‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 8 sur 150 · AVANTAGES DE I.’ INS TRU CT I ON ÉLÉMENTAIRE DANS UNE ARMÉE · texte numérisé non relu

AVANTAGES DE I.’ INS TRU CT I ON ÉLÉMENTAIRE DANS UNE ARMÉE

En général, on a en Prusse pour principe de faire donner à des soldats, à des sous-officiers et même à des officiers une instruction particulière sur certains services spéciaux. C’est ainsi que chaque

régiment d’infanterie détache annuellement 1 lieutenant et 2 sous-officiers auprès d’un bataillon du génie chargé de les instruire, pendant deux mois, à des travaux de routes, de fortifications de campagne, etc.

De même chaque bataillon d’infanterie envoie annuellement 1 sous-ofïicier et 1 fantassin dans une direction d’artillerie où on leurenseigne pendant un mois le chargement et le déchargement des coffres de munitions d’infanterie. Cette instruction a sa raison d’ètre , puisqu’à la guerre chaque bataillon doit être accompagné de son caisson de munitions. Le règlement qui prescrit que ce caisson suive dans toutes les circonstances le bataillon auquel il est affecté a évidemment ses avantages et ses inconvénients. Les généraux que j’ai consultés n’ont pas tous agi de la même manière : les uns, se conformant au règlement, ont voulu que les caissons se trouvassent, pendant le combat, à la portée de chaque bataillon; les autres ont préféré les laisser à la réserve d’artillerie.

J’ai déjà dit, dans mon premier Rapport, que l’instruction élémentaire est plus répandue dans l’armée prussienne que dans aucune autre armée de l’Europe, ce qui constitue pour la première un élément de supériorité très-marqué. Presque tous les soldats savent lire et écrire, ce qui est une conséquence de l’instruction obligatoire. Il en résulte qu’on

ÎO RAPPORTS MILITAIRES.

peut leur enseigner plus facilement certains détails. C’est ainsi qu’on leur donne des notions sur le campement des troupes, sur la construction des fours de campagne, sur celle des baraques, etc. On fait passer des modèles sous leurs yeux, ou bien on leur représente les choses par des dessins faits à la craie. Combien aurions-nous dans l’armée française de soldats capables de profiter de pareilles leçons?

La preuve la plus évidente de la valeur intellectuelle de l’armée prussienne est dans l’emploi qu’elle vient de faire du fusil à chargement rapide. Quelle était en effet la croyance générale à l’étranger? Que l’infanterie prussienne épuiserait ses munitions par un tir inconsidéré, que l’arme, en se détériorant, ne ferait pas un long usage, etc. Cependant le fusil à aiguille a fait un bon service, et le nombre des munitions consommées a été très -faible, puisqu’il se réduit à 7 cartouches en moyenne par homme pour les troupes qui ont combattu, et à 3 cartouches seulement si on tient compte de l’effectif total. Ces résultats me sont fournis par le général de Hindersin, qui commandait l’artillerie des armées prussiennes.

On doit avant tout chercher la cause de cet étonnant résultat dans l’intelligence et l’instruction du soldat prussien, qui a su comprendre les soins particuliers qu’exigeait une arme perfectionnée , et éviter les inconvénients qu’elle peut présenter. C’est une nouvelle preuve de la supériorité que donne à

une armée l’instruction, même élémentaire, répandue chez les sous-ofïiciers et les soldats.

On aurait tort d’armer de fusils à aiguille une troupe de sauvages; mais on a pu en armer les troupes prussiennes. Et, plus le soldat sera éclairé, plus le fusil qu’on lui confiera pourra être perfectionné.

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