RAPPORT SUR L'INSPECTION DES TEMPLES EN
tonnes de barres de fer ainsi que nos grandes échelles. Notre matériel roulant était concentré à Ibsarnhoul, wagonnets et rails Decauville, charbon, coulTes, bois, fers, outils, cordes de palmier, tentes, avec le matériel de campement qui avait servi à nos surveillants et à nos ouvriers. Il v avait en outre une quinzaine de tonnes de charbon à Kalabcliéli et à peu près autant à Derr, que j y avais laissées pour approvisionner le remorqueur. Cette précaution prise, je partis pour Chellàl le 9 au soir, avec mon éciivain et undesréis du Service. Dès mon arrivée, le 1 I, je passai contrat avec un chef d'équipe, pour qu'il m'expédiât àibsamboul par le bateau-poste une escouade de quinze hommes : ils devaient être rendus à destination le 29 au soir. Le lendemain 1 a, à l'aube, je m'embarquai sur notre remorqueur Ml, et je commençai mon inspection par le tem[»le de Débôl.
Temple de Dchôl. — Bien quau moment de 1 inondation il soit presque entièrement cerné par les eaux, rien n'y a bougé depuis trois ans qu'il a été remis en état. Je n'y ai remarqué que quelques fissures sans profondeur, dans le homrah du perré dont nous l'avons entouré : ce sera une retouche à faire qui durera quelques heures à peine. Tout me porte à espérer ([ue rien de fâcheux n'arrivera, lorsque le relèvement aura lieu. Le surcroit d'eau sera ici de cinq mètres et demi à six mèlres, et Ion ne verra plus au-dessus du courant que la corniche supérieure du temple et des deux portes qui ont été restaurées.
Gcrla^si. — j^e kiosque est en excellente condition : 1 eau d ailleurs atteindra à peine, en son plus haut, le niveau supérieur du perrc; dont nous lavons entouré. Le barrage établi en travers de l'entrée des carrières n'a pas souffert, malgré les fortes chaleurs qui régnent perpétuellement en celte région, et qui ont rendu pulvérulente en quelques endroits la surface du homrah et du ciment : le premier contact de la crue durcira les points entamés. Quant à la porte du camp romain, qui se serait certainement écroulée dès (pie l'eau serait arrivée, on peut être assuré que désormais elle est en état de bien résister.
Temple de Ta/a. — Il baigne dans l'eau pendant quatre mois, depuis trois ans que le pcrn' a été consiniil: il n'a pas bougé.
Biit-Oiialli/. — Les deux piliers do ifnln'e. que j'avais remis en place, ont bien Icmi : tout dans la cour est en Ix^ii «'(al.
Kaldixlirli. — Les approches du ItMiiple. cpiai aiicieii. tlébaioadore, perré moderne, sont en bon état. La chaleur avait déterminé quelques fissures dans le cimentage des blocs de I escalier : le réis Ali Chachài les boucha sous nos yeu\.
174 A. BARSANTI.
Vous VOUS rappelez ce qu'étalent les pylônes ot leffort quil y fallut déployer pour les consolider : je les ai examinés longuement et j"ai été heureux de déclarer que rien n"a bougé, même les chanibrettes du cùté sud de la cour, dont j'avais du refain^ entièrement les fondations. Les huit colonnes rebâties n'ont aucunement lléchi, non plus que la façade du pronaos et les quatre colonnes du pronaos que j'avais pu reconstruire. Aucun tassement ne s'est produit ni dans la cour, ni dans le pronaos, depuis près de deux ans que cette partie du temple a été reprise en sous-œuvre : j'ai tout lieu de croire que les lits de maçonnerie avec lesquels nous avons comblé les fouilles des chercheurs de trésors et des sahhakhîn résisteront victorieusement à l'oau. De même pour les trois salles du sanctuaire, pour les terrasses, pour les couloirs qui entourent le sanctuaire. Le puits que nous avons dû remaçonner en entiei" peut nous indiquer dès à présent la façon dont les eaux se comporteront. Il se remplit et il se vide presque en entier par deux fois, pendant la crue natui'clle et pendant la hausse artificielle que produit la fermeture du réservoir : les ciments s'y sont durcis, et toute la partie que nous avons restaurée se maintient intacte.
Rien à remarquer aux murs d'enceinte, ni dans la petite chapelle ptolémaïque, qui sera noyée entièrement. Rien non plus dans le sanctuaire du sud-ouest et dans sa cour. L'élat de Kalahchéh est des plus satisfaisants.
Temples de Dandoiir et de Gerf-Hiisséin. — Aucune retouche à faire ni sur l'esplanade qui précède le temple de Dandour ni dans le temple même; rien à Gerf-Husséîn.
Temple de Dakkéh. — Aucun tassement ne s'est produit dans les massifs profonds de maçonnerie, par lesquels nous avons remplacé les fondations antiques de briques crues: aussi les architraves et les murs remontés du pronaos n'ont-ils point bougé, non plus que les tours du pylône. .Jusquici donc tout est bien, mais nous ne devons pas oublier que le temple sera immergé bientôt d'environ deux mètres soixante, et que la vallée qui est assez large en cet endroit sera entièrement recouverte : le temple se trouvera alors former une île contre laquelle le courant viendra se briser. Les dispositions spéciales que nous avons prises à cause de cela réussiront très probablement à empêcher des dégâts sérieux : Dakkéh n'en est pas moins un des endroits que nous devrons surveiller de plus près.
Temple de MaharmkaJi. — C'était, si vous vous en souvenez, celui dont la perte nous paraissait certaine : j'ai pourtant maintenant grand espoir qu'il tiendra bon. En tout cas, rien n'y a bougé depuis que je l'ai quitté.
r.AI'l'ORT SLIl //INSPECTION DES TEMPLES EN 1911. 175
En y ari'ivant !<■ i5, j'y Iroiiviii la harqiie qiiavait expédiée linspecteur d'Assouan. .l'cmljauoliai aiissilùl une doini-doiizaine d liommes dans le pavs, et v joi(,niant ceux (jui composent léquipaye du remorqueur, je chargeai sur elle le matériel emmajjasiné là, et je le diri{ifeai sur l'île de Bifjliéh, qui avait été assignée comme entrepôt général pour notre évacuation de la Nubie.
Au delà de Maliarrakali, aucun des temples ne sera plus atteint par le relèvement des eaux : ou peut donc juger en toute sécurité la valeur des travaux (|ui y ont été opérés. A Séijouâ, tout est en hou état, mais le vent du nord a déjà ensablé l'angle de I "un des couloirs extérieurs : il faudia, quand vous aurez de l'argent, élever de ce côté un mur de protection. Rieti de nouveau à Amada. ni à Derr, ni à Kasr-lhrîm, ni au spéos d'Abahouda. A Ibsamljoul, nos dispositions se sont montrées efficaces. Bien qu'il y ait eu cet été des ouragans assez violents pour écrêter en deux endroits le mur du plalfaii. ipii pourtant est large dun mètre et demi au sommet, il y avait très peu de sable, une centaine de couffins seulement devant le grand spéos, le ao dans la matinée du jour où jarrivai. cl ce peu ne venait pas du désert mais de ce que nous n'avions pas pu enlever du ravin : la masse avait filé le long du mur, comme nous l'es|)érions, et elle s'était rejetée vers le sud. Le quai avait été envahi, pendant l'inondation, jusqu'à la seizième marche de l'escalier construit Fan dernier, et la violence du courant avait déchaussé une ou deux pierres (|ue je consolidai aussitôt : elh^ v avait a|)[)liqué également nue lorte alluvion de boue que j'enlevai. Somme toute, nous pouvons dire qu à Ibsamboul il n'v a eu aucune retouche sérieuse à opérer.
Les deux barques étaient à Ibsamboul depuis le 18. quand, le ao au soir, les hommes de Ghellàl arrivèrent. Une sorte de mare boueuse séparait le temple de l'ile (jui s'est formée en avant de lui depuis quatre ans : comme elle n était pas assez pi'ofonde pour (|ue les barques pussent v lloller. je dus embaucher à Faraig une quinzaine d'ouvriers, et pousser en travers une sorte de chaussée large d'environ trois mètres sur laquelle j établis uni^ voie Decauville. Ce lui l'alTaire d'un jour, après quoi, le aa, je commençai 1 évacuation. Ce furent tlabord les poutres en l'cr (|ue les hommes de Chellài portèrent à bras jusqu'aux barques. Le charbon, puis le malériel moindre furent chai'riés dans les wagonnets par les Berbéiius. |uns. la voie lut déuiontée. et les rails ainsi que les wagonnets lurent embar(|ués. Le i>G. je vous expédiai d Ibsamboul une tlépèche vous priant d'envoyer à Chellài le réîs Khalil et une vingtaine de portefaix du (.aire, puis je partis, emmenant les deux bateaux à la remorque : jetais le i" décembre à Bighéh. Vous m'aviez commandé de laisser dans celle ile un p<Mi de malériel, poui" II' cas où nous aurions par la suiti^ à faire d<'s réparalious urgentes sur
176 A. BARSANTI.
quelque point de la Nubie : tout le reste fut chargé sur trois barques nouvelles que je louai à Chellâl. Deuv d'entre elles se joignirent à celles qui arrivaient dlbsamboul et de Mabarrakah, et les quatre furent prises à la remorque par notre NU et expédiées à Thèbes, où le matériel qu'elles portaient allait servir aux travaux du temple de Séti I" à Gournab : la cinquième reçut le matériel endommagé que j'envoyais réparer au Caire, et les monuments recueillis en Nubie pour le Musée. Le 9 décembie. notre longue et pénible campagne était terminée.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, les expressions de mon respectueux dévouement,
A. Barsanti.
Chellâl. le 3 décembre 1910.
apim:m)ice.
RAPPORTS SUR LA PliOTECÏIO-N DE PIllL E