvrières. — L'un des facteurs les plus importants de l'amélioration matérielle et morale de l'ouvrier est le foyer ; c'est un point sur lequel il n'existe aucune divergence d'idées ; aussi les membres du Syndicat mixte de l'industrie Roubaisienne ne pouvaientils s'en désintéresser : mais pour entreprendre pratiquement une affaire de cette importance, il faut un ensemble de circonstances dont le concours se rencontre peu fréquemment ; les difficultés étaient particulièrement ardues à Roubaix en raison de certaines exigences ou convenances locales. Les préoccupations devaient porter sur trois points principaux : le mode de propriété ; l'emplacement et la quotité du loyer ; distributions du logement.

Le mode de propriété. — Les usines sont nombreuses à Roubaix, ville exclusivement industrielle, et se trouvent disséminées sur une vaste étendue ; l'ouvrier a donc intérêt à pouvoir se transporter sans entraves là où s'offre pour lui ou pour les siens un salaire plus élevé, et souvent la propriété de la maison qu'il habite pouvait devenir

une gêne. D'autre part, la propriété immobilière proprement dite constitue, surtout à Roubaix, un placement très onéreux, et le fisc, en cas de vente ou de succession prélève la part du lion. Ces inconvénients ont été supprimés par un système dont le caractère particulier consiste à rendre Touvrier l'équivalent d'un propriétaire sans lui faire supporter les charges les plus lourdes de la propriété.

La société V Union qui est chargée des intérêts financiers du syndicat et dont nous parlerons encore à propos de la boulangerie, a émis des obligations de cent francs, exclusivement réservées aux membres du syndicat, et c'est avec les capitaux réunis de V Union et des obligataires que se contruisent les maisons réservées également aux membes du syndicat.

Les occupants peuvent ainsi devenir propriétaires d'obligations rapportant 4 %, revenu équivalent au produit net des loyers.

Quel taux d'intérêt convenait-il d'attribuer aux obligations ? on avait parlé de 2 1/2, 3 et 4 <^/o.

Les ouvriers membres du Cercle d'études sociales se sont décidés pour le taux de 4 <*/o, afin d'assurer à leurs économies un intérêt supérieur à celui de la caisse d'épargne. Ils ont voulu également éviter de faire tort aux petits propriétaires nombreux à Roubaix et parmi lesquels on compte une quantité d'anciens ouvriers.

L'emplacement et la quotité du loyer. — Le terrain est cher à Roubaix et pour la raison indiquée ci-devant, on ne pouvait songer à reléguer les maisons ouvrières dans un quartier éloigné et unique ; il fallait au contraire procéder par groupes disséminés de manière à pouvoir donner satisfaction aux syndiqués occupés dans les diflérents quartiers.

Le premier groupe, composé de 28 maisons, de 4 m. 35 de largeur et de 72 mètres carrés, cour et jardins compris, a coûté fr. 84.680. Le loj'er a été fixé à fr. 14.50 par mois.

Distribution du logement. — Les maisons ont étéxlistribuées d'après les indications longuement étudiées du comité d'études sociales ; elles se composent : au rez-de-chaussée, de deux pièces communiquant par une porte et ayant toutes deux accès sur le corridor, ce qui permet aux mères de famille de faire reposer leurs plus jeunes enfants tranquillement dans la première pièce,

sans qu'ils soient incommodés par le bruit des plus grands ou par les odeurs de la cuisine. On peut également y placer un lit, si la famille est trop nombreuse, ou s'il y a un malade qui, de la sorte, pourra être mieux soigné et avec moins de fatigue pour celui qui le soignera.

Faisant suite au corridor et au-delà de la porte de la seconde pièce, se trouve l'escalier, commode et bien éclairé. Au-dessous, une dépense pour recevoir les provisions du ménage, avec un carreau pouvant s'ouvrir pour éclairer cette modeste cave.

La seconde pièce ouvre sur une buanderie, pouvant servir de cuisine, l'été, et évitant, l'hiver, l'entrée directe de l'air froid dans une pièce chauffée, cause fréquente de rhumes. Le comité a particulièrement insisté sur ce point.

Dans la cour encore, on trouve une petite remise pour le charbon et un water-closet pour chaque famille. Détail notable : un couloir permet de vider les fosses d'aisance sans passer par les habitations, avantage dont seraient heureuses beaucoup de maisons bourgeoises.

Un autre progrès a aussi été réalisé.

Dans la plupart des constructions, la citerne recevant les eaux pluviales, si utiles aux ménagères, est voisine des fosses d'aisance ; ici cet inconvénient déplorable a été condamné, et la citerne est très éloignée des fosses.

Au delà de la cour, chaque maison possède son petit jardinet, qui permet à la ménagère d'avoir quelques fleurs, du persil, de l'oseille ; c'est aussi une sortie pour les enfants. Tous les jardins sont d'ailleurs séparés par une clôture.

Au premier étage, il y a trois chambres, et, au-dessus, un grenier.

Les maisons du Syndicat mixte de l'industrie Roubaisienne donnent pleine satisfaction à leurs habitants ; elles ont été visitées par de nombreux étrangers qui, tous, les ont admirées. Les quelques observations qui ont été faites à leur sujet portent précisément sur des détails qui répondent à des préférences locales expressément stipulées par le Comité d'Etudes Sociales uniquement composé d'ouvriers.

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