‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 14 sur 76 · S VIII. — DAKKÉH · texte numérisé non relu

S VIII. — DAKKÉH

Le temple de Dakkéh est, parmi les temples de la Nubie, celui que le relèvfment du barrage menace le plus : il se trouvera comme dans un îlot pendant une partie de l'Iiiveretdu printemps. Si les repères inscrits sont exacts, il naura j)robablement que quelques centimètres d'eau dans les chambres, mais ses l'ondations seront noyées complètement, et elles sont le point faible de la construction. 11 a d'ailleurs beaucoup souffert entre 1890 et 1900. si bien que r(euvre de consolidation s'y complicjue d'une œuvre de reconstruction considérable. J'ai consacré cinq jours, du 6 au 1 1 janvier, 1" à déterminer les causes et les moments successifs de la ruine: -2" à rechercher la manière dont les fondations avaient été établies et leur condition actuelle: 3" à examiner l'état des parties d'édifice subsistantes et les mesures qu il nous conviendrait pn-ndre pour les protéger, et, au besoin, pour relever ce qu'on pourrait des portions (jui se sont effondrées récemment.

1 . Hisloire de la deslruclion. — Le temple deDakkéh élaitpres(|ue intact . lorsque Norden l'aperçut et le croqua de la rivière sous deux aspects, le 3 0 décembre 1737 (pi. XI) : le mur d'enceinte continuait sur toute sa longueur et les restes du débarcadère ou du (|uai subsistaient tout près de la berge. ffCe temple est. dit-il. unj)eu avancé dans les terres. On n'y voit aucun hiéroglyphe: il ne laisse pas cependant d'être dans le goût des anciens édifices ég\ptiens. et il pt'ul passer pour magnifique'", -n 11 n'avait nullement souffert au couimencement du xix' siècle. Burokhardt admira l'élégance de l'architecture et l'abondance des scènes religieuses dont les murs étaient chargés'"'', liurton (pi. \I1-\11I). puis (iau (pi. XIV )-^). le dessinèrent sous toutes ses faces, et Maxime du Camp le trouva complet vers 1800 (pi. XV)'"), ainsi que Héato entre 1870 et 1870 (pi. XVI). A ce moment. .•! bien que les fellahs du voisinage eussent déjà déchaussé en partie le pied des murs pour prendre le scbakli, il était à peu près tel que les Ethiopiens, les (Irccsel les Uomains l'avaient constitué par retouches et par additions successive.*;. On y

l" Norden. Voyage ifEgmite et île i\uhle. ôd. Lnnjflès. iii-4". Paris, 1 -jfjtX . I lit. |>. .>o. |.L l.Ll\.

l'^' Himr.kiiAniiT, Travrh in Ax/mi . ia-i". Loiidics. iS-ao. y. fiii-f)8.

(" Gau. IhIiV/hKcs del„ \iil>ie. \n-(". Paris. i8j-i. pi. X\MII-\\\\ lit.

(*' Maximk dc Ca^ii'. AOT'f. Ah/mV. Polrsliitf et Syrif . in-f*. Paris. 1809. I. II. |>l. Xl'.l\-\<.V.

12 G. MASPEHO.

constatait l'existence dune épaisse muraille en briques sèches démolie presque jusciu'au ras du sol, mais dont le tracé était reconnaissable sur tout son parcours. L'entrée principale s'ouvrait sur la face nord; une voie dallée, peut-être bordée de constructions, y conduisait, et un pylône en grès du type du premier pylône de Phila' encadrait la porte. Le temple proprement dit s'élevait à courte distance en arrière du |)\lône, dans une seconde enceinte rectangulaire en blocs de grès d'assez médiocre appareil, dont des parties considérables subsistaient à leur hauteur primitive, vers l'angle sud-ouest et sur le front est. Il posait sur un radier de pierre et sur un massif de brique sèche enfoncé profondément en terre, et il comprenait : i" un pronaos, construit sous Ptoléraée Evergète II, que deux piliers carrés précédaient et contre les flancs duquel l'enceinte en pierre venait buter; a" un vestibule, qui n'est que le pronaos primitif du sanctuaire inauguré par le Pharaon éthiopien Ergamène, contemporain de Ptolémée Philadelphe I"; 3" le sanctuaire d'Ergamène, flanqué à l'est de deux petits réduits obscurs, à l'ouest de rescalier qui menait aux terrasses ; 4° un deuxième sanctuaire, bâti à la suite du sanctuaire d'Ergamène sous le règne d'Auguste. Le sable de la plaine environnante recouvrait des tronçons considérables des deux enceintes en brique et en pierre, et il coinmençait à envahir les édifices. Il arrivait, ce semble, un peu au-dessus du niveau du dallage et il masquait tout le radier : seul, le pylône commençait à se déchausser et les deux premières assises supérieures en apparaissaient déjà. Burton prit les deux vues latérales de l'ensemble, qui sont conservées au Musée britannique et que j'ai fait photographier pour les annexer à ce rapport (pi. XII-XIII). Lepsius vit le temple dans le même état en i8^o, et les années (jui suivirent n'apportèrent pas de changements considérables à sa condition; il était encore presque intact lorsque Béato exécuta en 1878 la photographie de la face ouest que j'ai adjointe aux dessins de Burton (pi. XVI). Toutefois, en l'examinant d'un peu près, on y remarquera un commencement de ruine. Les habitants avaient enlevé les monceaux de terre ou de sable ainsi que les blocs tombés qui cachaient le bas des murailles, et déjà trois des assises du radier étaient à nu. On doit même croire que les fondations étaient entamées à la hauteur du vestibule, car les assises inférieures qui correspondaient à ce dernier et une partie des montants de la porte qui y menait avaient disparu, et une large brèche est béante sur la photographie à la place qu'elles occupaient. Néanmoins l'état était bon encore.

Il n'empira sensiblement qu'à partir de 1887, pendant les quelques années où la Nubie ayant passé directement sous l'administration militaire, la surveillance du Service des Antiquités ne s'y exerçait plus d'aucune manière. Les

Page 1