LE GR.4M) SPÉOS DE HAMSKS IL
Monsieur le Directeur jjénéral.
Le déblaiement des portions extérieures du grand spéos eommença. selon vos instructions, le 10 octobre i()0(). .lattacpiai les travaux du côté sud. au point où la dernièi'e marclK^ de l'escalier moderne qui menait à l'entrée aboutissait, et j'atteignis bientôt le sol antique. Cesl un tcne-plein. formé diine couche de limon posée sur un lit d («clats de roche rt de déchets provenant du creusement du temple, puis lorteiiiciii liattiie. Je lis ensuite procéder avec beajiooup d attention à I enlèvement du sable et dt^s d('Coinbres. en marchant toujours vers le spéos. et je parvins ainsi jus(|u"au pied de l'escalier antitjue |dacé en avant du temple. sans défoncer \o travail des anciens Eg\pliens. Deux stèles au nom de Hamsès II
'/'(•iiiji/c.t ili' iXtibif. i8
138 A. BAIiSAN'f].
V avaient été érigées jadis à droite el à gauche, et la hase ainsi (|iie tles morceaux (.'onsidérables en étaient encore en phice.
(le |(reniier résultat acquis, je songeai à délivrer la façade proprement dite du sable qui la masquait en partie. Vous vous rappelez que ce sable, après avoir envahi le couloir d'accès ménagé entre les deux groupes de colosses, avait de nouveau pénétré dans le temple : il recouvrait la moitié environ des jambes du [)remier colosse du nord et il montait presque aux genoux du second, remplissant le cul-de-sac ménagé entre celui-ci et le parement du rocher. Gomme je pouvais m'altendre à découvrir dans cette masse des fragments de monuments précieux, il me parut bon de n'employer à cette partie du travail qu'un nombre d'ouvriers assez restreint : je n'en gardai qu'une centaine et six wagonnets Decauville dis])Osés sur deux voies (pi. CXLIV). Grâce à cette précaution, je ne perdis aucun des blocs ou des morceaux de statue qui étaient noyés dans le sable ou qui avaient été employés naguères à la construction du petit mur de protection érigé, partie sur des débris de mur antique en briques, partie sur le sable même, selon une ligne tirée de l'angle nord de la façade à l'extrémité de la berge. Je les triai à mesure qu'ils apparaissaient, et je reconnus bientôt qu'ils appartenaient, les uns aux deux stèles qui llanquaient la première marche de l'escalier antique, les autres à des statues d'Osiris et de faucons qui avaient dû être rangées en ligne en avant de la façade. Le déblaiement ramena en eflet à la lumière, le long de la balustrade qui court au pied des colosses, les socles encore in siln de ces statues, et, sur plusieurs de ces socles, des arrachements de pieds qui nous prouvèrent qu ils portaient alternativement un faucon et un Osiris : il \ avait ainsi, à droite et à gauche de l'escalier, cinq faucons et cinq Osiris. .le fis placer à côté des piédestaux les morceaux des statues qui leur appartenaient, me réservant de r>3constituer celles-ci lorsque le déblaiement serait plus avancé. Grâce à la bonne volonté de nos réïs et des ouvriers que nous avions amenés d'Edfou, dès le 28 novembre 1909, les socles des deux colosses du nord commencèrent à se dégager, ainsi que le couloir d'accès du spéos (pi. GXLV), et quelques jours plus tard, nous pouvions pénétrer dans la Iranchée en forme de couloir qui sépare le colosse nord de la paroi nord. Le 1'' décembre, le haut d'une construction nous apparut au nord (pi. CXLVI), en prolongement de la paroi de rocher ([ui encadre la façade du spéos, un pan de mur avec un linteau de porte, et nous essayâmes de le mettre à nu mais le sable provenant de la coulée qui avait menacé d'ensevelir les colosses continuait à tomber sur nous, et ce ne fut qu'après un mois d'efTort, le .3 janvier, que nous réussîmes à vider l'édifice complètement. G'était une chapelle à moitié taillée dans le roc, à moitié bâtie en maçonnerie rapportée
liAPI'OIiT SI I! I.HS MONUMENTS D'IBSAMIiOll.. 139
(|)l. (l.VLVII. CiL\ ) : vous en trouverez la description dans un pi-lit rapport spécial que j ai r-eléjjuf' à la lin du lapport {général, afin de ne pas interrompre la description des travaux. Le mur iii briques, dont le sommet aflleurail au sal)le, passait derrière (die el sappu\ail <-niihc ^mi iniii' nurd ici', pi. C\l,\li. ■le le fis déhlaver, et le détail dr I ajjpared mh' prouva Identùt que, loin d être de l'époque chrétienne, comme beaucoup I ont sup[)Osé, il remontait aux temps pliaraonifpies, (;t cpi il avait Itorné le léménos sur son front nord, du roclier au lleuve. Non loin de la Leq^e actuelle, une porte appai-ii! . dont les montants intérieurs étaient encore à demi revêtus de parements en mauvais grès du pavs. avec des restes de bas-reliefs au nom de Ramsès II.
Jusqu'à ce moment, je n'avais employé que cent quarante ouvriers environ, et cela avait sufli pour hbérer le grand spéos proprement dit : aussi bien 1 espace m'aurait-il manqué pour en lojjer davantage. Toutefois, pour leur préparer un em|)laceuient sec et sain où je pourrais établir un camp, lorsque le jour serait venu d'élargir nos cliantiers, j'avais lait jeter, dès le début, vers le sud. la plus grande partie de notre sable. J'avais nettové toute la portion de la |date-lorme qui s'étend devant les colosses méridionaux, enlevé les débris du premier tombeau du iiiap)r Tidswell, déga;»é la chapelle découverte il v a près de trente ans par Miss Ainelia Hlandlord Kdwards et connue des vovageurs sous le nom de Hibliolhèqiu!. et ces opérations nous avaient montré qu il existait au sud un iiiui' de lii'i(|ues svmétrique au mur du nonl cl probablement muni comme celuici d une porte monumentale, mais (pi il n en subsistait plus iju un fragment haut d'environ i mètre à i m. bo cent, selon les endroits et long denviron 3 mètres (|>l. (IXIAIII). Deux li;>iies de wagonnets Decauville parlant. I une du pied de la chapelle nouvelle, I autre de la base du versant situé au nord du mur nouveau entre le grand spéos et le spéos d'Ilathor. amenèrent de ce côté le sable, et. prolongeant le terre-plein antique dans la direction du sud sur une longueur d'une cinfpianlaine de mètres, lormèreul une sorte d esplanade solide et saine |>our le camp (pi. (IXLIX). J'établis (mi première lijjiie la forge et le bacal grec, chargé de lournir aux hommes des vivres nécessaires, puisa la suite, les lentes ou les huttes de nos j'ens, (>t daboid nos hommes dEdIou ((ui nous servent depuis de loiijjiies auiK'es. eidiii les niameuvres i-ecnités dans le pa\s. Pendant la preuiière s(>main(> de |anvit'r | ciiibauchai à Kdiou. (Ihellal. Débôt el Oiiadv el-Arab. plus de (pialie (■culs hommes et enfants, ainsi (pi une centaine d hommes tles vdiages voisins depuis Cdiataoïif pi^(pic vers Toidike : n'unis aux premières escouades dKdfoii. ils loiiiici'cnl une masse deinirtui six cent ciiupianle Iravailleurs. (pie je divisai en (h'iix ('(piipes. I.a pieinière. aux (M"dres *hi hms \1v el-l.hachai.
iS.
l'iO A. B.VIISANTI.
fut placée en face du grand spéos, à la Irancliée du mur de bri({ues soploiitrional: la seconde, commandée par le réïs llassanéin, tut rangée au pied de la pente des sahles, au nord du mur de briques. ïainlis que les manœuvres se un'ltaient à Tenlèvement des sables, les maçons, divisés également en deux pelotons, commençaient, les uns, sur la berge, à construire un escalier menant du llcuve au terre-plein, juste en face de la grande porte du spéos, au lieu de lescalioi' antique dont il ne subsistait plus que des traces insignifiantes, les autres, sur le sommet de la montagne, à bâtir un mur destiné à prévenir le retour du sable, après que le ravin qu'il encombrait actuellement aurait été vidé. Les deux séries de travaux ont marcbé parallèlement pendant toute la durée de notre séjour. Gomme lescalier exigeait une qualité de piei-re (jui ne se rencontrait |)as au])rès du spéos, j'envoyai le réïs Klialil et les tailleurs de pierre à quelques kilomètres vers le sud. au Gebel Addali, où les carrières nous fournirent un grès excellent, dans lequel je fis débitei' une cinquantaine de blocs longs cliacun de plus d\in mètre pour les marches et les rampes de Tescalier. Cependant, le second [)eloton utilisait la pierre de la montagne pour le mur de protection. Si les deux murs construits en 1892 par le major .lohnslon n'avaient pas produit d'effeb, cela tenait à deux causes : d'abord ils ne mesuraient qu un mètre de haut, si bien qu'au premier ouragan le sable avait passé par-dessus eux et qu'ils avaient été eux-mêmes ensevelis; ensuite, ils avaient été tracés sur un |»lan tel (|u'ils ne faisaient pas face h la direction d'où vient le vent. En examinant l(.'s lieux précédemment, vous aviez reconnu que le sable montait de la plaine par un ravin dont l'ouverture est tournée vers le nord : le vent qui souffle presque constamment de celte direction le j)0ussait le long de ce ravin jusque vers le sommet, et, une fois la crête franchie, il le faisait retomber sur le ravin qui conduit au grand spéos. Selon vos instructions, je fis tracer sur le haut du ])lateau, entre les deux éininences entre lesquelles le ravin nord aboutit, et sur une longueur de iqo mètres, un mur en loruie de S, haut de 5 mètres, large de 9 mètres à la base et de 1 m. 5o cent, au sommet. Il est garni au sommet, sur son j)ari'ment nord, d'une gorge recourbée, semblable à la gorge des monuments égvptiens, et destinée à rejeter en arrière les sables (|ue le vent projettera contre lui. Il est contre-buté, à intervalles irréguliers, de contreforts en pierre qui en doublent la solidité. Un escalier en pierre a été construit au point sud de la c()url)e, qui permet aux indigènes et aux touristes de le franchir sans le dégrader. La construction en a été achevée dans les derniers jours de février 1910. Dans h; même temps, j'ai dégagé les deux murs de construction anglaise : maintenant (pie le ravin nord est barn''. ils pourront servir de murs darrèt, pour contenir les
r>Ari'oi;T SI I! i.i;s mo.nume.nts D'IBSamboll l'ii
|)eti(es (|iianlilc's de salilc (jiir la violence du veril portera au-dessus du grand iiiiir, cL ils nous seront une cause de sécurité de |jIus(|jI. (\L).
JesjxM'e que, jjrAce à cel ananj;ciiiciil . iioiii iir.' serons plus exposés de lonjjteni|»s à voir le sahlc revenir enjjorfjer le ravin <'t d(' iiouvcaii nuMiaciM- les colosses. Il su (lira d opérer, tous les deux ou Irois ans, d*,* légr-rs netlovafjes, pour que le jjrand spéos et le terre-|)lein <|iii le précède se mainlienni-nt propr*'S et nets.
A. Rki'ARATIONs oi'ihiKKs \ (. iNTKiiiiM li i)L si'KOS. — Avaiil (|i' touclicr aux colosses de la façade, j ai tenu à consolider les parties (pii vous avaient paru être menacées de iiiiiic à riiilé'liciii' du spéos. de manière à jfèner le moins possible les touristes qui se présenteraiciil pour visiter li'S cliaiiilu-es.
Poiit; (l'entrp'e. — .l'ai re|)lacé, comme vous me l'aviez commandé, les portions encore subsistantes des deux montants anciens de l'extérieur, puis je les ai complétés en ciment, et jv ai pos(' une porte en bois, munie d'un grillage en m (le Fer (pii iciiiplll toute la baie, et qui interdit l'accès aux chauves-souris, .l'ai refait le seuil au cimciil. et |"ai retouché, également au ciment, les parties des deux parois de la porte qui avaient été di^à restaurées en partie pai' Sétoul H. .1 ai bouché au ciment les [)ortions du sol qui étaient grossièrement taillées, el dont les aspérités aiiraicnl fait biiler les visiteurs.
Salle lii/iinsti/lr. — Ainsi (pic vous I aviez pensé, le (pialrièmc atlante de droite sur la iaii{j('e nord-ouest exigeail des reprises uijjcntes. [.a tête n en tenait que par nue sorte de pédonciib' de pierre ipii |)ouvait se détacher à cha(|ue instant: comme celle tète est préciséiiieiil celle de la série (|ui est le mieux conservée, .sa cliiile et par siiile sa destriicliiiii eussent causé un scandale énorme dans le monde des savants et des artistes, .l'ai donc commencé |»ar la faire attacher solidement à son |)ilier par plusieurs lours de grosse corde, garnie de chillons afin d'empêcher que [('pideniie ne iVil l'-ialli'. .1 ai ensuite réuni les morceaux entre eux el le LonI an pilier au inoven de crampons en 1er fixés avec du plâtre, (ioinme le pilier lui-même élail rendu. (|ne liMile la partie supérieure à laquelle la tèli> sappiivait étail sur le point de tomber, et (pie deux gros fragments s en étaient détachés de|)uis peu. (pii gisaient sur le sol, jCn ai entrepris la réfection iinmédiateiueiil. Noire chef-charpentier Mahmoud a remis en place les deux fragmeiils. puis il les a i(diés au resh" (\\\ pilier, fixés avec de grosses barres de fer el (In plaire, ce (|iii lia pas e|e sans peine, puis il a coulé du ciment dans les fissures, el . du faisceau de lonjjs éclats de pierre aii(|uel le haut du pilier élail rédiiil, il a réussi à faire une masse compacte. Au ciUt' nord, le troisième allante
l',2 A. B A RSA Mi.
avait |)ei'tlu son hras. (|ui gisait aussi par lorio; ici encore, il a fallu saisir les fragments et les fixer par des crampons en ïei\ puis les masquer avec du plâtre. I*our mieux dissimuler la restauration, j'ai fait simuler des cassures aux endroits voulus et donner au plâtre la teinte de la pierre voisine : le travail a été exécuté si habilement que les traces de la restauration sont invisibles. Les autres atlantes ont subi tous des l'éparations, mais insignifiantes, ainsi que les murs nord, est et sud de la chambre. Seuls les deux côtés de la porte qui ouvre au milieu de la paroi ouest et (|ui conduit au pronaos ont exigé une retouche minutieuse. De longues plaques de rocher s'en étaient détachées aux endroits ((ue vous aviez signalés dans votre Rapport prélminmre, et <dles avaient glissé jusqu'au sol : je les ai remontées à leur place anticpie au moyen de crics, et j'ai remplacé sous elles, par une bonne maçonnerie de pierre et de ciment, les [)ortions de la paroi qui avaient été rongées par le salpêtre.
Salle du pvonaos. — La paroi nord de cette même porte avait glissé tout entière, dans les mêmes conditions que les montants est, mais la cassure n'était pas facile à réparer. Le bas de la portion détachée était très mince, tandis que le haut formait une masse épaisse et lourde : c'était un poids de 2 tonnes à faire, pour ainsi dire, porter sur une lame de couteau. Je l'ai étavé et relevé avec des vérins à la hauteur d'environ 1 m. 96 cent., pour le rétablir au-dessus de la bande horizontale sur lacjuelle les pieds des personnages sont posés, puis j'ai refait la plinthe entière en ciment et en pierre, retirant les vérins l'un après l'autre, au fureta mesure que la maçonnerie séchait. J'ai dû refaire presque entièrement en maçonnerie de [)ieiTe et ciment, le pilier nord-est, mais il n"v a eu que des retouches insignifiantes à opérer sur les parois du pronaos, ainsi que dans le sanctuaire même et dans les chambres obscures.
B. Extérieur di templi;. — Cela fait, je procédai à la consolidation des parties endommagées de la façade, et tout d'abord, j'ordonnai à nos maçons de réparer les statues rangées sur la plate-forme, aux pieds des grands colosses, et qui avaient été mises au jour en novembre 1 90g. Je réussis ainsi à raccorder presque tous les fragments et à reconstituer le décor. Le mélange de statues d'hommes et de figures déperviers (pi. CLI, CLII) forme un ensemble des plus curieux. La comparaison que leur position impose aux visiteurs avec les colosses a pour résultat de faire paraître ceux-ci plus grands encore qu'ils ne sont et les statues plus élégantes. C'est quelque chose de l'elfet produit, dans les temples grecs et l'omains. par les lignes de statues qui sont posées en avant des façades (pi. CLIIl ).
liAI'lM)!!! SI I! l.i;S MONUMENTS OIBSA M I5MIJJ,. I 'i3
(if travail loul du (If'licalesse se poiirsiiivil cl sacliuNa, dans le iulmih' Iciiips (jii iiiKj autre escouade de charpentiers et de maçons réparait 1 un après 1 autre les colosses adossés à la façade.
Colosse siliK- à droite du eonloir, sur le allé nord. — 11 avait soullert. il v a quelques années, lorstpie M. Hreasted établit des éclialaudaf^es lé{jers sur les sièfjes afin de prendre plus commodément des pliotojj^rajdiies. La partie du genou (InMl, qui s'était détachée alors, lut d abord remise sans peine et fixée par des craiiipons (mi fer et du ciment, mais les choses n'allèrent pas aussi aisément à la jambe jjauclie. La |)ièce trianfjulaire, qui avait jjlissé najjuère sous la rotule, était ('paisse d'environ o m. 8o cent, par le haut, mais elle se terminait en lame de couteau par le bas. Deux fois les cordes avec lesquelles on la soulevait furent coupées par ce tranchant, et le morceau se serait brisé en tombant si jf n avais pas pris la précaution de placer au-dessous un bâti ru boi-- ipii b- n-tiiit. Nous finîmes pourtant par le rajuster et par le lier au reste par le moyen de crampons bien cimentés, .le dus placer également des crampons aux genoux et aux cuisses, par-dessous le bras droit, à l'endroit où Sétouî II avait réparé par une maçonnerie de |){'lits blocs rap|)ortés les dégâts survenus de son tein|)s. Comme deux de ces blocs avaient disparu, le bras tenait à peine : je les remplaçai par deux blocs nouveaux pris dans la carrière du Gebel Addah. et je consolidai le tout avec du plâtre et des fers, sans toucher à la réparation ancienne. Lo pilier réservé dans la roche vive et auquel la statue sappuir l'iail l'i'iidu en jdusieurs places : je le consolidai au moven d une poutre en fer. longue de k mètres et recourbée aux deux (ixtrémités, que j encastrai eu lui sur sa lace sud et que je mast[uai de plâtre teinté. .le serrai de même par des crampons les portions disjointes à la face nord de ce même j)ilior ainsi (jii à la partit' siijx'rieure de la rouronm*.
Colosse du nord. — .lainais monument ne fut plus près de sa ruine que ce colosse, qui paraissait ne présenter aucun danger. La lète et le buste entier, de la pointe de la couronne jiisqu à la ceinture, étaient détachés coniplèti'inent du lit do lOflicr dans Ictpicl on les avait taillés, et ils n'i'taient retenus que par un Iragiiiciil de pierif en Inrmc de cale loii}'; de o m. lo cent, à peine : si cet arivt insignilianl avait manqué, cette immense masse de grès lourde de 8o tonnes aurait {;liss(''. et se serait écrasée sur le sol. ainsi ([u'il l'tail arrivt' dans des teiii|)s inconnus au premier colosse du sud à gauche du couloir d entrée. La calastrophe semblait imminente, car la cale t'tail déjà fendue en plusieurs endroits: aussi nos ouvriers n enireprirenl-ils la restauration cpi avec une répugnance bien natiirtdle. Pour les rassurer, et aussi |>our leur dernier le temps de séohapper
l'i'i A. liAiiSANTI.
au cas où la masse vifiidrail à s'écrouler, jélalilis en lace do la liMe une sorte délai d'une espèce particulière. Avec trois énormes poutres de o m. ao cent, de côté et de 7 mèti-es de longueur chacune, que je reliai lune à l'autre par leurs extréuiités, je formai une poutre composite longue en tout de 2.9 mètres, puis, posant sui' les genoux du colosse deux autres poutres lune sur l'autre, je couchai la poutre composite diagonalement de telle sorte (jue. tandis que l'une de ses extrémités simplanlait l'ortement sur le sol en avant de la hase, l'autre ahoutissait à o m. o5 cent, du menton. On remarquera (|ue je ne la fis pas affleurer à la pieri-e même; il y avait à craindre en effet que, si j avais étahli le contact, l'éhranlement propagé dans cette poutre par les secousses du vent du nord, qui souille souvent en rafales dans ces parages, aurait déterminé la chute de la tête entière. Cette précaution prise, je reliai les ims aux autres tous les morceaux de la couronne et de la tète au moven de crampons en fer, et descendant petit à petit jusquà la ceinture, j'arrivai à la cavité ([ui s'enfonçait dans la poitrine. Elle était si profonde et si large que le maçon chargé de la houcher y entra tout entier : pendant quelques heures, on ne vit plus de lui que la main gauche qui, de temps en temps, sortait pour saisir le plâtre et les pierres. J'assemblai les portions fissurées avec des crampons en fer, et je comhlai le vide au moyen d'un bâti régulier en pierre et en plâtre : ti tonnes de plâtre v passèrent. Après quoi, de même que pour le colosse précédent, je consolidai le pilier qui rejoint la statue à la montagne, par le moyen d'une poutre de fer dressée verticalement tout du long et de plusieurs crampons. Le siège et les jambes étaient en assez bon état et nexigèrent que quelques retouches. Tout compte fait, ce travail fut des plus dangereux et je me sentis l'esi^rit plus léger lorsqu'il fut achevé heureusement.
Colosse tilt sud. — Le dernier colosse méridional était le moins abîmé de tous en apparence. Pourtant les fissures, pour être moins visibles (|ue partout ailleuis, nélaient pas moins inquiétantes. Elles correspondent aux mêmes interstices naturels que celles des autres colosses, et elles déterminent chez celui-ci la même tendance au glissement. Je les ai donc comme suturées, partout où il m'a semblé nécessaire, |)ar de solides crampons en fer, et j espère avoir réussi à assurer au monument de longues années d'existence encore.
Vous aviez cru qu'il serait possible de remetti'e en place la tète du colosse à moitié détruit, et de refaire les portions manquantes du buste, au moyen d'une maçonnerie analogue à celle que Sétoui II euiploya pour ses restaurations. Je lavais pensé, moi aussi, uiais l'examen minulieux des fragments m'a convaincu
I!\I'I'Ii|;T SI;I! r>KS MOM.MENTS DMBSAMIJOLL l'i.".
(jiK; cela no se pouvait pas. f^a |)ieiTe a été telleinenl ébranlée par le choc de la cliiilc qu elle a perdu loiilc consistance : il est probable qii elle se réduii'ail «mi sable pendant les manœuvres nécessaires pour la remonter en place, et si nous réussissions dans cette opération, il serait à craindre quelle achevât de se déliter sous I action de I air cl (pic les morceaux, tombant à limproviste. ne blessassent (piebpic visiteur.
C. Stki.es noiu) ht sud m: l kscai.ii;iî antique. — Le bas de la stèle nord était encore à sa [)lace antique : je lai complété avec les rrajjiiicrils (pic j ai retrouvés pendant le déblaiement.
I^a sl(^le sud avait disparu, sauf une partie du socle primitif. Après beaucoup de recherches, j en ai retrouvé les morceaux pour la plupart, et j ai pu la reconstruire presque entièrement. Il manque pourlaiil encore la face sud. de laquelle nous ne possédons qu'un seul frafjmenl.
D. GiiAi'KLLii SUD. — Elle était à demi remplie de sable, cl les blocs appartenant à la paroi sud jjisaient sur le sol. Ils ont été remis eu place après le déblaiement : seul un rra{>menl du plafond ii a pas |iii être remonté et a été repoussé dans un coin de la salle. Le montant sud de la porte a été consolidé ainsi que le linteau. Eiiliii une partie du mur qui sépare le grand temple de la chapelle a été rétablie avec des bri(|ues crues. Aujourd'hui, lentrée de cette jolie pièce est ce qu'elle était anciennement.
[jCS travaux de la façade étaient entièrement achevés dans les derniers joui"S de février : les visiteurs iu};eronl si l'elVet qu'elle produit (pi. (ILIV) est en rapport avec Icilorl (pie nous avons déployé.
L. Pm,(')M';s du \oiti). — Ainsi quil a él('' dit plus haut'"', avant le conimenceiiKMil (les IravauN. on ne voyait (|ue des traces du mur en brique du léménos : le pvl(jiie. ou pliil(")l la porte du unir, en était complètement enseveli, el on en i{;norait rexislencc. Le déblaiemeul en a ramené au jour des portions considérables, (pie j'ai pu com|»léter avec lt>s iVagmenIs recueillis »;à el là au cours des fouilles. CCst ainsi t|iie j ai leconslitué le bas-relief (]ui représente le roi Ranisès 11 iiimiolaul (l(>s prisonniers devant nue divinilé ipn est probablemenl Anion, mais doul la lèle cl le nom manquent justement sur les deux blocs conservés (^pl. (d^Vi).
î" \oii' [lins haut. (I. iii8-ii?<( (lu |)it'.s('iil \ol(iin«>.
Teinjites Je Subie. ig
l'iC A. BAHSANTI.
F. KscALiKK KT Quu. — L escaliei' de trente-six marches doiil il a été (|ueslioii idiis haut''* a été achevé dans les derniers jours de février. 11 est construit sur Taxe longitudinal du grand temple. Les marches en sont longues de 3 mètres, larges de o m. 35 cent, et hautes de o m. i8 cent, chacune. Les deux murs latéraux sur lesquels elles s'appuient ont dû être construits tout en ciuient. aliii de mieux résister à la ri ne prochaine. Comme auti-e moyen de protection, j'ai construit à la mètres plus au sud, un nouveau mur en homrali. chaux et moellons, qui recevra le premier choc de Teau. De plus, j ai entassé contre le parement sud de ce mur 3o mètres cubes de pierres, qui briseront la force du courant, puis, entre les deux murs, sur toute la longueur et la hauteur du talus, jai établi un mur incliné en pierre, homrah et chaux, que j'ai ensuite jointoyé avec du ciment. Etant placé de bief par rapport au courant, celui-ci, au lieu de l'attaquer de front, glissera sur lui. et la violence du choc en sera amortie. De même, tout du long de la portion du terre-plein qui s'étend au nord de l'escalier, j'ai fait construire un quai en pierre, semblable à celui du sud, mais à double courbe, en forme d'un S de grande taille, afin de protéger l'escalier et le pylône en briques de Ramsès II, que la crue de cette année avait déjà failli emporter. Les visiteurs s'étonneront à coup sûr de l'asymétrie qui a présidé à l'établissement de ces deux quais : s'ils réiléchissent, ils comprendront que nous avons tenu compte des conditions locales, et que la forme adoptée pai' nous est la seule qui ait (|uelque chance de défendre avec etlicacité le téménos dibsamboul, contre les caprices du courant en temps ordinaire, et contre les assauts des grandes inondations.
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