‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 18661870Chapitre 70 sur 133 · DES PROJECTILES · texte numérisé non relu

DES PROJECTILES

Les projectiles employés dans les essais de tir de Tegel sont assez connus : ce sont, pour le canon anglais, les projectiles Palliser, et, pour les canons prussiens, les projectiles Krupp, fabriqués à Essen, et les projectiles Gruson, fabriqués à Bückau , près Magdebourg.

Les projectiles Palliser sont en fonte dure, mais la matière n’est durcie que sur une partie de la profondeur; ils n’ont pas d’enveloppe en plomb, puisque le canon Woolwich se charge par la bouche.

Les projectiles Krupp sont en acier, avec une tête du même métal et une enveloppe de plomb mince. Cette dernière pèse 28k,5 pour l’obus de 96, et 22 kilogrammes pour l’obus de 72.

Les projectiles Gruson sont en fonte de fer très-

dure dans toutes leurs parties, ce qui constitue une notable différence avec les projectiles Palliser. Ils ont une épaisse enveloppe de plomb.

Comme je l’ai déjà indiqué, on a modifié sensiblement la construction des obus de Gruson pendant la durée des expériences de tir de Tegel : on a allongé la tête, augmenté son diamètre à la base, changé la forme de la cavité de l’obus, et enfin on a essayé de donner moins de poids à l’enveloppe de plomb, afin de diminuer la déperdition de force vive du projectile au choc contre l’obstacle. On a reconnu comme avantageux, en ce qui concerne la forme de la tête, de décrire l’arc avec un rayon double de celui du calibre du projectile.

Les obus Palliser se sont montrés généralement moins résistants que ceux de Gruson. Ils se sont presque tous brisés au choc, en s’émiettant, pour ainsi dire.

Il n’en a pas été de même des obus de Gruson, qui ne se brisèrent pas tous ou qui, s’ils se brisaient, ne donnaient qu’un petit nombre de morceaux. La forme de la cavité intérieure est encore une cause de la plus grande résistance qu’offrent au choc les projectiles Gruson, parce que l’épaisseur des parois est beaucoup plus grande vers la tête qu’à la base.

Les obus de Krupp, qui sont en acier, l’emportent comme de juste sur tous les autres sous le rapport de la résistance, lis ne se sont jamais brisés et

n’ont subi que des déformations insignifiantes. Ces ' projectiles l’emportent non-seulement à cause de leur résistance propre, mais encore .en raison de la charge intérieure plus grande, qui produit un éclatement plus sûr et plus dangereux; mais le prix moins élevé des projectiles Gruson a fait adopter ces derniers (un obus de 96 de Krupp coûte 235 francs, un obus de Gruson 75 francs), et il est admis que les projectiles Krupp ne figureront qu’en faible proportion , pour des cas exceptionnels , dans l’approvisionnement des pièces de la marine et des côtes. Cependant les officiers d’artillerie de marine diffèrent d’avis sur ce point. Beaucoup d’entre eux prétendent que, quand le commandant d’un bâtiment de guerre aura à sa disposition les deux sortes de projectiles, il commencera toujours par tirer les projectiles Krupp comme étant les meilleurs, et que dès lors l’État ferait aussi bien de passer sur l’inconvénient de la dépense et d’adopter les seuls projectiles en acier.

Dli LA POUDRE PRISMATIQUE.

J’ignore si la poudre prismatique a été étudiée en France; dans le cas contraire, et après les résultats importants obtenus avec l’emploi de cette poudre dans les récentes expériences de Tegel, il serait du plus haut intérêt de l’essayer à notre tour. On a vu plus haut comment à l’épreuve du 2 juin le canon

prussien de 96, tiré à poudre ordinaire, avait donné un résultat inférieur à celui du canon Woolwich et comment, au contraire, sa supériorité avait été établie à l’épreuve du 7 juillet, grâce à l’emploi de la poudre prismatique, qui donna au projectile une vitesse initiale plus grande que celle du projectile anglais. En effet, à l’épreuve du 2 juin, où le canon de 96 avait été tiré à 22,5 kilogrammes de poudre ordinaire prussienne, la vitesse initiale n’avait pas dépassé 351 mètres , tandis que le 7 juillet le canon de 96, tiré à 24 kilogrammes de poudre prismatique. avait donné des vitesses initiales de 431 mètres. Et cependant la pression des gaz avait été, dans ces dernières épreuves, comme le prouva le calcul, de 1,000 atmosphères moindre que dans la première. Le fait incontestable et important est donc que la poudre prismatique, dont l’action, moins brisante que celle de la poudre ordinaire, permet de tirer à plus forte charge, communique aux projectiles des vitesses initiales plus grandes.

Aujourd’hui le gouvernement prussien tire la poudre prismatique de la fabrique que M. Krupp possède près de Dusseldorf; mais il s’est décidé à la fabriquer lui-même en grand à Spandau.

La poudre p-ismatique n’est autre chose que de la poudre ordinaire qu’on comprime, après en avoir enlevé le poussier, dans des moules de forme hexagonale. Chaque moule à grain renferme six petits

cylindres verticaux qui laissent dans le grain, pendant la compression, autant de trous traversant d’une base à l’autre. Un grain présente ainsi la forme d’un prisme hexagonal aplati , percé de six trous. Les dimensions moyennes sont 70 millimètres de largeur sur ‘25 millimètres d’cpaisseur. Pour former une •

charge, on place les grains par couches.

Grains do poudre prismatique (grandeur naturell ).

Je crois pouvoir prédire qu’à. Bückau l'emploi de la poudre prismatique va donner lieu à des études approfondies. Il se présente évidemment un champ nouveau à exploiter et d’intéressantes études à faire. La grosseur, la forme, le poids, le nombre des ouvertures des grains sont autant d’éléments de la

question, et ces éléments devront varier avec le cali-

bre des pièces; il conviendra donc d’employer pour chaque calibre un grain de poudre prismatique particulier, si on veut obtenir le maximum d’elïet utile, sans danger pour la pièce.

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