‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 105 sur 150 · TIR DK L'ARTILLERIE DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

TIR DK L'ARTILLERIE DE CAMPAGNE

2' pièce tire à son tour, et s’il arrive encore que le coup soit trop long, le capitaine fait rectifier le pointage des 2 dernières pièces en conséquence, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’un coup atteigne le but.

Dans le cas où le coup tiré par la 1" pièce aurait été court, le commandant de batterie en conclurait que la cible est à plus de 1,/|00 mètres, et de suile il ferait rectifier le pointage des autres pièces, par exemple à 1,500, 1,600 et 1,700 mètres. Puis il ferait tirer la 2' pièce, et ainsi de suile.

Si le coup de la 1™ pièce, pointée à 1,400 mètres, comme j’ai supposé, atteint la cible, c’est que la distance a été d’emblée appréciée exactement. Dans ce cas, les 3 autres pièces ne tirent pas : elles restent chargées; les avant- trains sont amenés, et la batterie se porte au trot, soit en arrière, soit en avant, à un emplacement que désigne l’officier supérieur. Là les pièces sont mises en batterie, et pour que le capitaine commandant se trouve placé dans des circonstances toutes nouvelles, quant aux distances, il a l’ordre de tirer sur d 'autres cibles , dont il ignore l’éloignement par rapport aux premières. Il procède alors comme j’ai expliqué plus haut, s’efforçant d’apprécier les distances à la lorgnette et de rectifier le pointage après chaque coup tiré, jusqu’à ce qu’il y en ait un qui frappe le but. La condition à laquelle on tient , c’est qu’aussitôt ce résultat obtenu, les autres pièces, quoique chargées,

ne tirent pas à cette dislance. On n’y verrait aucun profit pour l’instruction , et on préfère réserver les coups de ces pièces pour exercer les officiers et les canonniers à les tirer à d’autres distances. Il y a loin de là à notre façon routinière de procéder dans l’instruction du tir de nos batteries de campagne.

J’ai été surpris, chaque fois que j’ai suivi ces exercices de tir, de la justesse des pièces de campagne prussiennes. Leur sensibilité (si on peut dire ainsi) est telle, que j’ai vu, à une séance de tir, une batterie changer cinq fois de position après n’avoir tiré que douze coups; autrement dit : à chaque position de la batterie , la cible avait été frappée après deux coups seulement. (Voir pour les détails de la justesse des pièces prussiennes le Mémoire allemand joint à mon Rapport du 20 février 18G8.)

Ce que je tiens encore une fois à faire ressortir, c’est l’importance qu’on attache en Prusse à la rectification du tir, et les soins employés pour qu’officiers et sous - officiers en contractent l'habitude. J’ai eu plus d’une fois l’occasion, me trouvant à Paris, de raconter ces détails à des officiers d’artillerie. Les réponses qui m’étaient faites sont une nouvelle preuve de notre infatuation et de cette détestable prétention qui consiste à croire que nous n’avons rien à apprendre. « Il n’est pas nécessaire d’étre Prussien pour savoir qu’il faut rectifier le tir à la guerre, me disait-on; tous nos officiers le font sans qu’on le

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TIR DE l.’A RT1 I.I.ERIE DE CAMPAGNE. 343

leur enseigne. » Autant vaudrait-il dire qu’il est inutile d’apprendre aux hommes à marcher, à s’aligner ou à manœuvrer, et qu’à l’occasion ils en sauront toujours assez. En Prusse on s’est dit qu’à la guerre bien des causes inévitables porteront les officiers à négliger d’apprécier les distances, ou de rectifier le tir, et que dès lors le moyen le plus sur de parer à cette négligence, c’est précisément de leur enseigner ces détails importants sans relâche et avec un soin tel que l’habitude contractée persiste autant que possible dans toutes les circonstances.

Le général de Ilohenlohe, qui apporte le plus grand soin à l’instruction du tir des batteries dont se compose sa brigade d’artillerie, a fait organiser l’été dernier au polygone une cible mobile, et il a bien voulu m’inviter à assister aux essais. Il a loué à une compagnie de chemins de fer des vieux rails usés, en quantité suffisante pour construire une voie de 500 mètres de longueur; il s’est fait donner par les magasins de l’artillerie des cordages hors de service, et il a pu ainsi, avec une dépense de moins de 400 francs, établir une cible mobile. Comme on le voit sur le dessin ci-contre, le cordage auquel la cible est attachée longe la voie ferrée d’un bout à l’autre, en étant supporté, dans le but de diminuer son frottement sur le sol , par de petits cylindres en bois c, c,c, placés de distance en distance. Au bout de la voie, en A, il tourne dans la gorge d’un plateau ou d’une sorte de

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poulie solidement fixée sur le sol , et à son extré mité B peuvent être attelés les chevaux qui mettent la cible

en mouvement. Celle-ci est montée sur deux roues correspondant aux deux rails. Quand la cible est parvenue à l’extrémité de la voie vers A, on la fait reculer en attelant les chevaux en D.

On a tiré à mitraille contre la cible mise en mouvement, tantôt au pas des chevaux d’attelage, pour simuler le tir contre de l’infanterie, tantôt au trot des chevaux, pour simuler le tir contre une attaque de cavalerie. Les essais ont présenté de l’intérêt . et ils ont assez bien réussi pour que le général de Hohenlojie songe à prolonger le chemin de fer, l’an prochain, de 500 mètres.

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