I. — RÉORGANISATION DU SERVICE DE TÉLÉGRAPHIE MILITAIRE
Le service télégraphique militaire vient d’être réorganisé sur de nouveaux principes. La raison en est que son importance a été mieux appréciée dans la guerre de 1866, et qu’on n’a pas été complètement satisfait de la manière dont il a fonctionné. La 4re armée (prince Frédéric - Charles ) est en effet la seule où, grâce au zèle des officiers d’état-major, le service télégraphique ait convenablement rempli sa tâche; mais ailleurs il a laissé beaucoup à désirer. C’est ainsi que j’ai pu constater, lors de la mission dont l’Empereur m’avait chargé en Bohème pendant l’armistice de 4866, que sur divers points les
poteaux des télégraphes avaient été utilisés comme bois de chauffage , et les fils comme cordeaux pour attacher les chevaux.
La Prusse est trop vigilante et trop avide de perfectionnements pour ne pas avoir cherché, en profitant de l’expérience acquise en 1806, à améliorer ce service important. Elle y travaille depuis trois ans; l’année dernière , aux manœuvres d’automne de la garde, quelques essais avaient été faits dans cette voie : ils ont été repris cette année aux grandes manœuvres du 2* corps d’armée en Poméranie, et, comme ils ont pleinement satisfait, la réorganisation peut être considérée aujourd’hui comme achevée et adoptée.
La modification essentielle qu’on a fait subir à l’ancienne organisation consiste à avoir scindé le service télégraphique d’une armée en deux autres distincts :
1° Celui des divisions télégraphiques de campagne;
2° Celui de la division télégraphique dite d’étapes.
La division d’étapes assure les communications sur les derrières de l’armée avec le réseau télégraphique de l’État, tandis que les divisions télégraphiques de campagne, affranchies de ce soin , sont attachées à l’armée et employées exclusivement aux opérations militaires.
Dans la guerre de 1866 les divisions télégraphiques cumulaient ces deux services; mais, l’expérience ayant prouvé qu’il élait très -difficile et trèsfatigant pour elles de suivre les mouvements de l’armée et de surveiller en même temps les lignes déjà établies, la modification indiquée ci-dessus a été jugée indispensable.
Mon intention était de faire un Rapport spécial sur la réorganisation du service télégraphique de l’armée de la Confédération de l’Allemagne du Nord; mais pendant que je réunissais les éléments nécessaires, a paru le 22e volume du Recueil intitulé 3/ilitarische Blatler, 5e cahier, novembre 1869, qui contient un chapitre détaillé sur la matière, et rend ainsi mon travail superflu. Je joins un exemplaire de ce 22e volume au présent Rapport. Le chapitre dont il s’agit est écrit par un officier du génie qui faisait partie de la division télégraphique attachée au 2“ corps d’armée pendant les grandes manœuvres d’automne, où fut expérimenté le nouveau système. Il explique la réorganisation , indique la composition des divisions de télégraphie de campagne, en personnel et en matériel , ainsi que les résultats obtenus. Cet article mérite d’être traduit pour l’instruction de nos officiers en général , et particulièrement de ceux qui sont chargés d’éludier le service télégraphique de l’armée. J’ai envoyé le 20 septembre dernier une carte du terrain de manœuvres du 2e corps d’armée,
laquelle pourra servir à suivre le récit des opérations télégraphiques contenu dans les 91 i lit (irise iie Blâlter.
Je me bornerai à dire ici qu’en principe, au cas d’une grande guerre, les 13 corps d’armée de la Confédération du Nord formeraient quatre armées dont chacune aurait son service télégraphique particulier, ou, comme on dit en Prusse, sa colonne télégraphique. Chaque colonne se composerait de 3 divisions : l’une, la division télégraphique d'étapes, aurait pour mission d’établir et d’assurer les communications du grand quartier général avec les derrières et le réseau de l’État (comme il a été dit plus haut), et les deux autres, c’est-à-dire les divisions télégraphiques de campagne, seraient chargées du service relatif aux opérations mêmes de l’armée : reconnaissances, subsistances, communications du quartier général avec les divers corps d’armée , service de sûreté, etc.
Un détail passé sous silence dans le chapitre déjà cité des Militarische Blâlter, c’est que les 92 pionniers (voir page 373) qui font partie du détachement de télégraphie sont pris dans la landwehr. On retrouve ici l’application de ce principe constant que j’ai eu souvent occasion de rappeler, à savoir qu’en Prusse le personnel des divers services exceptionnels (compagnies de porteurs de blessés, compagnies de chemins de fer, divisions télégraphiques)
se forme, pour une guerre, sans diminuer les effectifs de l’armée active, et en puisant dans la landvvehr comme dans un immense réservoir.
On attache une telle importance au service télégraphique, qu’il est question d’augmenter le nombre déjà, si grand des établissements d’instruction militaire de la Prusse d’une École spéciale de télégraphie. Aujourd’hui déjà la télégraphie est une branche de l’instruction dans toutes les Écoles militaires, et on a décidé de faire faire en hiver pour les officiers, dans les grandes garnisons, par un employé supérieur du service télégraphique ordinaire , un cours théorique et pratique de télégraphie.
Dans ces mêmes garnisons on instruit à la télégraphie des sous-officiers des divers régiments, qui, en cas de mobilisation, seraient affectés au service télégraphique des lignes de l’État, où ils remplaceraient des employés civils, qui, de leur côté, passeraient dans l’armée pour y être attachés au service télégraphique. Il est alloué à ces sous-officiers un supplément de solde, comme encouragement.