‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 118 sur 150 · III. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

III. — CONCLUSION

Si, d’une part, la Prusse ne peut désarmer qu’en renonçant au principe du service obligatoire, et si.

DU DÉSARMEMENT

d’autre part, tout s’oppose à ce qu’elle y renonce, on doit forcément en conclure que la Prusse est dans l’impossibilité de désarmer.

Une conclusion aussi formelle provoque nécessairement les réflexions suivantes. On dira : Mais si la Prusse est dans l’impossibilité de désarmer, elle et, par suite, les autres puissances sont donc obligées d’entretenir indéfiniment des armées nombreuses et de consacrer à leur entretien des budgets écrasants? Cela n’est pas admissible; les pays de l’Europe, désireux de la paix , ne peuvent pas se ruiner en dépenses continuelles faites dans l’éventualité d’une guerre, etc. Ma tâche n’est pas de répondre à ces questions; je ferai simplement observer que la Prusse, grâce à ses institutions, se trouve placée dans des conditions qui, sous certains rapports, sont toutes à son avantage, comme je l’ai indiqué plus haut. C’est ainsi, par exemple, que le principe du service obligatoire lui donne le moyen de réduire les dépenses du budget de la guerre sans désarmer, c’est-à-dire sans cesser d’instruire au métier des armes tous les hommes propres au service. Ce moyen consisterait à diminuer, pour l’infanterie seulement, la durée du temps passé sous les drapeaux, non pas la durée légale de trois ans, mais la durée de fait, qui n’est guère que de deux ans et quelques mois, et de renvoyer dans leurs foyers au fur et à mesure les hommes dont l’instruction serait reconnue suffisante.

10 î RAPPORTS MILITAIRES.

Quoi qu’il en soit, les Prussiens n’admettent même pas qu’on puisse demander à la Prusse de désarmer, car il n’en est aucun qui ne sache que la plus vitale de ses institutions , le service militaire obligatoire , rend un désarmement impossible. «Autant vaudrait nous demander de consentir à parler une autre langue que la nôtre, » me disait un jour un officier.

Je joins à mon Rapport un article de la Gazette de l' Allemagne du Nord, organe de M. de Bismarck, où l’on verra comment est jugée la question du désarmement. J’y ai souligné la phrase : « Pour la Confédération de l’Allemagne du Nord, un désarmement est la renonciation au service militaire obligatoire, et cela est une impossibilité. »

Cette impossibilité où se trouve la Prusse de désarmer suggère les réflexions les plus graves. On est presque effrayé de songer que nous avons à nos portes une puissance rivale qui nous trouve pour le moins incommodes, quoi qu’on en puisse dire, et qui , par suite d’une organisation dont elle ne peut se départir, dispose de plus de 900,000 soldats, tous rompus au métier des armes. J’insiste et je répète : tous rompus au métier des armes; car il ne s’agit ici ni de gardes nationaux sédentaires, ni de gardes nationales mobiles, mais bien de soldats qui servent tous pendant trois ans, ou qui , après avoir servi , sont entretenus et confirmés par des exercices annuels jusqu’à l’àge de trente-deux ans.

DU DÉSARME MKNT.

Dos lors, et abstraction faite de notre infériorité sous tant de rapports, comment lutterons-nous, avec les quelques centaines de mille hommes seulement dont se compose notre armée, contre des effectifs doubles et même triples des nôtres et si fortement constitués? Aussi, chaque fois qu’on approfondit la question d’un désarmement européen, on arrive à se demander si la France et les autres grandes puissances ne se verront pas forcées d’adopter tôt ou tard les principes de l’organisation militaire prussienne, qui seuls leur permettraient de lever des effectifs aussi considérables que ceux dont dispose la Confédération de l’Allemagne du Nord. Sans compter que ces principes, soit dit à l’honneur de la Prusse, sont basés sur la justice, sur la morale et sur la véritable égalité.

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