‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 18661870Chapitre 95 sur 133 · IV. — CONVENTIONS MILITAIRES · texte numérisé non relu

IV. — CONVENTIONS MILITAIRES

• Brunswick et Mecklenbourg-Strelitz. — Les seuls États de la Confédération de l’Allemagne du Nord qui n’aient pas conclu de convention militaire avec la Prusse sont aujourd’hui le duché de Brunswick et le duché de Mecklenbourg-Strelitz, dont les rapports militaires avec la Prusse sont réglés uniquement par la Constitution fédérale, paragrapnes 63 et 64. Ces duchés continuent à administrer leurs troupes

eux-mêmes : elles ne font pas partie intégrante de l’armée prussienne, comme celles des États de la Thuringe, des villes anséaliques et du duché d’Oldenbourg.

La Prusse ne se montre pas satisfaite de voir ces deux petits États prétendre à un reste d’indépendance. Les journaux le leur reprochent sur tous les tons, s’en moquent et cherchent à influencer les officiers des deux duchés en leur demandant comment ils peuvent consentir à se contenter d’un avancement lent dans les troupes d’un contingent insignifiant, au lieu de participer à l’avancement général de la grande armée prussienne.

Royaume de Saxe. — La Saxe a conclu, comme on sait, une convention militaire avec la Prusse. Toutefois, en raison de l’importance de ce royaume, on lui a laissé l’administration propre de ses troupes et les officiers saxons ne concourent qu’entre eux pour l’avancement.

D’après le paragraphe h de la Constitution fédérale, la forteresse de Kônigstein et les fortifications de Dresde appartiennent à la Confédération. Aussi Kônigstein a eu constamment, depuis 1866, une garnison prussienne. Au 1er janvier 1870, c’est la lre compagnie du bataillon de chasseurs de Silésie n° 5 qui occupera la forteresse.

Grand-duché de Hesse. — La convention militaire de la Hesse et de la Prusse date du 7 août

1807. Il en est beaucoup parlé depuis qu’ont eu lieu cet automne à Bergen, en présence du Roi, les manœuvres* où ont figuré réunies, pour la première fois, des Iroupes prussiennes et des troupes de la division hessoise. Le h septembre, après la dernière de ces manœuvres, le Roi me dit que l’instruction des troupes hessoises ne l’avait pas pleinement satisfait, et avec un sentiment d’orgueil qui se mêlait à, son mécontentement, il ajouta : « Elles ont encore beaucoup à faire pour être à la hauteur de mes troupes. » Le Roi songea, sans aucun doute dès ce moment, à user du droit que lui confère le paragraphe h de la convention militaire , celui de remplacer des officiers hessois par des officiers prussiens; car il vient d’ordonner la mise à la retraite de plusieurs officiers hessois et de nommer des officiers prussiens à des commandements dans la 25e division. C’est ainsi, par exemple, qu’une décision du 7 novembre dernier appelle au commandement de la brigade de cavalerie hessoise le général prussien de Schlotheim, chef d’état-major général du 8e corps d’armée. Les journaux prussiens écrivent qu’on ne s’arrêtera pas là et qu’il est urgent de purger la division hessoise. Les officiers de cette division (on désigne plus particulièrement les officiers supérieurs) qui ne sont pas à la hauteur de leurs devoirs, d’après les vues de la Prusse, seraient tout simplement congédiés et les autres ne passeraient plus d’un grade à un autre

qu’après avoir servi un certain temps dans un régiment prussien.

Ces mesures ont produit un vif mécontentement dans le duché de Hesse-Darmstadt, que la Prusse avait tenu à ménager jusqu’à présent, malgré les reproches qu’elle lui adresse. On l’accuse d’être favorable à l’Autriche, de feindre d’ignorer qu’il existe une Confédération de l’Allemagne du Nord, d’avoir des journaux hostiles à la Prusse, entre autres la Allgemeine Militûr-Zeilung, rédigée par des officiers mécontents. On lui reproche de ne pas vouloir organiser ses forces militaires d’après les bases adoptées en Prusse et d’avoir encore des régiments à 2 bataillons (h régiments à 2 bataillons, plus 2 bataillons de chasseurs), tandis que toute l’armée fédérale a des régiments à 3 bataillons. On voudrait qu’elle les remplaçât par 3 régiments à 3 bataillons, plus 1 bataillon de chasseurs, lesquels 3 régiments prendraient les n0’ 97, 98 et 99, qui manquent dans la série des numéros de régiment. La Hesse a refusé jusqu’ici de souscrire à ces désirs de la Prusse, mais elle se verra forcée de céder un jour ou l’autre, car une lutte prolongée lui est impossible dans la position précaire que lui ont faite les événements de 1866.

La mesure prise par le Roi à l’égard des officiers hessois remplacés par des officiers prussiens est importante comme venant s’ajouter à toutes celles par

lesquelles la Prusse accomplit son œuvre d’absorption. Bien que le Roi n’ait agi dans cette circonstance qu’en vertu de la convention militaire du 7 août J 867, il n’en est pas moins vrai qu’il est resté plus de deux ans avant de faire usage de son droit , et on peut voir dans ce fait un nouvel exemple de la, politique de la Prusse, tant à l’égard des petits États de la Confédération du Nord qu’à l’égard des États de l’Allemagne du Midi. Cette politique consiste, d’une part, à user de ménagements, à ne pas se hâter et à ne rien brusquer, de crainte que les mécontentements partiels produits par les diverses mesures ne dépassent certaines limites, et, d’autre part, à agir sans cesse, soit ouvertement, soit en secret, en ne négligeant aucune occasion de placer ces Étals sous l'influence et sous la dépendance de plus en plus complète de la Prusse. Il y a en Prusse, à la vérité, un parti qui désirerait brusquer les choses et décider l’unification de l’Allemagne au risque d’une guerre avec la France, mais il est impuissant à entraîner le gouvernement ou le parti sage et modéré. Ceux-ci, et M. de Bismarck tout le premier, reconnaissent clairement que le temps est leur meilleur auxiliaire. Ils ne feront rien qui puisse alarmer la France outre mesure; ils épieront les événements en les laissant se produire, en tireront parti pour augmenter sans cesse l’influence absorbante de la Prusse, et ils comptent ainsi que le jour arrivera où, à l’abri de faits acquis

et acceptés, le dernier pas à accomplir pour unifier l’Allemagne sous leur prédominance paraîtra comme une conséquence forcée de la situation antérieure, conséquence si simple et si naturelle qu’aucune puissance ne pourra y trouver matière à récriminations.

Ces appréciations ne m’appartiennent pas en propre; elles sont aussi celles d’un grand nombre de personnes sensées, à l’opinion desquelles on accorde quelque crédit. Je pourrais citer des ministres de divers pays, à Berlin, qui sont presque consternés des progrès que la Prusse a accomplis depuis trois ans dans l’ordre d’idées que j’indiquais tout à l’heure. Pour moi ces progrès sont évidents et réels. La Prusse exerce sur tous les États qui l’entourent une puissance d’attraction considérable, qu’elle doit à l’instruction et à l’intelligence de la nation, à l’énergie de sa volonté et à la foi dans la mission dont elle se croit chargée. Elle sait que les mécontentements qui régnent actuellement dans les États annexés et dans ceux du Sud diminueront peu à peu et finiront par disparaître. Elle compte pour cela sur le temps, sur son habileté, et au besoin sur sa force.

Je ferai remarquer d’ailleurs qu’on se trompe en France en s’exagérant le mécontentement qui règne dans les petits États de l’Allemagne du Nord, par suite des annexions violentes de 1866. Sans nier qu’il

existe, on doit reconnaître qu’il n’est ressenti que par une faible partie de la population. On cite volontiers l’obligation au service militaire comme le principal motif de l’indisposition des habitants des petits États. Cela n’est vrai que dans une certaine mesure. Combien n’ai-je pas entendu de personnes riches ou aisées du Hanovre et des villes anséatiques me dire qu’ après tout elles regardent comme une chose heureuse que leurs fils, arrivés à l’âge de dix-sept ans, soient obligés de servir au moins un an! « Nos enfants, me disaient ces personnes, sont tenus de travailler avec plus de zèle qu’autrefois pour pouvoir passer les examens préalables exigés de quiconque désire bénéficier de l’avantage accordé aux volontaires d’un an, et nous ne nous plaignons pas qu’ils vivent un an dans l’armée à un âge où ils seraient disposés à mal employer leur temps. Ce stage d’une année passée au régiment, comme à une école de moralité et d’honneur, est en même temps pour eux la meilleure école de discipline et d’obéissance aux lois. » Pour qui connaît le caractère allemand, cette appréciation n’a rien d’étonnant. L’Allemand se plie plus facilement que tout autre aux exigences même les plus dures lorsqu’il en a reconnu la nécessité et l’utilité.

Je joins au présent Rapport :

1° Un exemplaire du 22e volume des Milila- " ischc Bliilter, 5e cahier, novembre J8G9;

2° Un exemplaire d’un Historique de l'École de tir de Spandau;

3° Un exemplaire de la Composition des corps d'année et de l'emplacement des troupes fédérales (automne 1869) ;

4° Un exemplaire de V Instruction sur les tirailleurs, par le lieutenant-colonel Hautelmann.

ET

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