MAYENCE
La Prusse, comme on sait, occupe Mayence en vertu d’une convention conclue en 1866 avec le grand-duc de Hesse-Darmstadt. La place est aujourd’hui, à très-peu de chose près, dans le même état qu’avant la guerre. Cela peut paraître singulier, car telle est l’importance de Mayence par la position qu’occupe cette ville au confluent du Rhin et du Main, que le premier soin de la Prusse aurait dû être d’en modifier les travaux, et d’y construire un grand camp retranché, comme nous faisons à Metz. Il est à croire que la Prusse aurait déjà exécuté ce projet si Mayence et le pays environnant sur la rive gauche du Rhin appartenaient à la Confédération de l’Allemagne du Nord. Mais ce pays est situé dans la partie du duché de Hesse restée indépendante, et la Prusse n’ose pousser la témérité jusqu’à y élever des ouvrages, dans la crainte sans doute de provoquer les protestations du grand-duc et surtout celles de la France. Je ne crois pas qu’on doive chercher ailleurs les motifs de son inaction, et c’est par la même raison, je pense, qu’elle ne fortifie pas au moins la hauteur de Hechtsheim (voir le plan que j’envoie cijoint). Cette hauteur est située au sud de Mayence,
sur la route que suivrait une armée française d’iir. asion, à 2,000 mètres seulement des ouvrages avancés, à. 2,500 mètres de l’enceinte principale et à cette même distance du pont du chemin de fer qui traverse obliquement le Rhin.
L’importance de la hauteur de Hechtsheim n’a pas échappé aux ingénieurs allemands , et pendant toute l’année 18G7 une polémique assez vive s’est engagée dans les journaux sur la nécessité d’y établir de forts ouvrages; mais on a laissé tomber la question. Il y a pour nous un avantage trop évident à ce que cette hauteur ne soit pas fortifiée ; car autant nous aurions tort, en cas de guerre, d’aller nous buter contre Mayence si cette place était transformée en un camp retranché, autant il peut sembler raisonnable, dans l’état actuel des choses, de surprendre le passage de la Sarre et de marcher k tired’aile sur Mayence. Une fois en possession des hauteurs de Hechtsheim, nous pourrions être maîtres de Mayenne, grâce à l’artillerie actuelle, après un siège de courte durée, car des batteries établies à Hechtsheim dominent la ville, et prennent d’écharpe le pont oblique du Rhin.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, Mayence se trouve aujourd’hui dans le même état qu’en 1866, et aucun ouvrage n’a été construit sur la hauteur de Hechtsheim. Mais ce qui est une chose arrêtée, c’est l’agrandissement de la ville. Le 8 avril dernier le conseil
municipal, après de vives discussions, a décidé d’accorder les h millions de florins demandés par la Prusse pour l’acquisition des terrains nécessaires à cet agrandissement, et h la fin d’avril l’autorité a fait afficher dans toute la ville le plan parcellaire du terrain à acquérir. L’enceinte sera reportée plus au nord de manière à comprendre cetle partie de la plaine appelée le Gartenfeld. Je l’ai teintée en rouge sur le plan ci-joint. On estime à 5 millions de flo-' rins les dépenses des travaux de construction, ce qui donnerait 9 millions de florins (environ 20 millions de francs), l’achat du terrain compris. On pense que les travaux commenceront l’automne prochain.