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EXPÉRIENCES AVEC LE CANON DE 24 EN ACIER

Les succès obtenus dans les expériences précédentes avec les canons en acier de 96 et de 72, grâce aux études faites sur l’emploi de la poudre prismatique, sur la meilleure forme à donner aux projectiles, etc., engagèrent à essayer au tir contre les plaques le canon de 24 en acier. M. Krupp, qui dans ces circonstances s’est acquis de nouveaux titres à la reconnaissance de son pays, fit fabriquer à Essen un canon de 24 massif, du poids de 3,000 kilog. environ, en prédisant, assure-t-on, que cette pièce, malgré son calibre relativement faible , percerait d’outre en outre des bordages cuirassés à 5 et même à 6 pouces d’épaisseur. Les expériences eurent lieu au polygone de Tegel le 1" septembre dernier.

Canon de 24 massif. — En acier, non cerclé. Calibre : 149 millimètres. Fermeture à double coin, système Kreiner. Poids : 3,050 kilog. Tire des obus ordinaires , des obus Krupp et des obus Gruson. Poids respectifs de ces projectiles : 27\4, 33 kilog., 34k,5.

Les expériences faites pour déterminer les charges de poudre prismatique à employer, ainsi que les vitesses initiales, conduisirent aux résultats suivants : à la charge de O kilog., vitesse initiale : 408 mè-

très ; à la charge de 7 kilog., vitesse initiale ; /i h 5 mètres.

On tira le 1er septembre, à 150 mètres de distance, 5 obus non chargés. Un obus Gruson, tiré à. la charge de 6 kilog., frappa la plaque de 5 pouces et perça de part en part la plaque et le bois qu’elle revêtait. Des éclats du projectile furent retrouvés à 30 mètres au delà. Les quatre autres projectiles frappèrent la plaque de 6 pouces. Les deux premiers étaient des projectiles Gruson : l’un, tiré à 6 kilog., perça la plaque et pénétra de 5 centimètres dans le bois ; l’autre, tiré à 7 kilog., perça la plaque et pénétra assez profondément dans le bois pour que la pointe dépassât la face intérieure. Les deux autres projectiles (obus Krupp) furent tirés l’un à 6, l’autre à 7 kilog. Le premier perça la plaque et pénétra de quelques centimètres dans le bois ; le second perça d’outre en outre plaque et bois.

Les conséquences à induire du tir du 1er septembre sont évidemment celles-ci : le canon de 24, tiré à 6 kilog. de poudre prismatique et à la distance de 150 mètres, perce d’outre en outre et aisément des bordages revêtus d’une cuirasse de 5 pouces d’épaisseur; et, tiré à la charge de 7 kilog., il traverse des bordages cuirassés à 6 pouces d’épaisseur.

On parle de fabriquer un autre canon de 24 , d’un poids plus fort que celui du précédent , de le

cercler, et d’y adapter la fermeture cylindro-prismatique de M. Krupp, afin d’augmenter encore sa puissance.

Ces derniers résultats, auxquels personne sans doute ne se serait attendu six mois plus tôt , portèrent au comble le contentement de tous les partis qu’intéressent ces expériences : officiers d’artillerie, officiers de marine, gens des industries en fer et en acier. On sait en effet que le canon de 2 4 arme des corvettes à hélice de la marine allemande ; ces corvettes, et même des bâtiments de plus faible échantillon, armés du canon de 24, seraient donc capables de défier les plus gros navires, puisque ceux-ci ne sont généralement pas cuirassés à plus de 5 pouces d’épaisseur. Voilà ce que tout le monde ici répète à l’envi. On ajoute qqe le dernier mot de ces essais n’est pas dit, et que, en suivant la voie où l’on est entré, c’est-à-dire en renforçant les canons de manière à pouvoir tirer à fortes charges de poudre prismatique , et en perfectionnant encore les projectiles sous le rapport de la forme et de la résistance, on parviendra, même avec des calibres plus faibles que le 24 , à traverser des plaques de 5 et de 6 pouces. Et l’on n’est pas éloigné d’entrevoir, comme conséquence d’un tel fait, une révolution complète dans la construction des vaisseaux de guerre.

Voilà oii en sont aujourd’hui ces expériences si

importantes pour la Prusse; on les interrompra à l’époque des grands froids pour les reprendre au printemps. Samedi prochain, par exemple, le 28 novembre , on tirera avec le canon de 96 contre des plaques posées obliquement au plan de la trajectoire. Le cas où un projectile frappera un navire ennemi perpendiculairement à la surface frappée ne pouvant être qu’exceptionnel, on désire faire ces essais de tir oblique, de manière à étudier en même temps le choc des pointes des projectiles contre les plaques.

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