PAU
M. ALEXANDRE BARSANTI.
Monsieur le Directeur général,
A la date du 5 novembre 1909, j'expédiai une première escouade d'ouvriers de Maharrakah au temple principal d'Amada, afin de commencer le déblaiement des salles intérieures de ce temple. Le désordre et Tencombrement y étaient pires qu'au moment où vous prîtes les notes destinées à votre rapport, par suite des manœuvres imprudentes cjue M. le professeur Breasted y avait faites, il v a trois ans, afin de pouvoir copier et pbotographier les inscriptions : le sable rejeté au dehors contre les parois pesait sur celles-ci et elles commençaient à céder. Notre prompte intervention écarta ce danger. Le sanctuaire fut dégagé au dehors comme au dedans, et, à mesure (|u'une pièce se vidait, j\ mis les maçons et les tailleurs de pierre afin d'opérei" les réparations les plus urgentes des parois et des plafonds. Le déblaiement du sanctuaire achevé, je transportai au portique 1 équipe des terrassiers, et j'en surveillai la manœuvre avec d'autant plus de soin (\ue plusieurs des piliers étaient si compromis qu'une simple poussée maladroite les aurait renversés. Les gros déblaiements de l'intérieur et de l'extérieur ont été exécutés par quatre-vingts ouvriers, recrutés à Derr et placés aux ordres du réis Hassanéin Dessouki. I/étavage des plafonds et du portique fut confié, à partir du 2 décembre, au clief-charpentier Mahmoud Mohammed, peu avant lachèvement complet des travaux de Maharrakah.
Porte (Venlire à Vonesl (pi. CXXXII. CXXXIII). — Elle était serrée jadis entre deux massifs de briques qui la maintenaient, et, depuis que ces deux massifs avaient été enlevés il y a une quarantaine d'années, elle tendait à se disloquer, .le a ai pu la consolider qu'en élevant deux piliers en pierre et en ciment contre les deux montants et contre les parois latérales extérieures de l'embrasure. De
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plus, la |»reinière archilravo du plafond de la travée centrale du portique, lonihaiil sur les dalles (\u\ lorment la couverture de la porte et v séjournant, les avait brisées; j ai remis en [)Iace I architrave du porli([ue, puis j ai passé. sous les dalles de la porte, des [xtulrelles en fer ipii oui été dissimulées sous une couche de ciment. A|»rès (pioi. j'ai rejointové au ciment teinté les blocs qui com|)os(!nt les deux montants et les parois latérales internes.
Vcslihido. — J'ai consolidé sérieusement, en les reprenant par la hase et en rejoinloyanl toutes les assises au ciment, les douze piliers et les quatre colonnes protodoriques (|ui le soutiennent (pi. CXXXIV).
Ainsi que je viens de le dire, j'ai remonté la première architrave du côté est. qui était tombée sur les dalles de couverture de la porte. De celles qui étaient demeurées en place et qui, portant sur les piliers carrés, soutenaient la couverture de la travée centrale, quatre étaient brisées en deux morceaux, et deux ne posaient que de six à huit centimètres à peine sur leurs piliers. Le maître charpentier Mahmoud les repoussa d'abord à leur place avec des crics, puis il passa sous chacune d'elles deux poutrelles en fer, encastrées aux deux extrémités dans la tête des piliers et masquées de ciment. Les dalles transversales du plafond étaient (Ml bon état, sauf une seule qu'une fêlure pres([ue imperceptible traversait de pari en part : bien ([u'elle ne fut pas en danj;er di- céder, je 1 ai soutenue latéralemenl au inoven d'une poutrelle en fer. Enlin. larchilrave (jui relie les deux colonnes protodoriques érigées à re\lréuiil('' ouest de la même travée avait écliapp(' de quinze centimètres, et elle n était plus tenue que par la pression des dalles du plalond. J'ai d'abord j)assé soii> elle iiin' poutrelle en fer. encastrée dans la pierre comme d habitude et masipiée dune couche de plâtre teinté, puis l'ai coulé d'en haut, dans les interstices des cassures, du ciment très li(]uide. qui les a réunies et a relorun'' un seul bloc des morceaux. J ajoute que les poutres en fer cachées ainsi dans la pierre sont à l'abri de lair et de riuimidilé. qui les rouilleraient sans cela, et quelles n(> se dilatent que très légèrement pendant les plus fortes chaleurs de Télé.
Dans la travée sud du portique, j'ai dû const)lider de la même manière la plus orieutal(! des arcluliaves (pii régnait au-dessus de la yxwox sud-ouest. J ai retrouvé dans les décoiiilires. brisée en trois morceaux, la dalle qui terminait la couverture (lu Cillé ouest, el je lai remise en place par le ino\en d un svstème composé de «leiix pouti'elles en Ici' courant de pilier à julier et réunies par des barres de 1er. Les autres dalles n étaient |)as (Mi liop mauvais état : j'ai dû pourtant soutenir deux tienire elles par do poiilieljis ,|c jer, ma.s(|uées selon notre procédé ordinaire.
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Il l'allait roinontei-, à la travée nord (pi. CXXXVI), laichilcave liaiisversale qui reliait les deux colonnes protodoriques. Ecrasée par le poids des dalles du plafond, elle s'était brisée aux deux extrémités à petite distance des chapiteaux, et elle était descendue de o ni. -20 cent, environ : elle était retenue en position par un |)etit fragment qui, s'étant glissé dans la cassure, y avait empêché la chute du tout. .Kai remonté la pièce entière et je l'ai soutenue de poutres en fer, puis j'ai consolidé de la même manière l'architrave qui pose sur la colonne protodorique nord-est et sur le pilier nord-ouest, juste au-dessus de la porte latérale nord du portique.
La moitié des blocs (|ui constituent la corniche (jui règne à l'extérieur autour du vestibule, avaient été repoussés en avant par le mouvement (|ui s'était produit dans les dalles de la couverture, sous la pression du dôme que les chrétiens V avaient construit lorsqu'ils transformèrent le temple en église (cf. plus haut, |)l. I et II), et ils ne tenaient plus que par des prodiges d'équilibre, .l'ai commencé par soulever puis par repousser ces dalles avec des crics pour les rétablir dans leur |)Osition première; j'ai remis ensuite les blocs dangereux à leur place ancienne qu ils ne quitteront plus de longtemps, du moins je l'espère.
Les murs d'écrans menés entre les colonnes protodoriques et les piliers des deux rangées dernières au nord et au sud, et qui fermaient le vestibule sur ses côtés, avaient été démolis en partie au moment de la christianisation du temple, et les blocs en avaient été employés au dallage de l'église ou à la construction des cellules de jnoines groupées autour de celle-ci. .le les ai repris et j'ai pu remonter de la sorte : 1" le mur qui s'étendait entre l'angle nord de la façade du sanctuaire et la colonne protodorique nord-est; 9° le mur symétrique à celui-ci du côté sud, entre l'angle sud de la façade du sanctuaire et la colonne protodorique sud-est. .lai com[)lété de la même manière les trois murs construits du côté sud, entre la colonne protodorique et les piliers, et <lont les parties basses avaient seules été respectées. Enfin, les deux murs construits du côté nord entre les trois piliers ont été consolidés au ciment et complétés à l'exemple de ceux du côté sud. /
Le dallage antique était conservé partiellement : partout où il faisait défaut, je lai remplacé par un ht de béton composé de homrah et de chaux, puis recouvert d'une couche épaisse de ciment.
Façade el antichambre du sanctuaire. — La façade extérieure du sanctuaire, qui ferme à l'est le fond du vestibule, était presque intacte : je me suis borné à en rejointoyer les assises avec du ciment, et à refaire en partie le montant nord
l!\l'IM)lir SLi; I.K TK.MI'LK JJ'A.MK.NOTIIES II A AMAIJA. 125
(le lu |i(trl.c av(;c (l<; la |)H'rri' ci du cinienl. .1 ai j)lar(' dans la haM' un cadi'e et une porte en bois {jarni(; d un prillage en fil de fer, qui inte'rdira I entrée aux chauves-souris et aux moineaux.
De même, je n'ai eu qu'à faire tomber l'enduit de teiie blanchi à la chaux dont les chrétiens avaient revêtu l<;s (|uatre parois du vestibule, et à couler un peu de ciment entre les joints brisés ou dans les trous que les moines avaient creusés dans la pbji-re pour y planter (bjs chevilles en bois.
Les dalles du plafond étalenl m lactés mais un |)eii disjointf.'s : jai coulé dans les interstices une couche de ciment puis une couche de plâtre. J'en ajjis toujours de la sorte pour les travaux de plein air. Le ciment en effet sèche très vile et s'effrite au soleil : le plàtri; rt'sisle indéliniment et préserve le ciment.
Sanctuaire. — La dernière dalle du plafond vers le fond était brisée : j ai jjassé sous elb; uin' poutrelh; de fer dans les conditions ordinaires. .1 ai n-jointové au dehors les aulr(;s dalles avec du ciment et du plâtn;. Ses quatre parois ont été soigneusement retouchées au ciment, et une légère teinte jaunâtre a été passée sur les retouches pour les fondre dans la lonalité gcMiérale.
Pciilr cliainhri' hiIik'c an siul-c.sl , à gauche, du sanclaairc — Klle communiquait par une porte prati(juée dans son mur est avec la salle L. mais cette porte ne ligurait pas dans le plan original du temple : elle avait été construitr" par la suite, j)eut-être au temps de Sétoiiîl" ou de Ménéplilah, comme lindique le soin avec lequel on en avait évasé légèrement la base et réservé les feuillures dans l'épaisseur de la paroi primitive. Toutefois, comme on ii a\ait pas pris la précaution d'y placer un linteau, la partie de la paroi placée au-dessus du vide de la baie avait cédé sous le poids des lilocs supérieurs et sétait fi'udue légèrement dans le sens de la hauteur, .lai (iTi remettre les choses dans leur état premier et former cette porte d origine secondaire, afin d'éviter des dégâts plus sérieux : la muraille nouvelle a été reconstruite en maçonnerie revêtue dune couche de ciment, et les fissures ainsi que les joints ib^ toutes les paroi* anciennes ont éti' retouchés au cmienl teinté.
Petite chaiiilire sitiK'e an nord-est. à droite da sanctuaire. — De même que dans la chambre symétri(|ue, j v ai fermé d'un mur en maeonnerie et en ciment la poile prati(|uée dans le mur est pour la melire en communication avec la salle F. puis j'ai rejointoyé les parois avec du ciment teinté.
Salle E. — La salle L, (|ui ouvre sur I antichambre au sud de la porte du sanctuaire, avait les |tarois encore encroûtées parliellement du crépi do Umto
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SOUS lequel les clirélicus avaient essayé de dissimuler les tableaux de divinités et de l'oruiules païennes : j'en ai détaché les restes avec soin, si bien que la couleur ancienne a reparu encore fraîche par endroits, puis j'ai refait les joints et bouché les trous au ciment teinté.
Les quatre dalles du plafond étaient brisées : je les ai soutenues chacune dune poutrelle en fer masquée au ciment. J'ai de même comblé leurs joints en V coulant de la terrasse du ciment liquide puis du plâtre.
Salle F. — Les parois en ont été débarrassées des restes du crépi chrétien, puis retouchées comme celles de la salle E. Les dalles du plafond ont été soutenues chacune d'une poutrelle en fer.
Dallagca. — Les dallages du vestibule, du sanctuaire et des quatre chambres latérales n'existaient plus : je les ai remplacés par un lit de béton surmonté d une couche de ciment.
Face pxlérimrc de foiicsl. — Elle était à moitié ensevelie sous le sable et sous les décombres (pi. GXXXII). Le tout a été enlevé et transporté au loin, mais la disparition des massifs en briques (|ui llanquaient la porte de Sétouî L' ne nous permet pas de nous faire une idée de ce qu'était la façade antique : de ce côté, le temple se présente aujourd'hui sous l'aspect d'une salle à trois ailes, ouverte par devant, fermée sur les côtés (pi. CXXXlll). Pour en consolider les éléments et tenir le sable à distance, j'ai fait établir en avant un larp;e |)alier composé d'un radier en béton, épais de o m. Go cent.
Face exkh'ieiire du, nord (|)l. CXXXII). — En la dégageant, les ouvriers ont découvert deux squelettes, l'un d homme, l'autre de femme, placés chacun entre deux des piliers du vestibule, en contre-bas du niveau des dalles. Le squelette de l'homme était encore revêtu en partie d'un kilt écossais et de ([uel(|ues fragments d'étolfe méconnaissables; celui de la femme était entièrement nu. Les gens du pays, consultés, m'ont assuré que c'étaient des Anglais, morts peu après la bataille de Tochke et ensevelis là par leurs compatriotes. Quoi qu'il en soit de cette tradition, je les ai recueillis et enfermés dans deux caisses de bois séparées, qui ont été ensevelies en dehors du mur d'enceinte moderne, du côté nord.
La face nord était, somme toute, en bon état; je n'ai eu qu'à y saisir, au moyen de cranqjons en fer, quelques blocs ([ui menaçaient de s'échapper, et à cimenter largement les joints, .lai remis en place les fragments de la grande corniche qui étaient épars sur le sol au pied du mur.
RAPPORT SUR i.i; Tr:\ii'i.f: oaménotiiks ii à amada. 127
Face eœlérieitre de real ([)l. (IWXIIj. — Il a fallu la lavor à {jrandii (;au jjouila débarrasser <lii salpèln; (|iii 1 encroûtait; après fjuoi.je l'ai rejoinlovée au |)làti'e. Les hlocs de la corniclie étaient tous sans exception épars au pied du mur ou dispersés dans la inaçonnerif! des cellules des moines nultiens : je les ai tous remontés à leur place.
Face ciirncKie du .sud (^pl. (iXXXVj. — Comme les trois autres, elle a été rejointoyée au plâtre, ot les Itlocs (|ui composaient les murs d'enlre-colonnement ont été consolidés avec du ciment.
Toiture du sanctncurc. — Ainsi f|ue je Tai dit à propos de chaijue chamltre <,'n particulier, elle a été consolidée par le moyen de poutrelles en fer passées sous les dalles ([ui la composent, et de griffes en fer placées extérieurement d'espace en espace et scellées en plâtre, .lai également fait couler entre tous les joints du
ciment reroiivcrt ensuite de plâtre.
liaiif/ueUe cxlérieurc. — J'ai déchaussé les fondations sur tout le pourtour extérieur des constructions, à la profondcnir de 0 m. 80 cent, environ, et je les ai trouvées atta(|uées par h; salpêtre qu'avaient produit lliumidité et les infillrations d'origine animale, provenant des cellules bâties par les chrétiens contre les murs au temps où le temple devint un couvent. .1 ai coulé entre les blocs du liomiah et d(; la chaux lirjuidequi les onl assainis et consolidés, puis jai établi contre eux une banquette en chaux et homrah. |)rofonde uniformément de o m. 60 cent, et larj|e de i mètre, dont la surface allleure au sol.
May d'enceinle. — Enfin, à la distance de y mètres des parois extérieures du sanctuaire. | ai bàli le Ion»;- des faces nord, est et sud. un mur en pierres sèches, large de 1 mètre et liaul de :> environ, qui protégera le temple contre le retour des sables. A I angle sud-nuesl de celte enceinte, jai édifié deux chambres en pierre recouvertes diiu toit de bois i|ui serviront de logement au <;halir de la localité.
\a\ dépense totale, v com|)ri> lâchât et le transport des matériaux ainsi ([ue le prix du charl)on dépensé par le remorqueur et le salaire de son personnel, est de L.lv ■y6/i. ();')() uiill.. réparties ainsi cpul suit :
Ouvrii'is .'iQ.'i . (>«)0
(limeiil 4() . f>oo
(!liaii\ L'I IioiuimIi (i . icto
\ loporl» r ''/T-^^o
128 A. BARSANTI.