RÉORGANISATION DE
Avant d’aviser aux moyens de corriger les vices de l’ancienne organisation, les hommes chargés de cette tâche songèrent à revenir à l’application rigoureuse du principe du service obligatoire pour tous, qu’on n’avait pas cessé de violer depuis 181/j. En effet, bien que, par un accroissement sans pareil, la population de la Prusse se fût élevée successivement, en quarante-cinq ans, de 10 millions h 18 millions, l’effectif de l’armée permanente était resté au chiffre constant de 130 à 140,000 hommes, ce qui n’avait permis de lever annuellement que 40,000 hommes, contingent égal à celui de 18J4.
11 en était résulté que chaque année un nombre assez considérable de jeunes gens propres au service militaire ne passaient pas sous les drapeaux, et qu’en 1859, par exemple, où le contingent total s’éleva à 63,000 hommes, plus du tiers se trouva exempté de fait. L’injustice se révélait dans toute sa gravité lors
d’une mobilisation, parce que les hommes de landvvehr de 25 à 32 ans, qui avaient déjà, servi, se voyaient obligés de partir pour l’armée, tandis que des jeunes gens de 20 à 25 ans ne payaient pas leur dette au pays.
Les réorganisateurs décidèrent avant tout le retour au principe fondamental du service obligatoire. Il fut convenu que le contingent annuel tout entier de 63,000 hommes entrerait dans l’armée, et l’on fixa, comme précédemment, à 3 ans la durée du service effectif. Par cette mesure, l’armée permanente reçut tout d’un coup un accroissement considérable. Une augmentation de cadres s’ensuivait forcément, on créa :
36 régiments d’infanterie,
9 bataillons de fusiliers,
<0 régiments de cavalerie,
5 divisions d’artillerie.
L’armée permanente, forte jusque-là de 130,000 hommes, se trouva ainsi portée à 210,000. La Prusse pouvait l’entretenir sans difficulté, puisque son budget s’était élevé de 270 à 4 87 millions de francs depuis 1814.
Il s’agit ensuite de remédier aux défauts de l’ancienne organisation. La landwehr fut conservée, mais on changea complètement son rôle et son caractère. On décida qu'elle cesserait de faire partie intégrante
de l'armée active. Jusque-là le premier ban avait figuré pour moitié dans cette armée; à l’avenir ses fonctions devaient se réduire à la défense intérieure du territoire, c’est-à-dire à celle que l’organisation de 1814 assignait au second ban.
Pour pouvoir porter l’effectif de l’armée active, sans recourir à la landwehr, au chiffre de 370,000 hommes, jugé nécessaire, on prolongea de 2 ans, en la portant à 4 ans, la durée du temps à passer dans la réserve. Il fut convenu que tous les hommes reconnus propres au service appartiendraient :
A l’armée active, 7 ans. .1 3 ans de service effectif,
(de 20 à 27 ans) j 4 ans de réserve.
A la landwehr, 12 ans..l 5 ans dans le 1" ban,
(de 27 à 39 ans) ...... | 7 ans dans le 2' ban.
Comparons, avant d’aller plus loin, l’organisation de 1814 et celle de 1860.
Leurs points communs sont :
■1° Le service obligatoire pour tous les citoyens;
2° L’instruction militaire reçue dans l’armée pendant un certain temps;
3° L’obligation à un service ultérieur, jusqu’à un âge fixé, dans la réserve, puis dans la landwehr.
Quant aux différences, elles sont frappantes : dans 1 organisation de 1814, l’armée permanente n était, à tout prendre, que l’école de guerre de la nation. Pour en faire l’armée active de campagne, il fal-
lait doubler son effectif avec des régiments de landwehr, composés d’hommes de 25 à 32 ans, déshabitués du service, et dont la moitié étaient mariés.
Dans l’organisation de 1860, l’armée permanente est également l’école de guerre de tous les citoyens ; mais elle constitue à elle seule, par l’unique adjonction des réserves, l’armée active. La landwehr n’y figure plus à aucun degré, son rôle se bornant h la défense des places de l’intérieur. Telle est la modification capitale apportée à l’ancienne organisation. La Prusse y a trouvé le grand avantage d’avoir une armée active plus nombreuse, composée uniquement de soldats de 20 à 27 ans. Les hommes de 27 à 32 ans, établis ou mariés pour la plupart, ne craignent plus d’être appelés à toute mobilisation ou pour une guerre ordinaire ; chargés de la défense du territoire, ils savent qu’ils n’auront à combattre avec l’armée, en seconde ligne, que dans les cas extrêmes. Comme on voit, le résultat a été favorable aux intérêts généraux du pays, particulièrement à l’agriculture.
En France , on semble croire que la landwehr a aujourd’hui le même rôle qu’avant la réorganisation. Parce qu’on a vu la landwehr figurer dans la guerre du Danemark, et plus récemment dans celle de Bohême, on s’imagine qu’elle fait partie de l’armée ou qu’elle est destinée à, combattre à ses côtés. Ceci demande explication.
La décision qui fixa à 4 ans la durée du temps de réserve fut mise en vigueur en octobre 1860. Par conséquent les temps de réserve des divers contingents sont :
Pour le contingent de 1859, d’octobre 1862 à octobre 1864.
D’après cela, au moment de la dernière guerre, en juin 1866, la Prusse ne disposait que des réserves de 8 années, celles de 1868, 1864 et 1865. C’est pourquoi on fut obligé de puiser dans la iandwehr pour compléterles bataillons de l’armée. On versa, en moyenne, 100 landwehriens par bataillon de 1,000 hommes. Mais il importe de remarquer qu’on n’aurait pas eu recours à cette mesure si on avait pu disposer des réserves de 4 années. Ce n’est qu’à dater de l’heure présente (fin de l’année 1866) que la réorganisation de 1860 commence à avoir son entière exécution, et la Prusse dispose, à partir d’aujourd’hui, des réserves de 4 années consécutives. En principe elle ne puisera donc plus dans la Iandwehr pour compléter les bataillons ou escadrons de l’armée; elle ne le fera que pour organiser les services exceptionnels, tels que les compagnies de chemins de fer, les compagnies de porteurs de blessés , la télégraphie, etc.
Il est donc très- important de constater que la Prusse entre aujourd’hui (fin de 1866) en pleine jouissance des ressources militaires qu’elle s’est créées par l’organisation de 1860. L’ensemble de ses forces (il ne s’agit toujours que de la Prusse avant les annexions) peut être présenté comme il suit :
A. Armée aclive comprenant :
L’armée permanente 21 0,000 h. )
2° Les réserves de quatreannées. 160,000 h. j 370,000 h.
B. Troupes de dépôt (recrues, partie des ré-
serves) 11 0,000 h.