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RAPPORT SUR LES TRAVAUX EXÉCUTÉS AU TEMPLE DE DÉBUT

PAR

M. ALEXANDRE RARSANTL

Monsieur ie Directeur général.

Le 23 octobre 1 907, je commençai les réparations de ce joli temple (pi. XXXIX). Il a été l'un des' plus difficiles à consolider par suite du bouleversement des fondations, et pour le nombre des blocs qui, arrachés à leurs lits, gisaient épars sur le sol sans que rien m'indiquât a priori leur emplacement ancien. De plus, il est, ainsi que vous l'avez dit, situé actuellement au milieu des eaux sur une sorte de presqu'île sablonneuse, et le sous-sol est partout réduit en boue dont le manque de consistance a souvent gêné nos travaux. Lorsque le réservoir d'Assouân aura été relevé à sa hauteur définitive, l'édifice entier sera noyé jusques aux corniches de la terrasse. J'espère pourtant qu'à la faveur des répai^ations que j'y ai opérées, il résistera efficacement à l'immersion. Voici d'ailleurs, point par point, les traraux dont il a été l'objet (pi. XL) :

1° Enceinte monumentale. — Elle n'était déjà plus dans l'état où vous l'aviez laissée il y a deux ans et demi. Le Nil ou peut-être les habitants avaient détruit les faces sud et est dont de nombreux débris subsistaient alors, et l'angle nordest avait entièrement dispaini. Je n'ai donc pu établir le bloc massif auquel vous aviez songé dans votre rapport de igo5; j'ai dû me borner à consolider légèrement le mur du nord qui n'avait pas souffert sensiblement, et dont la ligne brisera quelque peu le choc du vent, pendant les basses eaux.

9" Portes monumentales. — L'enceinte n'existant plus à lest, la plate-forme

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(lo la [>()rt(3 et celte porte elle-même devenaient de ce côté notre première lifjne de défense. J'ai donc mis à nu les fondations, et. après les avoir rejointovées soigneusement avec un mortier é[)ais, je les ai saisies dans un radier compact de béton, qui les a élarfj^ies d'un luètresur chaque face. En même temps, j ai ménagé en avant un escalier d(! douze iiiardies, qui doit facditer l'accès aux visiteurs au moment de létiage. Depuis le remplissage du bassin, six de ces marches ont été submergées et elles ont été rapidement recouvertes d'un dépôt de sable et de limon. Il v a des chanc(!S pour que, le même fait se reproduisant chatjue année, une plage se foi'me en avant de la piemière porte et complète naturellement notre œuvre de protection. La porte elle-même n était pas en trop mauvaise condition. Il m'a suffi de cimenter solidement les montants puis les parois intérieures pt extérieures, puis de passer des poutrelles en fer sous chacune des cinq dalles en grès qui constituent les linteaux et le plafond.

La seconde porte était en moins bon point ([ue lors de votre |)assage en 1900: l'eau en minait les fondations, et, comme toutes les dalles du plafond étaient brisées, elles menaçaient de s'écrouler à la moindre secousse. Je lai tout dabord reliée à la première en reconstruisant, avec du béton et de la caillasse jetés entre deux murs de pierre sèche, la chaussée qui, dans l"anti([uité, menait du lleuve au temple, en passant sous les trois portes. J'ai ensuite rejointoyé les murs latéraux et les montants, puis, remontant avec des crics les dalles brisées du plafond iiis(|u"à ce qu'elles fussent revenues à leur |)0sili()ii ancienne, jai jiassé sous elles neuf poutrelles en f(!r que j'ai dissimulées sous une couche de ciment. Les foiulations, retouchées avec soin, ont été noyées dans un ratlier de même largeur et de même com[)Osilion que celui de la première porte.

La troisième porte avait grandement souffert depuis (]ue vous l'aviez vue. D(M)uis riiivci- de t{)o5 les habitanis ont enlevé entièrement les blocs des fondations, et ils ont brisé une partie de ceux qui composaient les parois latérales ou le couronnement, afin d'en construire des sakiéhs nouvelles. \u fond de l'un des trous quils avaieni creusé de la sorte, plusieurs morceaux de pierre avaient él(> jetés, et parmi eux un fraginenl couvert dhiérogh plies où jai reconnu le rcsic (lu liiilcaii (pu siuiiioulail la j)orle d entrée du portique ilu lemple. Il n\ a\ait pas iiiovcu de reconstruire la troisième porte: jai laissé en tas sur le sable les débris informes (pii en subsistent, et j'ai poussé la chaussée droit vers le temple, sans marquer par un élargissement du radier I endroit où elle se dressait.

3" PoKTKH I. i;t VKSTinuLE. — Lc Iciiqtle intMiic t'Iail plac»'* sur une plale-lorme

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qui s'élevait selon les endroits de 2 ou 3 mètres au-dessus du sol environnant. Je Tai refaite en entier sur une lonjjueur de 2 3 m. iSo cent, et sur une laiwur de a m. 3o cent, environ, dans les conditions que je dirai en décrivant chaque chambre, et j'en ai étayé les murs extérieurs au nord, à Test et au sud par un perré bâti, sur une inclinaison de 'i5", en pierres iri'égulières fortement maçonnées au homrah et à la chaux; à l'ouest, où l'enceinte antique en pierre de taille était bien conservée, j'ai remplacé le perré par un macadam de cailloutis, de sable et de terre, fortement damé, qui remplit tout l'espace demeuré vide entre le radier et ce mur d'enceinte.

Un escalier de vingt-quatre marches menait de la chaussée qui passait sous les trois portes au sommet de la plate-forme dans le vestilnde. Je l'ai l'établi partie avec les marches anciennes partie avec du ciment. Quant au vestibule lui-même, que Gau avait reproduit, il a disparu entièrement depuis le tremblement de terre qui, entre 1860 et 1870, faillit détruire complètement le temple : les habitants en ont brisé les matériaux pour se bâtir leurs maisons. J'ai retrouvé pourtant, outre le morceau du linteau qui porte en trois lignes les débris du protocole du roi éthiopien Azakheramon, quatre tambours et trois chapiteaux, dont deux sont achevés et appartiennent aux deux colonnes qui flanquaient la porte, tandis que l'autre est dégrossi seulement et appartient à l'une des deux colonnes extrêmes. Ces morceaux sont rangés actuellement sur le sable en avant de la plate-forme, à côté des restes de la troisième porte; ils seront remontés l'an prochain sur la plate-forme même, et mis à l'endroit où se dressaient les colonnes qu'ils représentaient.

k" Façade est du temple. — Il a fallu la démolir en entier pour en refaire les fondations. Aussi, avant d'y toucher, ai-je fait prendre par M. Oropesa la photographie reproduite ci-joint (pi. XLI). J'ai ensuite levé le plan de la chambre, numéroté les blocs, et c'est seulement après avoir achevé ces opérations préliminaires que j'ai procédé au démontage.

Les travaux furent des plus [)énibles, car les chercheurs de trésors avaient levé les dalles de toutes les chambres qui ouvraient sur cette façade et creusé de véritables puits jusqu'au sol vierge : les fellahs du voisinage, venant après eux, avaient achevé de bouleverser le sous-sol pour extraire les briques du massif et la terre salpêtrée qui leur servent d'(;ngrais. Tous ces trous s'étaient remplis peu à peu de sable, de paille, de chiffons, de limon, d'oixlures diverses apportées par le vent ou déposées par les hommes; en certains endroits, la couche de salpêtre accumulée sur les blocs par l'effet des infiltrations atteignait 6 ou 7 centimètres

r,\I'IM)|iT Sl.li LKS Tli W \L'X DU TIvMPLE OF, [)|;BoT. 53

d'épaisseur. Il l'alliil nettovei- (:om[)lètement ces cavités. (,'l j'v lis r|i](;l(|ii<;s fiécouvertes curieuses; vers le sud . un IVa^jinenl au nom d AzaUieiaïuoii. qui appartient au linloaii de la poric pnricij)al(; du temple, celle qui conduisait du vcsiihule au sanctuaire, puis, sous le sanctuaire lui-même, une stèle que je erois dépoque ptoléma'Kjue, mais qui est fortendoniniajjée. On y voit, sur la face, deux personna{fes, luu assis, peut-être le dieu Amon reconnaissahie à ses jjrandes plumes, l'autre del)out, le roi, qui fait offrande au dieu: quelques fiiérojjlvplies, presque indistincts aujourdiuii. étaient gravés derrière la divinité. Les deux tranches portcuit eu liaut-reliel, au premier rejj^istre. une grande uraeus, et au second, un lion debout sur les deux pattes de devant. J'ai retiré ces débris et j'ai remis le fragment de linteau à sa place au-dessus de la porte; la stèle, dont le site m'était inconnu, a été dressée contre le mur extérieui'. près de I angle nord-est de la face est. .l'ai refait les fondatu)ns. comblé les trous et les couloirs souterrains creusés par les clierclieurs de trésors, avec un béton très forl. relié solidement au radier (|ui supportait l'ancien vestibule. Tous les blocs (|ui composaient cette façade ont été démontés, nettoyés puis remontés, les portes refaites et les fragments é[)ars sur le sol incrustés à leur place antifjue. Le mur qui formait le porLi(|ue au nord ayant dis|)aru complètement, je nai pas essavé de le rétablir, mais jai redressé et maçonné la portion qui subsistait du mur sud. après en avoir rectifié et consolidé les fondations (pi. XLIV). ^

5" Face nord. — Toute cette façade était, elle aussi, en très mauvais étal (pi. XLll). La partie nord-ouest du mur lenail iwicore. mais cidie du centre faisait ventre; la moindre secousse aurait sulii à la culbuter, et elle aurait entraîné dans sa cliute plus de la moitié des salles qui demeuraient iMicore debout. La partie nord-est gisait déjà à terre depuis quelques années. Pour restaurer le tout, j'ai dû. après avoir bien étayé fermement la partie centrale, la démonter entièrement bloc par bloc, des cornicbes à la base, avec des précautions infinies.

ici. comme à la l'ace est, les fondations ont dû être refaites avec de grosses pierres, du liomrali et de la chaux; le radier qui les consolide extérieurement a été construit de même en grosses pierres, en homrah et en chaux, avec niurellos transversales, sur une lonj;ueur de o. i mètres, sur une largeur de a m. (io cent, et sur une hauteur <le 3 mètres. [)uis renforcé, comme il a été dit plus haut. d un perré à 45", eu pierres sèches, jointoyées à la tdiaux et au homrah. J ai veillé à ce que celle face fût reconstruite avt>c un soin particulier. Elle est en elTet exposée aux nciiIs du nord (|ui sont si Iréqueiits et si violents dans celle partie

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(lu navs: elle aura à subir Tassant des vagues d'une façon dan.<';ereuse, lorsque raclièvenienl de la digue aura relevé le niveau des eaux.

()° Face ouest. — Cette face était celle de toutes qui avait le moins souffert, et cest à elle que nous le devons si le temple ne s'est pas écroulé en entier. J'ai refait les fondations et rejointoyé les blocs au ciment jusqu'aux corniches. Le radier en béton n'a de ce côté que 2 mètres de largeur, 3 mètres de profondeur et 1 o m. 7 0 c. de longueur, mais, ainsi que je l'ai dit, j'ai profité de la présence du mur denceinte à 5 mètres pour lui assurer une solidité particulière. J'ai rempli en effet ce vide avec des pierres et du sable , et j'ai obtenu de la sorte une large plateforme de fîGo mètres cubes qui assure les derrières du temple contre les eaux.

7" Face sud. — Cest celle de toutes qui avait le plus souffert (pi. XLIII, XLV) : les portions voisines de l'angle sud-ouest étaient debout, mais celles du centre faisaient ventre et menaçaient de s'écrouler d'un instant à l'autre. Il a fallu l'étaver afin den ejnpêcber la chute, au moment du démontage. L'opération s'est faite avec rapidité et précision, si bien qu aucun accident ne s'est produit, mais avant de remonter les blocs, j'ai dû consolider fortement le sous-sol qui avait été fouillé dans tous les sens par les chercheurs de trésors. Le radier latéral et le perré qui le protège ont les mêmes dimensions que ceux des autres côtés. En ce qui concerne le mur lui-même, afin de soutenir les blocs de la partie sud-ouest, et les marches de l'escalier qui, partant de l'angle sud-est, conduisait aux terrasses du temple, j'ai dû construire de toutes pièces un mur de pierres sèches et de ciment, haut d un mètre. Je n'ai pas pu reconstituer l'escalier tout entier, car deux ou trois des blocs qui le composaient ont disparu. Les corniches qui terminent les quatre parois ont été consolidées, et les blocs tombés ont été remis en place partout où cela a été possible. Je les ai reliés l'un à l'autre par des crampons en fer, puis je les ai cimentés fortement. J'en ai agi de même avec les dalles subsistantes des plafonds dans toutes les chambres du temple.

8" Sanctuaire d'Azakheramon. — La poutre de pierre, brisée en quatre morceaux, que Ion voyait suspendue au-dessus de l'entrée, et qui tenait uniquement par la pression des blocs de gauche et de droite, n'était pas, comme on l'a dit souvent, le linteau de la porte : elle appartenait au plafond du sanctuaire. Après 1 avoir descendue non sans peine, j'y ai fait creuser à la partie inférieure des rainures destinées à recevoir des poutrelles en fer, puis j'ai démonté la paroi est entièrement, les parois nord et sud plus d'à moitié. J'ai remblayé ensuite le sous-sol entier avec des pierres et du béton: j'ai versé du ciment liquide en

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grandi' (jiiiiiilili' le long des parois latérales des fondations, et j ai comidé lintervallr jhi liomi-ah et à la cliaux. de manière à faire de toute cette ijortion des substructions commi' un lilor iiiii(|iii'. J'ai ensuite posé par-dessus le béton un lit épais de ciment et j'ai refait avec du ciment le soubassement des quatre parois. Gela fait, jai remis la dalle et ce rpii restait du linteau à leur jtlace antique en masquant avec du ciment les poutndles en fer, puis jai remonté les blocs des <|uatre parois cl je les ai jointoyés au ciment. Comme ils sont couverts de bas-reliefs et d'inscriplions, la tàclie était délicate : elle a été accom[)lie diine manière très habile par nu de nos meilleurs ouvriers, le contremaître Mahmoud Mohamed.

Les deux salles qui suivent le sanctuaire étaient, comme vous laviez remarqué, dans un état l'elaLivement satisfaisant, .lai remis en place la dalle nord du plafond de la première, puis j'ai cimenté toutes les jointures des blocs qui constituent les parois, refait les pavements au ciment, et soutenu par des poutrelles de fer les linteaux des portes réparés aussi avec du ciment. Je n'ai eu dans la seconde salle qu'à remettre en place le naos de granit rose, dont les deux morceaux avaient été emportés et jetés, l'un dans la chambre nord-ouest, l'autre dans le sanctuaire (pi. XLV Ins).

La chambre nord-ouest, qui fait partie de la travée nord, avait au plafond deux dalles brisées, celles du centre; je les ai soutenues de deu\ poutrelles i-n fer. La paroi nord et le mur nord de la crypte y étaient en très mauvaise coqditirm: tous les blocs dont ces deux pièces étaient bâties ont ('té cimentés, plafonds, parois et pavement.

Dans la travée sud du temple, la chambre de l'ouest a exigé une restauration considérable, car le unir sud iiioiiis laugle sud-ouest \ était dans un étal presque désespéré. J'ai commencé par létaver avec beaucoup de précaution, puis je l'ai démonté complètement. La dilliculté était d'autant plus grande que la pièce est divisée à mi-hauteur en deux étages su|)erposés. Les deux dalles du plafond du rez-de-chaussée étaient brisées en plusieurs morceaux, et je craignais quelles ne s'écroulassent dès que j"v toucherais: il n'en a rien été fort heureusemeul . et nous avons réussi à les consolider. La chambre du premier étage n'avait (pi une seule dalle au [)lafond. mais celle-ci ne posait sur lo mur sud que de ô centimètres à peine. Ici encore il était à craindre (|ue la dalle ni'chappàt avant (|uon n eût le teuqts de I élaver et que sa chute ni'ntrainàt celle de toute la chambre. Nous avons réussi à la descendre sans encombre, et à la remonter après avoir refait la muraille, ainsi quil a élc* dit plus haut. Jai de même rejoinlovi' au ciment Ions les blocs dont se composaient les paniis de la crypte du sud cl Ar la cliambrc qui servait de cagi< à l'escalier.

Mah'riaiix de conslruclion i ao . i ao

Cordes, coiiflins. Ixiis, etc ab . 200

5G A. BARSANTI.

En soniine, j'ai fait tout ce que les circonstances permettaient, aidé par notre contremaître Mahmoud Mohamed, .le ne saurais trop louer ]o zèle dont celui-ci a fait preuve et rin^éniosité qu'il a déployée dans l'accomplissement de notre œuvre commune. Prise dans son ensemble, la mise en état du lemple de Débôt nous a coAté :

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