‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 101 sur 150 · MA NOËL’ VU ES · texte numérisé non relu

MA NOËL’ VU ES

distinguer les unes des autres les phases principales de l’action, et de ne pas prendre les mesures que chacune d’elles comporte. Je m’explique. La durée moyenne de ces manœuvres était de 3 heures : or il arrive presque toujours, dans des combats réels d’une telle durée, des moments où, par une raison ou par une autre, le commandant en chef devra songer avant tout à rétablir l’ordre dans sa ligne de bataille et à la reformer à l’appui d’une réserve ou d'une troupe intacte ou de quelque obstacle naturel. Il ne m'a pas semblé que les généraux se fussent rendu compte exactement de cette nécessité ni des moments où elle se produisait. Ils laissaient le combat se continuer sur toute la ligne, sans interruption, et sans jamais prendre le temps de reformer les troupes lorsque cela eût été indispensable.

La manœuvre du 9 septembre en a fourni un exemple frappant. Une des deux divisions avait été refoulée et contrainte à un mouvement de retraite. A 2 kilomètres en arrière de sa ligne se trouvait une position forte par elle-même et qui s’étendait entre deux villages bien placés pour servir d’appui aux deux ailes : c’était donc le cas, pour le divisionnaire repoussé, de faire retraite sur cette position, à. l’abri d’une arrière-garde et sans perdre de temps. Au lieu d’agir ainsi, le chef de cette division continua, quoique pressé par des forces supérieures, à se défendre sur toute la ligne en plein terrain découvert, et les

juges le déclarèrent battu avant qu’il eût parcouru la moitié de la distance qui le séparait de la forte position qu’il eût dû occuper en arrière.

Ces manœuvres annuelles, dites manœuvres d’automne, sont une école pour les officiers et pour la troupe; il est donc tout simple qu’il s’y commette des fautes. On pourrait en citer auxquelles les généraux se laissent entraîner par le fait même que les combats ne sont que simulés. A la manœuvre du li septembre, par exemple, l’un des généraux divisionnaires surprit son adversaire et vint se placer, par un mouvement tournant, perpendiculairement sur son flanc gauche. Malheureusement ce mouvement se fit à distance si rapprochée de la ligne ennemie, que la division tournante eût été accablée pendant plus de trois quarts d’heure sous les feux d’artillerie et de mousqueterie. Le général qui allait être tourné ordonna un changement de front en arrière sur son aile droite, mais il n’eut pas le temps de l’exécuter, vu le peu d’étendue de la marche de flanc qu’exécutait son adversaire, qui ne recevait ni balles ni boulets.

Pour ce qui concerne les troupes, j'ai pu apprécier une fois de plus leur degré d’instruction vraiment surprenant quand on songe h la courte durée du service dans l’armée prussienne. Ce résultat, comme je l’ai indiqué dans de précédents Rapports, est dù aux soins tout particuliers donnés h l’instruc-

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