‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 35 sur 150 · DES ÉLÉMENTS · texte numérisé non relu

DES ÉLÉMENTS

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ET DU DÉSARMEMENT

Rapport du 23 avril 1868.

Au milieu des études de toute nature auxquelles doit se livrer un officier placé dans ma position, il est une question qui se présente involontairement et sans cesse à son esprit :

Si la guerre venait à éclater demain entre la Prusse et la France, l’armée prussienne aurait-elle, sous quelques rapports, soit comme organisation, soit comme instruction, soit comme esprit militaire, soit comme armement, etc., des éléments de supériorité sur l’armée française? Si ces éléments de supériorité existent, quels sont-ils? Enfin qu’avons-nous à faire pour ne pas rester dans un état d’infériorité?

Comme on voit, je laisse de côté, dans l’énoncé de la question, les éléments non appréciables à l’avance, tels que le commandement en chef, qui certainement est le plus important de tous, les eflec-

tifs dont les deux nations pourraient disposer, les ressources en tout genre des deux pays, etc. Je supposerai, pour plus de clarté, ces choses égales de part et d’autre. A ces conditions même, la question que je désire traiter est des plus compliquées, car elle embrasse tous les détails de la constitution des armées. Mon intention est de la réduire au plus simple et d’éviter de la poser dans des termes absolus comme seraient ceux-ci : Quelle est, des deux armées, la plus parfaite ? Ordinairement ces questions ne sont ainsi formulées que par des esprits superficiels, incapables de comprendre que la réponse est impossible, tant sont nombreux les sujets de comparaison, et tant il en est parmi eux qui échappent à toute appréciation. Je me bornerai donc à indiquer quels seraient au cas d’une guerre prochaine, sous les divers rapports signalés plus haut, les éléments de supériorité qui constitueraient pour l’armée prussienne des avantages réels.

Les éléments de supériorité d’une armée sur une autre sont de deux espèces distinctes : les uns tiennent au caractère de la nation, à son tempérament, à ses traditions, à son histoire, au degré de son instruction générale, etc.; je les appellerai moraux; les autres résultent du mode d’organisation de l’armée, du degré d’instruction militaire des officiers, sousofïiciers et soldats, du matériel de guerre, de l’armement, de l’équipement, etc.; ce sont des éléments

matériels. Je puis me dispenser de parler, sous ce double rapport, de l’armée française : les qualités qui la distinguent sont assez connues. En Prusse, tous les militaires éclairés reconnaissent que nos soldats l’emportent sur tous les autres par une individualité plus grande, par une intelligence plus vive, un élan incomparable; ils regardent l’insouciance, la gaieté française comme des qualités précieuses à la guerre ; ils avouent que nos soldats sont plus ingénieux et meilleurs marcheurs *. D’autre part, ils admettent l’avantage que donnent à l’armée française une plus longue durée de service sous les drapeaux et la présence de vieux soldats dans ses rangs : ils nous envient surtout la composition de notre corps de sous-officiers*.

Pour ne parler que de l’armement de l’infanterie, j’ai déjà fait savoir combien on se préoccupe en Prusse de la supériorité de notre fusil nouveau

\. La Prusse est, en partie, un pays plat. Tout lo monde sait que les habitants des plaines sont moins bons marcheurs que les habitants des pays accidentés. Cette différence a été sensible dans la guerre do 1866. Les corps d’armée do la Prusse orientale, do la Poméranie, du Brandebourg ont beaucoup plus souffert de3 marches à travers les défilés de la Bohêmo que le corps de la Silésie, par exemple.

2. A la vérité, l’armée prussienne compte, comme la nôtre, des sous-officiers anciens de service, mais le nombre en est trèsrestreint, conséquence forcée du service obligatoire, qui exige que chaque année tout le contingent entre dans l'armée.

modèle, et les efforts qui se font pour arriver à perfectionner le fusil prussien.

J’en viens aux considérations sur l’armée prussienne.

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