ABRI EN FER VOÛTÉ ET CUIRASSÉ POUR PROTÉGER LES PIÈCES DE CÔTES
Je ne puis donner qu’une description imparfaite de l’abri en fer voûté et cuirassé qu’on construit au polygone Tegel, et qui est destiné à protéger les pièces de côtes, car je n’ai pas été autorisé à le visiter. C’est M. Gruson qui en est l’inventeur et le constructeur. Il a fait élever au polygone de Tegel d’immenses fourneaux capables de couler des pièces de fonte de 75,000 kilogrammes; il y a fait établir de puissantes machines à air comprimé pour enlever ces énormes pièces, pour les transporter et les mettre en place.
Ces travaux considérables et les mille travaux accessoires qu’ils nécessitent occupent M. Gruson depuis plus d’un an. Le 9 octobre dernier il a fait couler à Tegel , devant le ministre de la guerre et une foule d’ofliciers, une pièce de fonte de 75,000 kilogrammes ( la plus grande qui ait été coulée jusqu’à ce jour) destinée à former une partie d’une des parois de l’abri. On rapporte que l’opé-
ration a parfaitement réussi. Le poids du métal employé s’élevait, en prévision du retrait, à 90,000 kilogrammes.
Soit dit sommairement, l’abri cuirassé dont il s’agit est destiné à protéger un canon de 96 en acier se chargeant par la culasse. Il se compose de deux parois verticales et parallèles à l’axe de la pièce, d’un toit voûté qui les surmonte, d’une cuirasse convexe posée par devant et munie d’une ouverture pour le passage de la partie antérieure de la volée, enfin d’une porte qui ferme l’abri par derrière. Ces diverses parties sont toutes formées d’énormes blocs de fonte semblables à celui qui a été coulé le 9 octobre.
Les blocs qui composent les deux parois sont ajustés les uns aux autres par d’énormes boulons, de façon que les assemblages ne puissent être disjoints par le choc d’un projectile qui frapperait le revêtement , ni par conséquent blesser les canonniers. La cuirasse a 70 centimètres d’épaisseur. L’ouverture qu’elle porte ne permet que tout juste le passage de la volée, et l’espace intérieur est suffisant pour le service de la pièce. La porte qui ferme l’abri par derrière est de dimension colossale. M. Gruson, qui n’est pas militaire, et qui accorde volontiers tous les mérites à son invention, dit que cette porte permettra de mettre la pièce et les canonniers à l’abri d’une surprise ou de s’enfermer de manière à ne pou-
voir ctre réduits que par la faim ou par un siège en règle.
Comme la bouche de la pièce n’a qu’un mouvement très-restreint dans l’ouverture de la cuirasse, on a construit pour la pièce un alïùt à. pivot qui donne un champ de tir suffisant.
Une fois que cet abri aura été construit, on protégera la cuirasse par un fort cpaulement en terre.
Les expériences seront de deux sortes, c’està-dire qu’on tirera dans l’abri même la pièce qu’il est destiné à protéger et qu’ensuite on tirera contre l’abri avec les canons du plus gros calibre pour éprouver le degré de résistance qu’il présente.
A la vue de constructions et d’épreuves semblables, on en vient à se demander si la limite de ce qui peut être raisonnable et utile ne se trouve pas dépassée, et si les avantages que pourraient présenter de pareils abris sauraient être mis en balance avec les énormes dépenses qu’entraîne leur construction? Serat-il possible d’établir sur les côtes (où le terrain est généralement mouvant), aux points favorables, des fondations assez solides pour supporter de pareils blocs de fonte?