INSTITUTIONS ANNEXES
A côté du syndicat fleurissent quelques institutions qui ont été fondées ou par son initiative ou sous son influence ; qui sont dirigées par ses membres, soit entièrement, soit pour une grande part ; qui sont à la disposition de tous ses adhérents ; mais auxquelles, pour une raison ou pour une autre, on n*a pas pu ou pas cru devoir conserver un caractère exclusivement syndical. Il importe toutefois d'examiner ces œuvres qui, issues du syndicat, n'auraient pu vivre ou se développer sans lui ; c'est ce que nous allons faire rapidement.
Caisse de retraites des prévoyants de l'industrie & du commerce Roîibaisicns, — Cette caisse, ouverte à tous les ouvriers, employés et petits commerçants de Roubaix et de ses cantons, est due à l'initiative de quelques employés roubaisiens.
Fondée le 17 Septembre 1894 et approuvée par arrêté préfectoral du 17 Octobre 1894, elle a pour but de constituer une pension de retraite à ses membres participants ; elle comprend, comme annexe, une caisse spéciale pour l'assurance collective en cas de décès.
Désireux de faciliter à leur personnel l'accès de cette caisse, les patrons du syndicat mixte demandèrent et obtinrent quelques modifications aux statuts et une part pour le syndicat dans la direction de la société. Ils s'engagèrent alors à payer le i/3 des cotisations de tous leurs ouvriers et employés qui s'affilieraient aux prévoj^ants de l'industrie et du commerce roubaisiens. Leur appel fut entendu, et, sur les adhérents à la caisse des prévoyants, les 2/3 appartiennent aux usines du syndicat mixte.
Sans entrer dans le détail assez complexe du fonctionnement de la Caisse, nous pouvons dire que les cotisations mensuelles des membres participants sont réglées, par des tableaux, suivant leur âge à leur entrée dans la société ; que des délais pour le paiement des cotisations arriérées sont accordés aux sociétaires éprouvés par la maladie ou le chômage. Enfin la quotité de la pension viagère est fixée par l'assemblée générale sur la proposition du bureau : elle ne peut être inférieure à fr. 3o par cotisation (chaque adhérent pouvant verser jusque 5 cotisations) ni excéder le décuple de la
cotisation annuelle ; elle peut toutefois être augmentée, lorsque les ressources de la société le permettent, d*un supplément créé sur les fonds libres provenant des subventions de TEtat et du département et des dons et legs des particuliers.
Syndicat du Nord, Caisse d'assurances contre les accidents du travail, — Dès 1894, c'est-à-dire au début de son fonctionnement le comité d'études sociales du syndicat mixte appelait l'attention des patrons sur le peu d'égards envers les ouvriers de la part de la généralité des compagnies d'assurances contre les accidents ainsi que sur le marchandage et l'insuffisance générale des indemnités payées par elles aux ouvriers blessés. Frappés de la justesse de ces observations, les patrons du Syndicat Mixte de Roubaix, unis à leurs collègues des autres principaux centres industriels du Nord, mirent à l'étude un projet de caisse d'assurance mutuelle contre les accidents du travail. Cette caisse a été fondée définitivement le 24 juin 1897 sous le nom de Syndicat du Nord et est entrée en fonctionnement le i*^ juillet suivant. Moins d'un an après, elle comptait 37 usines assurées, réunissant un chiffre approximatif de salaires de 12 millions, avec un encaissement de cotisations annuelles d'en^nron fr. 40.000. Le Syndicat du Nord donne toute satisfaction aux industriels qui y ont adhéré et à leurs ouvriers, sans constituer pour les premiers une charge beaucoup plus lourde, il indemnise les derniers, en cas de sinistre, bien plus largement et surtout plus paternellement que les compagnies d'assurances en général et le vœu du comité d'études sociales ouvrier se trouve ainsi réalisé. A titre d'essai un dispensaire où se trouve en permanence un médecinchirurgien, a été organisé à Roubaix pour les ouvriers blessés des usines affiliées au Syndicat du Nord ; cette maison, ouverte le V avril dernier, permet de donner aux ouvriers blessés des soins rapides et suivis : ceux qui y sont passés jusqu'à ce jour font les plus grands éloges de cette nouvelle organisation qui, à leur avis, constitue un grand progrès.
Boulangerie L'Union, — Le syndicat mixte aurait voulu, pour concilier les intérêts du petit commerce avec ceux de ses membres ouvriers, avoir une entente avec un certain nombre de boulangers pour la fourniture des pains à meilleur compte comme il le fait pour
d'autres objets de première nécessité dans la Société de consommation S^Martin. N'ayant pas trouvé d'écho auprès des boulangers, le bureau syndical, poussé par les instances pressantes des ouvriers, décida la fondation d'une boulangerie économique sur le modèle des coopératives. Une société commerciale par action fut créée pour établir cette boulangerie, dénommée « UUjtion », mais les actionnaires renoncèrent à l'avance à tout dividende, les bénéfices devant être répartis entre les consommateurs ; ils firent même l'abandon de l'intérêt de leurs actions pour permettre de fournir gratuitement du pain aux sociétaires exceptionnellement malheureux. Fondée le 1*^^ Décembre 1892, la boulangerie l'Union est actuellement la boulangerie la plus importante de France : elle compte plus de 10.000 adhérents et son chiffre d'affaires annuels s'élève à près d'un million de francs. En 1897, elle a vendu 2.768.000 kilogrammes de pain et payé fr. 172.477,05 de remises. La société accorde une somme de 5o francs en cas de décès du titulaire d'un livret accusant une consommation minimum de 100 pains par trimestre : grâce à une fondation spéciale, cette somme est doublée pour les membres du syndicat mixte.
Institut Technique Roubaisien. — Désireux de pouvoir trouver plus facilement parmi leurs ouvriers des auxiliaires dont la formation morale, intellectuelle et professionnelle, réponde aux nécessités actuelles de l'industrie, les patrons du syndicat mixte ont fondé en 1895 l'institut technique roubaisien, école professionnelle de filature, tissage et teinture. Cette école, éminemment pratique, comprend une véritable usine où l'on trouve, fonctionnant dans des conditions réellement industrielles, tous les métiers en usage dans les diverses industries textiles. Outre les cours et travaux spéciaux à chaque branche, les élèves sont mis au courant de tout ce qui concerne les services généraux des usines : eaux, chauffage, ventilation, générateurs, moteurs à vapeur et à gaz, électricité ; ils reçoivent aussi des notions de mécanique appliquée, afin qu'ils puissent comprendre les principes sur lesquels reposent les machines qui fonctionnent dans les ateliers.
Des cours spécialement destinés aux ouvriers ont lieu le soir : on y enseigne la filature, le tissage, la teinture et l'électricité. Le
syndicat mixte donne des récompenses particulières à ceux de ses membres qui suivent avec assiduité et succès les cours du soir. Pendant l'hiver dernier, 3oo ouvriers ont fréquenté ces différents cours.
Les immobilisations nécessitées pour les terrains, les constructions et le matériel de l'institut technique représentent un capital de fr. 400.000 environ.