II. — PERFECTIONNEMENT Ali FUSIL D’INFANTERIE
J ’ai mentionné à diverses reprises les essais qui se font depuis 18G7 pour arriver à perfectionner le fusil d’infanterie. La supériorité de notre armement est en effet reconnue depuis quelque temps par les officiers prussiens intelligents , comme en témoigne ma conversation du 25 avril 18G8 avec le Roi ( voir mon Rapport du 8 mai 18G8 ). Le Roi me disait alors : « Nous cherchons une modification qui nous permette d’arriver à un chargement plus prompt et à une vitesse initiale plus grande. On m’en a proposé plusieurs; mais je n’ai pu ine résoudre jusqu’ici à en accepter une : c’est une grosse affaire que de transformer 1 million de fusils, quand il n'est pas évident que la modification proposée présente un avantage réel et incontestable. » Depuis cette époque, un officier de l’École de tir, je crois , a présenté un projet de perfectionnement qui semble devoir être adopté. Toujours est-il que 5 bataillons de 5 régiments différents ont été armés du fusil modifié, avec mission de l’éprouver sous tous les rapports de service et de tir, de manière à terminer les expériences vers le milieu d’octobre.
J’espère pouvoir, si on m’y autorise, étudier les détails de la transformation et en rendre compte prochainement. Aujourd’hui je me borne à indiquer
manœuvres.
quel est le caractère des modifications proposées.
L’une se rapporte au fusil, l’autre à la cartouche. Le perfectionnement apporté au fusil a pour but de rendre le chargement plus prompt en supprimant un temps de la charge, et d’augmenter la tension des gaz au moyen d’un mode d’obturation analogue à celui de notre fusil modèle 1866.
La modification apportée à la cartouche consiste d’une part dans une diminution du poids de la balle, et d’autre part dans une augmentation relative de la profondeur de l’encastrement de la balle dans le sabot en carton. Il résulte de ces deux conditions que la vitesse initiale se trouve augmentée et que le mouvement de rotation du sabot se communique plus complètement à la balle, d’où s’ensuivent une plus longue portée, une trajectoire plus tendue et une justesse plus grande
1. Les documents écrits que le colonel Stoffel a bien voulu mettre à notre disposition sont tous rédigés sous la forme de Rapports, tels que nous les offrons au public. Nous y trouvons une seule pièce écrite sous forme de lettre particulière adressée au ministre de la guerre, et, comme elle est datée du 20 septembre 1869. nous croyons qu’elle accompagnait le Rapport que l'on vient de lire. Le colonel Stoffel y donne quelques détails sur son voyage de Poméranie et sur les grandes manœuvres du î' corps d’armée, auxquelles le roi de Prusse avait invité plus de 60 officiers étrangers de tous les pays de l'Europe. Il fait l'éloge de l'hospitalité vraiment royale offerte par le souverain à des hôtes si nombreux, en môme temps qu’il vante l'ordre parfait qui régnait en toute chose et les dispositions prises pour rendre à tout le
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monde les déplacements et les séjours aussi agréables que possible.
Notre attaché militaire fait ensuite savoir au ministre qu'il s’est borné à suivre les manœuvres du V corps d’armée en Poméranie, et il explique par quelles raisons il s'est abstenu d'accompagner le Roi dans la province de Prusse, où devaient avoir lieu les manœuvres du !" corps. Nous extrayons de sa lettre le passage suivant :
« La cour et les invités passèrent la journée du 8 septembre à Stettin. Ce jour-là je traversais la ville en voiture découverte, seul et en uniforme, lorsque plusieurs individus, oubliant que j’étais l’hôte de leur souverain, se mirent à me suivre en m’apostrophant des plus ignobles injures à l’adresse du chien de Français : des pierres et du gravier furent lancés dans ma voilure. Je me gardai de rien dire de cette scène à personne; mais je résolus de rentrer à Berlin aussitôt les manœuvres du 2* corps d’armée terminées. Enofîet, le 1t septembre, sous prétexte d’affaires urgentes, je pris congé du Roi en lui exprimant mes regrets de ne pouvoir l’accompagner à Kônigsberg. Je dois ajouter que la population do la province de Prusse est celle qui a conservé les sentiments d’animosité les plus vivaces contre la France, et qu’aucun uniforme français n'a paru dans ces contrées depuis 1813. Il ne me convenait pas, en y allant, de m’exposer à subir de nouveaux outrages, plus sérieux peut-être que ceux dont je venais d'être l'objet à Stettin.
« M. de Bismarck , qui était venu se présenter au Roi à Stargard le II septembre, voulut bien m’inviter à l'accompagner à Yarzin, où il retournait et où il m’offrit l'hospitalité pendant plusieurs jours. »
(Xole des Éditeurs.)