DES CHEMINS DK FER., AL POINT DE VUE DES OPERATIONS
On a prétendu que dans la guerre de I8GG les armées prussiennes avaient manœuvré d’après des principes tout nouveaux pour s’emparer des points importants situés sur les chemins de fer, ce qui aurait puissamment contribué aux succès obtenus. C’est là une exagération qui tombe devant la connaissance des faits : les Prussiens, comme on va le voir, n’ont agi que très-simplement, comme l’exigeaient les circonstances.
Tant que leurs armées se trouvèrent l’une en Saxe (lrr armée, prince Frédéric-Charles), l’autre en Silésie (S'armée, Prince royal), elles utilisèrent sans aucun empêchement les chemins de fer prussiens ainsi que celui de Dresde à Breslau. On remarquera en passant de quelle importance était pour elles la possession de ce dernier, qui seul leur permettait de transporter rapidement leurs forces de Silésie en Saxe ou inversement. Il n’existe, en effet, aucune
ligne transversale entre les deux chemins de fer de Berlin à Dresde et de Berlin à. Breslau ; si donc les Prussiens n’avaient pas été maîtres du chemin de Dresde à Breslau , ils auraient été obligés de faire faire aux troupes le grand détour par Berlin ; aussi peut-on presque affirmer que, quand même la Saxe eût conservé la neutralité au début des événements, les Prussiens eussent trouvé moyen de violer son territoire, dans l'unique but de posséder la ligne de Dresde 5. Breslau.
Depuis le 23 juin, jour où la lre armée franchit la frontière de Bohème en se portant sur Reichenberg, jusqu’au 3 juillet où fut livrée la bataille de Koniggratz, les chemins de fer ne jouèrent aucun rôle; les Prussiens se bornèrent à rétablir celui de Reichenberg, que l’ennemi avait coupé entre cette ville et Zittau.
Après Kôniggrhtz, Benedek s’empressa de rallier à Olmutz les débris de son armée. Tous les corps d’année furent transportés successivement par le chemin de fer de Pardubilz à Olmutz, et le 9 juillet ils se réunissaient sous les murs de cette place, après avoir rompu derrière eux le chemin de fer et les ponts. De leur côté, les armées prussiennes se portèrent sur Pardubilz, ce qui était tout indiqué, puisque cet important point de jonction se trouvait sur leur route, qu’elles voulussent marcher sur Olmutz ou sur Vienne. Après avoir passé l’Elbe à Pardubilz
et à Prelauc, elles se divisèrent : la 2' armée, formant la gauche, s’avança sur Olmutz pour s’opposer à l'armée autrichienne, pendant que les deux aulres armées se dirigeaient sur Vienne, la lre au centre par Brunn, celle de l’Elbe, à droite, par Iglau. Ces mouvements hardis, mais bien conçus vu l’état d’affaiblissement et de démoralisation où se trouvait l’armée autrichienne, ne pouvaient manquer d’amener un des deux résultats suivants : si Benedek restait à Olmutz, le Prince royal l’observait et le coupait de Vienne; si au contraire il se portait au secours de la capitale menacée par la marche des armées prussiennes du centre et de la droite , les trois armées ennemies s’avançaient librement vers le Danube. En effet, dès le 13 juillet, les Autrichiens évacuèrent Olmutz, et, pendant les journées des 13 et 1 h , les trains transportèrent incessamment les troupes sur Vienne. Mais le 15 ces transports durent cesser, car ce jour-là l’avant-garde du Prince royal avait dépassé Olmutz, et, par le combat de Tobitschau, elle se rendait maîtresse de Prerau, coupant ainsi les communications d’OImutz avec la capitale. Quant à la 1" armée, elle avait marché par étapes moyennes, et le 16 juillet son avant-garde occupait Lundenbourg, sur le chemin de fer d’OImutz à Vienne. Comme on le voit , ces opérations n’ont rien d’extraordinaire : il était tout naturel que le Prince royal, chargé de s’opposer à l’armée autrichienne, enfermée dans Olmutz,
tentât d’intercepter le chemin de fer de Vienne qui transportait depuis deux jours les troupes autrichiennes vers le Danube, et il était tout aussi simple que le prince Frédéric -Charles s’emparât au plus vite de Lundenbourg, point important situé sur la ligne de Vienne. Le Prince royal, en occupant Prerau, réussit à empêcher trois corps d’armée autrichiens d’être transportés à Vienne : ces corps se dirigèrent à marches forcées sur Kremsier et Hradisch , et , comme Lundenbourg était déjà occupé par les troupes du prince Frédéric-Charles, ils durent éviter de s’avancer entre les Karpathes et le Marchfeld , ce qui les obligea à se jeter en Hongrie par le col de Jawornik.
La manœuvre par laquelle les Prussiens coupèrent ainsi la communication ferrée d’Olmutz à Vienne leur fait honneur; mais, encore une fois, elle était naturellement indiquée. On doit ajouter que toute l’armée autrichienne aurait pu être transportée à Vienne si elle avait commencé son mouvement trois jours plus tôt, ce qui était possible.