‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 18661870Chapitre 18 sur 133 · VICES DE L’ORGANISATION DE · texte numérisé non relu

VICES DE L’ORGANISATION DE

Les vices de cette organisation sont si évidents qu’on se demande comment elle a pu durer quarante-cinq ans. Ils se révélèrent de la façon la plus déplorable pendant les campagnes de 1848 et de

1849 dans le Schleswig et le grand-duché de Bade, et lors des mobilisations de 1850 et 1859.

Le vice capital résultait de l’obligation d’appeler et d’embrigader dans l’armée, au moment d’une guerre, 170,000 hommes de landwehr. L’expérience démontra qu’en raison des pertes de toute sorte , il fallait, pour se procurer ce nombre, prendre les landwehriens des sept années du premier ban (ceux de 25 à 32 ans). Comment pouvoir compter, à la guerre, sur des gens qui avaient quitté le service, les uns depuis deux ans, les autres depuis trois, les derniers depuis neuf ans, et dont la moitié étaient mariés, car les statistiques prussiennes donnent les chiffres suivants :

Mariés do 25 à 26 ans 30 pour 1 00,

Mariés de 29 à 30 ans 46 pour 100,

Mariés de 31 à 32 ans 63 pour 100.

Ajoutons qu’un grand nombre de ces hommes se voyaient obligés d’abandonner leurs familles dénuées de ressources et de les confier à la charité des communes.

Aussi les hommes de la landwehr ne répondirent à l’appel, en 1848, 1850 et 1859, qu’avec un extrême mécontentement. Les scènes les plus déplorables eurent lieu, des actes de désobéissance formelle se produisirent, même devant l’ennemi. Quant à celles des troupes de landwehr qui restèrent fidèles à l’honneur,

elles se montrèrent d’une insuffisance complète. On put voir dans ces circonstances que les créateurs de l’organisation de 1814 s’étaient trompés en comptant qu’à, toute occasion la landwehr manifesterait l’enthousiasme de 1813.

Un autre défaut de cette organisation provenait de la composition des brigades. Comme elles comprenaient chacune 2 régiments, l’un de ligne, l’autre de landwehr, il y avait impossibilité de former, au besoin, des corps de troupes solides (brigades ou divisions) où la landwehr n’entrerait pas.

On doit encore ajouter que le défaut d’instruction militaire des officiers et sous-officiers de la landwehr obligeait à déplacer un grand nombre d’officiers et de sous-officiers de la ligne, pour les substituer aux premiers, et inversement. Ces nombreuses mutations, faites au moment de la mise sur pied de guerre, avaient un inconvénient évident.

Enfin, on ne saurait omettre de signaler, à la charge de l’organisation de 1814, les dépenses énormes qu’une mobilisation entraînait pour les communes, à qui incombait l’obligation de secourir les familles nécessiteuses des hommes de la landwehr. En 1859, elles eurent à fournir aux besoins de plus de 55,000 familles, moyennant une dépense mensuelle de 1 million de francs. En 1850, le chiffre s’éleva à 2 millions par mois, sans compter les dons volontaires qui produisirent autant.

Les inconvénients signalés ci-dessus étaient assez sérieux pour qu’une réorganisation de l’armée devînt nécessaire. Elle fut commencée en 1859 et continuée les années suivantes, à travers le conflit si connu qui, depuis lors, divise le gouvernement prussien et la Chambre.

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