I. — Tilt DE l’aRTILLEIIIE DE CAMPAGNE
Je reviens .encore une fois sur le soin extrême qu’on apporte ici aux exercices de tir de l’artillerie de campagne. On pourrait presque dire que les officiers d’artillerie prussiens regardent leurs pièces se chargeant par la culasse comme des instruments de précision, et qu’ils ne négligent rien pour en tirer tous les avantages possibles. Ce qui m’a surtout et con-
stamment frappé, c’est l’insistance que mettent les officiers supérieurs à faire apprécier les distances par les officiers de batterie, et à les obliger de rectifier incessamment le tir. On a compris depuis longtemps dans l’arlillerie prussienne que, à la guerre, les officiers et sous-oiïiciers de batterie négligeront ces détails d’aulant moins qu'on leur en aura fait mieux concevoir l’importance en temps de paix, et qu’on les y aura plus souvent exercés, afin de les faire agir par habitude comme malgré eux.
J’assiste de temps à autre aux exercices de tir des batteries du régiment d’artillerie de campagne de la garde, qui est placé sous les ordres du général de Holienlohe. Voici comment cet officier plein de mérite, énergique et instruit , exerce ses batteries au tir de campagne :
Le commandant de batterie, dès qu’il arrive au polygone avec ses pièces, les met en batterie en un point que désigne l’officier supérieur, et il apprécie la distance qui le sépare des cibles. Je dirai de suite que chaque batterie possède une lorgnetle réglementaire, qui a sa place déterminée dans un des cofires. Le commandant de batterie estime, je suppose, qu’il est placé à 1,500 mètres du but. Il ordonne alors, par un commandement spécial, usité dans ces exercices, de pointer la lrt' pièce à 1,400 mètres, la 2- à 1,500, la 3' à 1,600, la 4' à 1,700 *; puis il fait tirer la 1re pièce. De trois choses l’une : ou le coup est long, ou il est court, ou il frappe la cible. Dans le premier cas, le capitaine doit en conclure, grâce à la justesse des pièces prussiennes, que la cible est à moins de 1,400 mètres, et de suite il fait rectifier le pointage des 3 autres pièces, selon la distance où le projectile a frappé au delà du but : on pointera, par exemple, la 2e pièce à 1,300 mètres; la 3* pièce à 1,200, et la 4' pièce à 1,100. La
I. On sait qu’une batterie prussienne n’a que 4 pièces en temps de paix.