II. — PRINCIPE DE JUSTICE ET DE MORALITÉ
La Prusse donne le plus bel exemple de justice et de moralité par l’application du principe du service obligatoire pour tous les citoyens, sur lequel reposent ses institutions militaires. Comment vouloir comparer une organisation basée sur un principe si juste, si fécond dans ses conséquences, à l’organisation française, qui comporte cette tache hideuse du remplacement moyennant une somme d’argent , cause de démoralisation pour l’armée et pour la nation ellemême? On ne songe pas asscz.aux dangers de cette funeste institution. Tout a été dit sur ce sujet par quelques hommes d’intelligence et de cœur, qui ont su discerner l’influence dissolvante qu’exerce inévitablement à la longue sur la nation l’application d’un principe immoral et injuste. Ils ont proclamé bien haut que le service militaire constitue le premier devoir du citoyen , que rien ne démoralise une société comme la faculté laissée au riche de s’en affranchir pécuniairement; car, ont-ils ajouté, comment une nation n’arriverait-elle pas à croire que tout devoir peut se vendre ou s’acheter, s’il en est ainsi pour le plus sacré de tous? Quel abîme, d’ailleurs, de pareils principes n’ouvrent-ils pas entre les classes riches et les classes déshéritées? Et comment vouloir
que, dans un pays où ils sont appliqués, l’armée puisse être entourée de cette estime et de cette considération indispensables à son existence même?
Je ne saurais dire à quel point on est frappé du degré de considération dont l’armée jouit en Prusse, ce qu’on ne peut expliquer que par l’application du service militaire obligatoire, qui confond, pour ainsi dire, l’armée et la nation. Aussi tous les avantages, toutes les faveurs, tous les honneurs sont-ils pour l’armée. Un homme qui, par une raison quelconque, n’a pas servi n’arrive à. aucun emploi ; dans les campagnes, il est l’objet des sarcasmes de ses concitoyens. Comme il est peu de familles, riches ou pauvres, qui n’aient pas eu dans l’armée soit un fils, soit un frère,' soit un parent, il en résulte qu’en opposition avec ce qui se passe en France, elle n’est pas regardée comme une institution à part dans le pays ; mais qu’au contraire toutes les classes de la population, hommes, femmes, enfants et vieillards, s’y intéressent, prêts à se dévouer ou à se sacrifier pour elle. On vient d’en avoir la preuve la plus éclatante pendant la récente guerre d’Autriche. La Prusse, en effet, n’a-t-elle pas offert^ l’Europe cet édifiant spectacle d’un grand État qui, grâce à des dons volontaires venus de tous les points du pays, a pu faire soigner 30,000 malades et blessés sans qu’il lui en coûtât un centime?