CONCLUSION
On peut se demander avec raison si la grande partie du peuple allemand, après avoir réfléchi aux intérêts totaux de TAllemagne, a -été amenée déjà aujourd'hui à Texécution judicieuse des questions <ie la politique commerciale. La politique protectionniste que nous avons suivie jusqu'à ce jour, a réellement réussi : c'est incontesta^ ble. Beaucoup de gens pensent : pourquoi une augmentation de la protection en faveur de quelques intéressés ne continuerait-elle pas à réussir ? Pourquoi s'inquiéterait-on ? L'expérience seule peut y répondre. Il est peut-être vrai qu'il nous a été relativement facile d'exploiter la situation heureuse du monde. Mais il est regrettable de voir que les nuages s'amoncellent déjà au ciel. Je ne fais pas tant allusion à la cherté des vivres dont nous avons été surpris au commencement de l'année et qui passera peut-être, mais aux changements de la politique commerciale qui se frayent un chemin chez quelques-uns de nos meilleurs acheteurs de l'étranger. Les Italiens nous menacent de moins bien traiter l'entrée de nos produits, si, à l'occasion des prochaines négociations pour le traité de commerce, nous portons préjudice à leurs produits horticoles, à la culture des fruits et du vin, en augmentant les droits d'entrée.
Nous n'avons pas à craindre des représailles de la part de TAngle-^ terre, mais l'exportation directe allemande vers les colonies anglaises est également menacée, depuis la dénonciation du traité de commerce allemand-anglais.
Le Canada a pris les devants et a accordé à l'Angleterre, sans compensation, un rabais de tarif qui sera seulement accordé à d'autres pays, y compris l'Allemagne, si ces pays traitent les produits du Canada d'une façon aussi libérale que la mère-partie libreéchangiste. Aussi la régularisation des relations de l'Allemagne avec les Etats-Unis d'Amérique, qui reposent jusque maintenant sur une base du droit des gens peu stable, peut devenir en très peu de temps un problème très difficile à résoudre pour la politique allemande.
Nous pouvons réussir seulement dans le sens de l'intérêt de l'ouvrier, si les intérêts particuliers de quelques-uns ne l'emportent pas sur les intérêts nationaux, au point de vue de l'économie politique.
La conserv^ation de nos relations constantes d'exportation ne peut être obtenue exclusivement par des navires de guerre, mais elle doit être consolidée par une politique douanière qui ne restreint pas la facilité d'achat de la masse des ouvriers, mais qui la relève ; alors l'industrie d'exportation a chez elle la base la plus saine pour son rôle de commerce international. Les problèmes de la politique des chemins de fer et de la navigation intérieure attendent leur solution, en même temps que la politique douanière. Ou bien nous trouvons cette solution dans l'intérêt de la nation, c'est-à-dire, aussi dans l'intérêt de la masse des ouvriers, comme la préparait le Comte Caprivi, l'homme que l'on couvre actuellement de tant d'injures, mais à tort ; ou bien nous entrerons plus profondément dans la politique des intérêts particuliers de petites groupes ; à la suite de crises et de marches rétrogrades de la puissance d'exportation, nous serons alors à même déjuger exactement de la situation d'économie politique actuelle de l'Allemagne ; mais peut-être trop tard.
Avant tout, l'intérêt de l'ouvrier serait complètement lésé, si, en prenant des mesures pour élever le prix du blé, on portait atteinte en même temps au droit de coalition et si on manquait d'améliorer
notre droit défectueux de coalition et d'association. Alors on enlèverait encore à l'ouvrier la perspective d'une augmentation de salaire correspondant au renchérissement du prix des vivres. La politique sociale du Baron v. Berlepsch marchait de pair avec la politique du Comte Caprjvi tendant à favoriser l'exportation.
Une renaissance du progrès social se fit sentir en Allemagne. Il est à souhaiter que le groupement des protectionnistes, en abandonnant la politique du Baron von Berlepsch avec celle du Comte Caprivi, ne soit cause qu'une brusque gelée détruise ce qui se développait.
CONGRES INtEliNATIONAt.
de la Législation douanière et de la Réglementation du Travail