DE LA POUDRE PRISMATIQUE
J’ignore si la poudre prismatique a été étudiée en France; dans le cas contraire, et après les résultats importants obtenus avec l’emploi de cette poudre dans les récentes expériences de Tegel, il serait du plus haut intérêt de l’essayer à notre tour. On a vu plus haut comment à l’épreuve du 2 juin le canon
prussien de 96, tiré à poudre ordinaire, avait donné un résultat inférieur à celui du canon Woolwich et comment, au contraire, sa supériorité avait été établie à l’épreuve du 7 juillet, grâce à l’emploi de la poudre prismatique, qui donna au projectile une vitesse initiale plus grande que celle du projectile anglais. En effet, à l’épreuve du 2 juin, où le canon de 96 avait été tiré à 22,5 kilogrammes de poudre ordinaire prussienne, la vitesse initiale n’avait pas dépassé 351 mètres, tandis que le 7 juillet le canon de 96, tiré à 24 kilogrammes de poudre prismatique , avait donné des vitesses initiales de 431 mètres. Et cependant la pression des gaz avait été, dans ces dernières épreuves, comme le prouva le calcul, de 1,000 atmosphères moindre que dans la première. Le fait incontestable et important est donc que la poudre prismatique, dont l’action, moins brisante que celle de la poudre ordinaire, permet de tirer à plus forte charge, communique aux projectiles des vitesses initiales plus grandes.
Aujourd’hui le gouvernement prussien tire la poudre prismatique de la fabrique que M. Krupp possède près de Dusseldorf; mais il s’est décidé à la fabriquer lui-même en grand à Spandau.
La poudre prismatique n’est autre chose que de la poudre ordinaire qu’on comprime, après en avoir enlevé le poussier, dans des moules de forme hexagonale. Chaque moule à grain renferme six petits
cylindres verticaux qui laissent dans le grain, pendant la compression, autant de trous traversant d’une base à l’autre. Un grain présente ainsi la forme d’un prisme hexagonal aplati , percé de six trous. Les dimensions moyennes sont 70 millimètres de largeur sur 25 millimètres d’épaisseur. Pour former une charge, on place les grains par couches.
Grains de poudre prismatique (grandeur naturelle).
Je crois pouvoir prédire qu’à Bückau l’emploi de la poudre prismatique va donner lieu à des études approfondies. Il se présente évidemment un champ nouveau à exploiter et d'intéressantes études à faire. - La grosseur, la forme, le poids, le nombre des ouvertures des grains sont autant d’éléments de la question, et ces éléments devront varier avec le cali-
bre des pièces; il conviendra donc d’employer pour chaque calibre un grain de poudre prismatique particulier, si on veut obtenir le maximum d’effet utile, sans danger pour la pièce.