DES PROJECTILES
Les projectiles employés dans les essais de tir de Tegel sont assez connus : ce sont, pour le canon anglais, les projectiles Palliser, et, pour les canons prussiens, les projectiles Krupp, fabriqués à Essen, et les projectiles Gruson, fabriqués à Bückau, près Magdebourg.
Les projectiles Palliser sont en fonte dure, mais la matière n’est durcie que sur une partie de la profondeur; ils n’ont pas d’enveloppe en plomb, puisque le canon Woolwich se charge par la bouche.
Les projectiles Krupp sont en acier, avec une tête du même métal et une enveloppe de plomb mince. Cette dernière pèse 28k,5 pour l’obus de 96, et 22 kilogrammes pour l’obus de 72.
Les projectiles Gruson sont en fonte de fer très-
dure dans toutes leurs parties, ce qui constitue une notable différence avec les projectiles Palliser. Ils ont une épaisse enveloppe de plomb.
Comme je l’ai déjà indiqué, on a modifié sensiblement la construction des obus de Gruson pendant la durée des expériences de tir de Tegel : on a allongé la tête, augmenté son diamètre à la base, changé la forme de la cavité de l’obus, et enfin on a essayé de donner moins de poids à l’enveloppe de plomb, afin de diminuer la déperdition de force vive du projectile au choc contre l’obstacle. On a reconnu comme avantageux , en ce qui concerne la forme de la tête, de décrire l’arc avec un rayon double de celui du calibre du projectile.
Les obus Palliser se sont montrés généralement moins résistants que ceux de Gruson. Ils se sont presque tous brisés au choc, en s’émiettant, pour ainsi dire.
Il n’en a pas été de même des obus do Gruson, qui ne se brisèrent pas tous ou qui, s'ils se brisaient, ne donnaient qu’un petit nombre de morceaux. La forme de la cavité intérieure est encore une cause de la plus grande résistance qu’offrent au choc les projectiles Gruson, parce que l’épaisseur des parois est beaucoup plus grande vers la tète qu’à la base.
Les obus de Krupp, qui sont en acier, l’emportent comme de juste sur tous les autres sous le rapport de la résistance. Ils ne se sont jamais brisés et
n’ont subi que des déformations insignifiantes. Ces projectiles l’emportent non-seulement à cause de leur résistance propre, mais encore en raison de la charge intérieure plus grande, qui produit un éclatement plus sur et plus dangereux ; mais le prix moins élevé des projectiles Gruson a fait adopter ces derniers (un obus de 96 de Krupp coûte 235 francs, un obus de Gruson 75 francs) , et il est admis que les projectiles Krupp ne figureront qu’en faible proportion, pour des cas exceptionnels , dans l’approvisionnement des pièces de la marine et des côtes. Cependant les ofliciers d’artillerie de marine diffèrent d’avis sur ce point. Beaucoup d’entre eux prétendent que, quand le commandant d’un bâtiment de guerre aura à sa disposition les deux sortes de projectiles, il commencera toujours par tirer les projectiles Krupp comme étant les meilleurs, et que dès lors l’État ferait aussi bien de passer sur l’inconvénient de la dépense et d’adopter les seuls projectiles en acier.