‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 70 sur 76 · PREMIER RAPPORT · texte numérisé non relu

PREMIER RAPPORT

Sur ma demande, les travaux de consolidation des temples do l'Iiihe avaient été divisés en deux séries : travaux dans le sous-sol, qui devaient être exécutés par les soins des ingénieurs délégués directement par le Minisb'îre dos Travaux publics: travaux de réfection dans les parties visibles des monuments, que le Service des Antiquités se réservait d'opérer lui-même. La première série fut ronfiéo à M. le D'' Bail. géologue attaché au Service du Cadastre, et à un spécialiste, M. Talbot. qu'on fit venir d'Anglcteirc : ils reçurent pour la mener à fin i 9.000 L. E. du crédit total de 99.. 000 L. E. f|tic la Caisse de la Dette avait accordé, et plus lard, un pfclit supplément de 5/1G L. E. du crédit de 3. 000 L. E. qui nous avait été alloué, ce qui ne nous laissa plus que ^./iBA L. E. pour notre part. Leurs travaux furent terminés dans le milieu du mois de juillet 1903, trop tard pour que nous pussions commencer les nôtres avant le retour des grandes chaleurs de l'été.

J'avais désigné, pour accomplir notre part de la besogne commune, AL Alexandre Barsanti, conservateur-restaurateur du Musée égyptien, qui. ayant travaillé longuement à Phila" quelques années auparavant durant les études pré|)araloires do M. le ca[)ilaine Lyons, était plus au courant quo personne dos dillicullés de l'entreprise el des mesures à prendre pour en triompher. Il devait se rendre sur les lieux au milieu de soptemhie 1 909,, mais le choléra ayant éclaté sur ces entrefaites dans la Haute-Egypte cl la iiioi'lalité y étant grande, il ne reçut l'ordre de partir qu'un peu plus de trois semaines [tins laid. |Mii(I;ml l;i picmiore quinzaine d'octobre : il n'avait donc qu'un mois et demi à sa disposition poiii' achever son œuvre avant que 1 île fi^t envahie par les eaux. Les instructions que j'avais rédigées à son intention portaient qu'il devait :

1" Remi'tlro à leur [ilaco [)riniiti\o lo plus grand nondiro possible des blocs épars sur le sol dans les dillérentes régions de l'île. Exception n'était faite momentanomonl

<'' Pul)lio daas les Annales du Serclce des Aiiliiiuilès . 190.?. I, IV. |i. a 45-467.

Templet de .ViiAi'c tS

que pour les blocs employés par les Coptes à la construction tie leurs églises, et qui proviennent pour la plupart du temple d'Harendùtés : le Service se réserve de les recueillir et de les utiliser, quand il aura le loisir d'essayer la reconstruction de ce temple.

9° Reprendre l'une après l'autre toutes les murailles et toutes les colonnes encore debout, en dégager à la pointe ou à la brosse douce toutes les surfaces, tous les joints, toutes les cavités, et en faire sortir le sébahh qui les empâtait, les laver à grande eau pour achever les moindres paiticules de nitre, les emplir de ciment fin de bonne qualité que l'on teinterait légèrement afin d'éviter que la couleur n'en tranchât trop crûment sur le ton grisâtre des pierres anciennes. Où il y avait des brèches de grande étendue, il faudrait les boucher par une maçonnerie de pierre ou de bonne brique cuite qu'on recouvrirait également de ciment : il y aurait même lieu, dans bien des cas, de refaire les montants des portes anciennes, endommagés par les Coptes, et d'en soutenir les linteaux brisés par des barres de fer passées en dessous.

.3" En ce qui concerne les couvertures des portiques et des chambres, partout oii l'on rencontrerait une architrave ou une dalle brisée il faudrait passer sous elle une ou deux poutrelles de fer, engagées aux extrémités dans les deux soutiens les plus proches, murs ou colonnes. Afin de dissimuler ces poutres, dont la présence risquait de gâter les lignes de l'architecture, M. Alexandre Barsanti devait les noyer entièrement dans des rainures creusées à la face inférieure du bloc, puis les masquer de ciment jusqu'au ras de cette face et donner au ciment une teinte approchant de celle de la pierre antique.

h° Les corniches qui couronnent les portes et les plates-formes des pylônes ou des terraces étaient en partie abattues, en partie déplacées et presque hors d'aplomb. M. Barsanti avait charge de remonter les blocs tombés, de rajuster les blocs déplacés, et de les saisir dans des grilTes eu fer, scellées elles-mêmes avec du ciment.

Ce ne sont là que les grandes lignes : pour tous les détails de l'exécution et pour toutes les difficultés imprévues qui viendraient à surgir pendant les travaux, M. Barsanti était autorisé, vu le peu de temps dont il disposait, à agir de sa propre initiative selon les traditions du Service, sauf à en aviser la Direction générale aussitôt qu'il le pourrait. Un seul incident survint. L'un de nos fournisseurs, abusant de la hâte avec laquelle nous étions obligés d'agir, nous livra une centaine de sacs de ciment non conformes à l'échantillon que nous avions accepté. Sitôt que l'on s'en fut aperçu, on suspendit l'emploi de cette partie de ciment, mais quelques réparations avaient déjà été opérées que M. Barsanti ne put reprendre''' : la faute a été corrigée, partout où on l'a signalée, au mois de novembre i goS ('l M. Barsanti ne put achever son premier

''' Ce sont celles que M. Lucas a signalées dans rintéressant rappori que nous publions plus loin, p. 190- 19 t. '•' Voir plus loin, p. igS, le rapport de M. Barsanti en date du 12 novembre 190.3.

RAPPORTS sur. LA PROTECTION DK l'illl. K. 170

travail que vers le h déccinbie, an moment où les eaux couvraient déjà les terrains has situés vers la |)()inte septentrionale de l'île. Dès Ir- lendemain, il m'adressa le lapporl suivant, où il avait consigné sommairement la nature et le mode des réparations f[ii"il axait ilù exécuter dans chacun des monuments menacés.

liii'i'onr sin i.i:s rnwAi.i ui: coxsoli]j.\tio\ i.t dk nb/'AHATioy

E.YÉCVTÉS A PlIIL'K E\ lf)0:i, [YàV M. Alexandre FÎARSA.VTf.

s I. Temple de Nedanébo. — Les travaux de ce temple m'ont coûté beaucoup de travail. J'ai dû en démonter la porte d'entrée et en consolider la base, après fjuoi j'ai remis tous les blocs in situ. J'ai eu la diance inespérée de retrouver, parmi les décombres, une certaine quantité des pierres qui appartenaient à la partie supérieure et (jui étaient tombées depuis longtemps : je les ai remises également à leur place ancienne, et j'ai pu de la sorte rendre au monument une partie de son aspect primitif. J'ai repris toutes les parois de l'intérieur et de l'extérieur, et je les ai réparées avec beaucoup de soin, rejointoyant les lits et boucbant les trous avec du ciment. J'ai de même consolidé les colonnes et je les ai préparées à repousser l'action de l'eau. J ai reconstruit aussi les deux petites portes latérales de l'est et de l'ouest dans leur presque totalité. J'ai maçonné de mon mieux les architraves, particulièrement celle du nord-ouest qui étail brisée en deux morceaux : j'ai passé au-dessous deux grosses barres de fer, (jue j'ai encastrées dans des rainures creusées au ciseau dans la face inférieure de l'architrave, puis j'ai masqué les barres sous une couche de plâtre. Enfin, j'ai calé et retouché la base do l'obélisque méridional, comme aussi le parapet sur le((uel elle pose, et cela tant extérieurement qu'intérieurement.

.S 11. Tcmjde d'Àriliesncfer. — Ce temple, dont j'avais retrouvé les arasements en i8()5, et où j'avais pu remonter cinquante blocs à la jiaroi nord, trentc-tleux à la paroi sud, s'est complété encore à la suite de nos opérations actuelles. J'ai relrouxé un grand nombre ih; i)locs qui appartiennent aux parois intérieures, et je les ai remis en place. Afin de (hmiui' à cette reconstruction la puissance dont elle avait besoin pour résister à l'eau, j'ai cimenté tous Its joints d'un bout à l'aulre : j'espère que les portions de mur ainsi rcloiicliées tiendront bon. Un grand nombre de blocs arrachés à cet édifice sont encore épars aux pieds du rocher méridional et plongent dans l'eau pres(|ue toute l'année : |)eul-élre arriverons-nous quelque jour à les repêcher et à les restitniM- dans leur nrdie priniilif.

.*^ III. Colonnade cl mtiv de lest. — Il a fallu re|)rendre presque toutes les colonnes rime a|)rès l'aulre . tant elles étaient endommagées : jai nettoyé puis cimenté solidement les bases ain^l (|ui' les joints des lùts. M. le Directeur m'axait recommandé

d'examiner sil n"y aurait pas lieu de remplacer les coins de fer qui avaient été introduits, dès l'antiquité, entre les tambours de plusieurs d'entre elles pour les remettre d'aplomb, et qui semblaient rongés d'oxyde : j'ai constaté que la conservation en était meilleure qu'il ne paraissait, et je me suis contenté de les abriter contre 1 air extérieur par une couche de ciment.

Le mur le long duquel se déploie cette colonnade avait souffert considérablement; il penchait sur plusieui's points d'une façon menaçante et la face extérieure était effritée par endroits. J'ai comblé toutes les brèches qui s'y trouvaient, trous de poutres, portes ouvertes par la population copte, puis j'ai nettoyé les joints ainsi qu'il m'avait été l'ecommandé. Les linteaux des portes antiques étaient brisés : je les ai supportés chacun d'une barre de fer, établie et dissimulée de la manière qui a été dite à propos du petit temple de Nectanébo.

§ IV. Petite chapelle d'Imoutliès. — Ce monument, qui fait suite à la colonnade est, était en fort mauvais état. La base des murs était complètement rongée par le séhakh, et les linteaux des portes, brisés chacun en plusieurs fragments, ne conservaient qu'un équilibre fort instable, depuis qu'on avait retiré les décombres qui les avaient étayés pendant longtemps. J'ai refait les bases au ciment, et j'ai passé sous les linteaux des barres de fer, que j'ai ajustées et masquées comme j'ai dit plus haut, afin de rendre la réparation aussi peu choquante que possible.

§ V. Colonnade et mur de l'Ouest. — Les trente-deux colonnes qui supportent le portique de l'ouest ont été toutes réparées et consolidées l'une après l'autre. La muraille le long de laquelle elles se déploient a été aussi remise en état de la même manière que la muraille du portique de l'est; les brèches ont été comblées, les joints et les fractures remplis de ciment, les fenêtres et leurs embrasures consolidées de barres en fer dissimulées dans la maçonnerie. La face extérieure du mur qui donne à pic sur la rivière a été fortifiée de la même manière que la face intérieure.

§ VI. Pijlàne méridional du Grand Temple. — Les bases des deux pylônes étaient rongées par le salpêtre : je les ai nettoyées, lavées à grande eau, puis, une fois qu'elles ont été sèches, je les ai réparées avec le ciment. J'ai remis en place la corniche de la grande porte d'entrée. J'ai saisi dans de fortes griffes de fer les corniches qui couronnent le haut des deux tours, et j'en ai rejointoyé les blocs avec du ciment.

§ VII. Portique est de la cour. — Les bases de toutes les colonnes avaient été endommagées grandement : j'ai du les remettre entièiement à neuf. Les fûts avaient moins souffert; il m'a fallu pourtant les consolider en plusieurs endroits. Le grand mur qui forme le fond du portique était dans un aussi triste état que les colonnes : c'est de toutes les parties du monument celle qui a exigé de ma part le plus de temps et de peine. Je l'ai réparée, selon la manière prescrite dans vos instructions, ainsi que la petite chapelle qui fait partie du portique.

§ Vlll. Mammisi. — Ce beau monument a été traité avec tout le soin qu'il méritait. A rintériciu-, j'en ai nettoyé tous les joints, puis je les ai remplis de ciment, ce qui ne s'est pas fait sans peine à cause de l'obscurité qui règne dans les chambres. Nous n'avons pu abolir complètement la couche épaisse de noir de fumée qui enjjlue les ornements du plafond, mais nous l'avons diminuée beaucoup. Le portique qui entoure l'édilice a été également l'objet d'une revision minutieuse. Le bas des murs avait peu souflert, mais les bases de presque toutes les colonnes étaient endommagées : nous les avons refaites de notre mieux. .l'ai de plus reconstruit bloc à bloc, dans la portion occidentale de ce portique, une partie des parois que les habitants coptes ou barbarins avaient démolies pour pouvoir circuler plus librement; j'ai bouché de même les brèches qu'ils avaient pratiquées partout pour en faire les portes des maisons qu'ils avaient établies à l'intéiicur. En somme, je pense n'avoir rien négligé pour rendre à ce beau petit monument son apparence primitive.

§ L\. Pylône neptenlrional . — Pour ce pylône, comme pour le pylône méridional, mon attention a été appelée surtout sur la base des murs et sur les corniches. La base des murs a été lavée et cimentée avec beaucoup de travail. La corniche de la porte médiale a été consolidée au moyen de grandes agrafes en fer et d'un jointoyage de ciment.

§ XL Cour et pronaos lujpostyle du Grand Temple. — Les deux colonnes du centre, celles qui encadrent la porte du sanctuaire, étaient jadis accotées de deux piedsdroits, terminés chacun par une console surmontée de la gorge égyptienne. Les Coptes les avaient détruits dans la seconde moitié du vi'' siècle, ainsi que le mur d'écran du pronaos, au moment où ils transformèrent le tenq)lc on église. Cette mutilation compromettant sérieusement la stabilité des deux colonnes, j'ai fait reconstruire ces deux pieds-droits en blocage recouvert d'une couche de ciment, et j'y ai encastré tant bien que mal les rares fragments que j'ai pu retrouver. Dans le même temps, j'ai remis en place le fragment du haut de la porte du côté est, et j'ai fait transporter à l'extérieur du temple tous les blocs qui encombraient le portique et la cour. Ces blocs en elfel n'appartenaient pas à cette partie de l'édifice, mais ils provenaient d'autres salles, et ils avaient été placés en cet endroit au moment où les Coptes avaient changé cette région du temple en église. Ce déblaiement opéré, j'ai nettoyé, jointoyé, cimenté toutes les parois justi'.i'à la hauteur de six mètres. Dans ranlichambre du sanctuaire, il m'a fallu soutenir le plafond dont une portion menaçait de tomber. A l'intérieur, toutes les parois ont été nettoyées et jointoyées au ciment jusqu'à la hauteur de cinq mètres. Sur la terrasse, j'ai profité de l'occasion pour garnir de barres de fer les soupiraux qui demeuraient béants, et par lesquels les voyageui-s risquaient de s*engoulVrer dans un moment dinatlention. J'ai do plus pris tout le pourtour do la grande corniclii- dans dos agrafes ou for cimentées solidement. Les faces extérieures de la salle ont été revues : les trous énormes ipii s'v vovaiouf ont éti" bien combles avec

(lu ciment ainsi que les joints, et le tout leinlé de manière à ne pas faire trop disparate sur le ton général du grès antique.

§ XII. Porte d'Adrieu. — J'ai retrouvé et remonté à leur place une dizaine de pierres qui étaient sur le sol. J'ai consolidé également les deux parois latérales et les deux faces est et ouest de la porte, ainsi que les portions des murs y attenantes.

§ XIII. Petit temple d'Halhor. — Il ne subsistait de ce monument que la petite salle hypostyle, et le sanctuaire semblait avoir disparu complètement. J'ai retrouvé heureusement, parmi les blocs que j'avais emmagasinés en 189.^, beaucoup de pierres portant des inscriptions et des fragments de bas-reliefs, et qui se rajustaient aux blocs déjà remis en place. J'ai pu reconstituer grâce à eux la cour d'entrée, avec ses colonnes, ses parois et sa porte. J'ai tout maçonné au ciment, et j'ai rendu à ce joli monument son aspect originel.

.^ XIV. Kiosque de l'est. — Les murs en ont été réparés uniformément jusqu'à la hauteur de cinq mètres. Le travail a été assez compliqué et il a demandé beaucoup de soin aux colonnes nord et sud, dont les fiits avaient souflert considérablement.

§ X\ . Chapelle sise au milieu de la ville. — La petite chapelle qui se trouve entre le kiosque et le pylône méridional a été retouchée avec soin. Elle est de bonne époque romaine mais de construction médiocre; la pierre y est mauvaise et salpêtrée profondément. Il est à craindre que nos travaux ne réussissent pas à en empêcher la destruction prochaine.

Selon vos instructions, je n'ai touché ni aux églises coptes, dont les éléments seront rendus plus lard aux temples d'où les Chrétiens les avaient arrachés, ni au temple de Rome et d'Auguste, dont la seule paroi encore debout est pourrie et ne saurait résister longtemps au contact de l'eau. La porte du nord ne m'a demandé aucune réparation d'importance et semble devoir tenir bon.

Tels sont. Monsieur le Directeur général, les travaux que j'ai exécutés pendant les deux mois que je suis resté à Phihc. Ils ont coûté 676.866 L.E.; je suis convaincu qu'ils sulFiront à protéger ellicacement les ruines contre les dégâts de l'inondation, et qu'au retrait des eaux nous n'aurons à y apporter que des retouches insignifiantes.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, l'assurance de mes sentiments respectueux et dévoués,

A. Barsanti.

Assouân. le 6 décembre 1909.

liAl'I'OflTS SUR LA PROTEGTIO.N DE l'IlIL.E. 183

.1 ai eu l'occasion de voir et d'inspecter par deux fois, a un jieu jdus d un mois d'intervalle, l'île de Philœ et ses monuments envahis par l'eau.

La première fois, ce fut à l'occasion des fêtes célébrées pour inauguration du Barrage et des réservoirs. Le 9 décembre 1902, au matin, je constatai que la partie centrale de l'île et toute la bande de la partie méridionale qui s'étend entre le kiosque de Trajan, le portique de l'est et le rocher terminal, étaient encore accessibles. L'eau couvrait toute la région septentrionale jusqu'au grand temple, et elle battait de ce côté le perré construit en arrière de la cella; elle avait envahi le portique de Nectanébo, les deux portiques, les portions en contre-bas de la porte d'Adrien, et elle s'arrêtait au perré construit en avant du pylône méridional , lequel servait de quai pour aborder. L'espace compris entre le pylône et les deux porticpies formait comme une sorte de bassin, clos sur trois côtés et ouvert dans la direction du sud. Les terrains non recouverts étaient fermes dans quelques endroits et dans d'autres cédaient sous les pieds des visiteurs, gardant à chaque pas qu'on y faisait des empreintes profondes qui aussitôt se remplissaient d'eau. \ vingt ou vingt-cinq mètres au sud-ouest du kiosque de Trajan, la croûte supérieure tremblait lorsqu'on y posait le pied : elle creva sous le poids d'un de mes compagnons, qui s'enfonça jusqu'à mi-jambe dans un bain de sable bouillant, et l'eau qui sourdit de ce trou se répandit à la surface en large mare. J'explorai soigneusement ce quartier, (pii m'infjuiétait pour des raisons inhérentes à la constitution naturelle de l'île. Celle-ci n'était à l'origine qu'une sorte d'archipel de rochers granitiques, analogue à ceux qui encombrent encore les rapides de la cataracte. Les principaux de ces rochers étaient celui qui domine aujourd'hui le promontoire sud-est, et le groupe de blocs mamelonnés sur lequel les Ptolémées fondèrent le temple d'Isis. Dos ailuvions de sable et de boue réunirent ces éléments divers en un seul îlot, que les Kgyptiens défmircnt et qu ils consolidèrent au moyen d'une ceinture presque ininterrompue de murs et de quais. Or, cette ceinture présente, entre la terrasse sur laquelle s'élève le temple d'.Arihesnefer et le rocher terminal, une brèrhc que j'avais signalée sans succès aux ingénieurs, el qui correspond à l'entrée du chenal primitif «pii séparait ce rocher du groupe qui sup|)orli' le temple : le kiosque de Trajan a été bàli vers l'extrémité septentrionale de ce chenal, sur les remblais de sable et de boue. On pouvait craindre que l'eau en montant n'attaquât ces remblais et ne rétablit le chenal, auquel cas la sécurité du kiosque de Trajan aurait été compromise fortement, .le reconnus ([ue. ç;» et là. sur des jioinls corn-spc^idants. autant (pion pouvait le voir, aux puits prati(piés dans les maisons de la ville antique, l'alluvion s'était délayée sous la couche de graviers et de décombres qui la recouvrait, et (pie l'eau sumtail à la moindre pression : partout ailleurs, sur le parcours du chenal. If soi. Iiiiii (piinquégut- deau. avait conservé sa consistance et semblait être en ('(al de résister à l'inondation.

iU C. MASPERO.

Je fis en barque le tour des portions de l'île qui émergeaient, afin de constater l'étal des blocs au niveau de l'eau. Sur les murs et sur les colonnes du temple d'Arihesnefer, du kiosque de Nectanébo, des deux portiques, de la porte d'Adrien, partout où la sidjmorsion avait eu lieu, la pierre avait bu l'eau et s'en était saturée : au-dessus du plan du Nil, jusqu'à la bauteur de o m. 60 cent, à 0 m. 80 cent, selon les endroits, une bande d'un noir luisant courait le long des murs, marquant la limite atteinte par la saturation complète. Plus baut, la pierre donnait à la main une sensation d'bumidité, qui allait s'amoindrissant à mesure que l'on approcbait des assises supérieures. Tous les blocs n'avaient pas bappé l'eau avec la même avidité; beaucoup semblaient avoir opposé une résistance réelle à l'action de la capillarité, et ils présentaient à côté de leurs voisins une apparence de sécberesse relative. Le salpêtre ne sortait nulle part de la pierre elle-même : il ne s'était produit et il n'avait foisonné qu'autour des parties réparées au ciment, mais, là même, il ne tenait pas et il tombait au moindre cboc. En résumé, l'aspect des murailles submergées était aussi satisfaisant que possible dans les constructions du sud et du centre de l'île.

Au nord, le baut des murs de l'église copte affleurait à peine à la surface, et la porte de Dioclétien avait disparu presque entièrement : on ne voyait plus que le haut des voûtes en coupole qui recouvrent les passages de l'est. Les murs du temple de Rome et d'Auguste sortaient encore à mi-bauteur et ils résistaient bravement : les bateliers n'ignoraient pas l'état précaire dans lequel ils se trouvaient et refusèrent de s'en approcher à plus de buit ou dix mètres, craignant qu'un coup d'aviron donné à faux ne nous portât contre eux, et que le cboc ne les fît écrouler sur nous. A part ces trois groupes, temple romain, église copte, porte de Dioclétien, toute la partie septentrionale de l'île était sous plusieurs pieds d'eau, et le contour n'en était plus reconnaissable qu'aux bouquets d'arbres qui le jalonnent d'espace en espace. Une visite nouvelle que je fis, le matin du 10 décembre, confirma les impressions de la veille et me permit de pi'éciser certains des renseignements que j'avais recueillis.

La seconde inspection eut lieu six semaines plus tard, le 19 janvier 1908, au moment 011, d'après les renseignements fournis par les ingénieurs du barrage, l'eau avait presque atteint son niveau maximum : on n'attendait plus qu'un relèvement de deux ou trois centimètres. La surface entière de l'île était couverte, à l'exception du rocher terminal et de l'aire occupée par le sanctuaire du temple d'Isis. Le kiosque de Trajan plongeait jusqu'au tiers environ des panneaux d'entre-colonnement, et le petit temple d'Hatbor ne montrait plus que des crêtes de mur ou des bouts de colonnes. Au sud, on ne voyait plus du kiosque de Nectanébo que les chapiteaux, les architraves et l'obélisque : les assises inférieures du temple d'Arihesnefer avaient disparu et les deux portiques, celui de l'est comme celui de l'ouest, étaient envahis jusqu'aux deux tiers environ de leur hauteur, ne laissant visibles que les tambours

RAI'l'Ol'.TS SLIi I.A PUOTECTION DE l'IllL.I-:. 185

snp«''riciirs des rolonnes, los chapitoaux et les cornidies. Le perré qui bordait le pylône nii-ridional était invi.sii)le, et liin des lions de fjranit noir qui précèdent le pylône sorlait à mi-ventre. Le bas du pylône était submergé, et l'eau baijjnait les pieds des personnages sculptés dans la grande scène qui s'étale à la face extérieure des deux tours. La porte intermédiaire était devenue une sorte de goulet étroit, accédant au bassin en trapèze (pii lut la grande cour : l'escalier qui mène au second pylône était caché entièrement et l'eau allleuiait au plan su[)érieiir de la dernière marche. Ainsi que je l'ai dit, l'aire du sanctuaire était à sec : toutefois l'eau, clapotant sous le vent du nord, pénétrait par instants au fond de la cella par le trou d'évent pratiqué en 1Q02, et elle y formait des mares temporaires qui s'écoulaient dès que le vent faiblissait. La porte d'Adrien disparaissait jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, et l'on u'ajjercevait plus que des traces insignifiantes de l'église copte et de la porte de Dioclétien : seule la muraille du temple d'Auguste tenait bon encore et la crête émergeait d'environ deux mètres au-dessus du fleuve.

.l'ai de nouveau examiné minutieusement la condition des portions d'édifices qui demeuraient visibles, et je l'ai trouvée sensiblement identique à ce qu'elle était dans la première quinzaine de décembre. La bordure noire et luisante qui courait au-dessus de l'eau conservait ime hauteur constante de o m. 60 à o m. 80 cent, et les assises supérieures odraient à peu ])rès la même proportion de blocs saturés et de blocs relativement réfractaires : le salpêtre ne se montrait qu'autouides raccords en ciment. Sur la plate-forme de la cella. comme sur celle qui coul'onne les pylônes, tous les blocs donnaient à la main l'impression du froid humide, sans toutefois suinter l'humidité. Le grès avait retenu le maximum de l'eau qu il pouvait absorber, mais il ne paraissait pas soufl'rirdun trop-plein : lévaporation faisait probablement disparaître les excédents au fur ot à mesure que la capillarité les amenait au voisinage de la surface. Je n'ai remarqué nulle part que la présence de l'eau ou lévaporation eussent altéré la pierre. En résumé, l'état matériel du monument était, cette fois encore, aussi satisfaisant (|ue possible, et les quelques dommages que je relevai étaient exclusivement le fait des hommes. Les bateliers qui promènent les voyageurs se balaient sur leurs galles le long des portiques, pour s'éviter la peine de ramer, et la pointe de leurs crocs ou les chocs de leurs barques avaient arraché çà et là certains détails des chapiteaux. De plus, la plupart de leurs barques sont très larges et ne passent qu'en frottant les bordages contre les montants de la porte du jiylône méridional : il en est résulté quehpies écorchures à ces montants, et, si l'on n'y prend garde, «juelques bas-reliefs et quelques inscriptions subiront des dégâts sérieux, .i't'crivis aussitôt au moudir d'AssouAn pour lui signaler les faits et pour le prier de prendre, daccord avec nos inspecteurs, les mesures nécessaires afin d'en prévenir le retour : par malheur, ces mesures sont demeurées iuellicaces et nous sommes à peu près inqniissanls pour le moment à conjurer ce danger imprévu.

Temple» de Nubie. ti

l^a situation demeura la mcMiie en février et en mars : les rapports de l'inspecteur d'Edfou n'y signalent aucun changement pendant cette période. Vers le 98 de mars, l'eau commença à baisser, et la muraille du temple de Rome et d'Auguste s'écroula sans bruit. M. Georges Bénédite, conservateur des Antiquités égyptiennes au Musée du Louvre, qui visita Philœ quelques jours plus tard, voulut bien madresser sur ce qu'il observa alors la note suivante, dont nos lecteurs apprécieront aisément l'intérêt :

fcLe 16 et le 17 avril, je me rendis à Philie que je n'avais pas vu depuis i8g5. L'ile était complètement inondée, au delà même de ce que j'avais cru reconnaître sur des photographies prises au commencement de l'hiver et qui m'avaient été communiquées à Paris. Des hauts palmiers plantés au sud on ne voyait que les bouquets terminaux, tandis que, sur le pourtour, les quais et les petits édifices, à l'exception d'une assise de l'arc romain, étaient complètement submergés.

«Mon premier regard a été pour le kiosque de Trajan que la hauteur de sa terrasse me permettait de croire hors d'atteinte : c'était là malheureusement une vue trop optimiste. Le pavillon, près duquel je suis passé en barque, n'émergeait pas tout entier : l'eau y aflleurait au niveau du soubassement, et des traces non équivoques attestaient qu'au plus fort de la retenue elle était montée et avait séjourné au tiers des panneaux dentre-colonnement.

rtDu pavillon de Trajan ma barque s'est dirigée sur l'édicule de Nectanébo II, au sud, passant ainsi par-dessus ce qui fut jadis la ville copte, et laissant sur la gauche le rocher sud dont le piton dominait notablement tous les plans voisins. Le fleuve baignait le mur de fond du portique est du dromos, noyant le tiers inférieur de ce portique ainsi que les ruines placées à ses deux extrémités. Le kiosque de Nectanébo était invisible jusqu'à la naissance de la corniche des murs dentre-colonnement. Le dromos, entièrement submergé, donne aujourd'hui, avec ses deux portiques plongeants, ridée d'une sorte de nymphée romain qui ne manque pas de pittoresque. J'ai remarqué que les efllorescences et les taches d'humidité montaient presque sur le collier des colonnes. Voguant entre les deux portiques, mon baleau a manœuvré pour s'engager dans le portail du grand pylône. Le bas de la façade méridionale disparaissait: les Nils du soubassement baignaient jusqu'aux pectoraux, habillés, dans les parties mouillées, d'une épaisse couche de mousses aquatiques, tandis qu'audessus, sur la surface du mur qui venait d'émerger récemment, une série de zones parallèles donnait les niveaux successifs de l'eau. Ces lais régnaient à la hauteur de la ligne conventionnelle de terre de la grande scène du Sacrifice qui décore le front du pylône. Au-dessus de cette zone de dépôt, des taches noirâtres maculaient la pierre jusqu'à la hauteur de la Croix gravée par les Coptes sur le montant gauche du portail, que j'ai prise ainsi comme repère.

tfCe n'est pas sans peine que la barque a franchi le portail du premier pylône, donnant de la hamle tantôt d'un roté, tantôt de l'autre, et j'ai pu m'imaginer le dommage qu'il ne manquerait pas d'en résulter à la longue, si ces tentatives se renouvelaient régulièrement, ce qui sera certainement le cas pendant les trois ou quatre mois que dure la saison des touristes. La cour comprise entre les deux pylônes m'apjiarut comme une sorte de réservoir en forme de rectangle. L'eau, qui avait envaiii et le Mammiai et l'aile orientale lui faisant face, et qui adleurait encore tout le long de la ligne des soubassements, venait mourir h mi-perron devant la façade du Grand Temple, respectant la stèle enclavée de Pliilométor. J'ai pu débarquer et gagner le sec dans l'intérieur du jtronaos. L'un des gaflirs, le nommé Galoùb, qui m'accompagnait, m'a assuré que l'eau n'avait jamais franchi le portail, et que le pronaos et le naos étaient par conséquent restés depuis le commencement dans leur état normal. Ce témoignage semblait contredit par l'aspect que présentaient les parties basses du pronaos : mêmes taches, mêmes efllorcscences que dans les parties d'édifices atteintes et déjà visitées par moi. Ces taches provoquées par les infiltrations forment au bas des murs et des colonnes une bande irrégulière d environ o m. 60 cent, de haut. Au delà du pronaos, l'aspect est beaucoup plus rassurant; ici, tout est complètement sec et ne porte aucune trace d'infiltrations. Cette constatation est bonne à faire, comme celle que tout le haut du pronaos ou salle hypostyle, et notamment la riche décoration polychrome des chapiteaux, des sofTites et des quelques tableaux, était encore intacts.

ff A l'ouest du Grand Temple, la petite chapelle d'Osiris, qui regarde l^igéh et qui avait été inondée, était évacuée depuis six jours. Le petit temple dllorus \engcur est un des premiers monuments qui, avec ceux de la cour du Grand Temple, le seront à leur toui-, le niveau de l'eau ne s'y élevant, à la date du ty, qu'à 0 m. 20 cent, au-dessus du dallage.

trQuant à l'église copte, quelques pierres de l'abside émergeaient tout juste assez pour en marquer la place dans le grand lac qui recouvre, avec le sud de l'île, tout le village de Chellàl.

frTel est l'aspect général (h- Pliila>. Les conditions dans lesquelles s'y trouvent les édifices ou ruines d'édifices par suite de l'inondation sont ainsi les suivantes :

^Disparition complète et probablement constante sous l'eau — ce qui est le cas des arasements sur les |)oints les plus déprimés de I île:

a Immersion partielle et graduellement décroissante de la majorité des édifices du pourtour, mais (|ui ne pourra prendre complètement lin qu'avec une réduction de la retenue d'eau d'au moins 1 m. 5o conl.;

fr Immeisiou momentanée du sol et de la base des édifices placés au centre de l'île, à l'exception du naos et du pronaos du Grand Temple qui présentent eux-mêmes deux aspects dilVérents:

f-Iliimidilé dt> la ])i(Mii> causéo pai- K's inlillrations de l'eau sous-jacente (pronaos):

rSlccité complète (naos).

kA la date à laquelle je me trouvais à Phila?, la décroissance de l'eau se faisait sentir, m'a-t-on dit depuis vingt jours, à raison d'un centimètre par jour. La zone tracée par l'eau sur les parties évacuées formait alors — ce cjui suppose une décrue un peu plus sensible — une Lande d'environ trente centimètres de couleur très sombre, mais blanchie par endroits par une croûte d'efflorescences salines qui s'effritait au loucher. J'ai recueilli un échantillon de ce sel ainsi que des végétations qui se trouvaient immédiatement au-dessous. 11 n'était pas sans intérêt de se rendre compte par des moyens sommaires de la densité de la surface de la pierre, là oii elle avait été soumise à l'action de l'humidité; je l'ai grattée avec un canif et j'ai constaté qu'elle oiïrait beaucoup moins de résistance que là où elle était restée complètement sèche.

te J'imagine sans peine que l'action corrosive d'une eau qui transforme à ce point une pierre, que nous avions toutes raisons de considérer comme excellente puisqu'elle avait résisté à l'épreuve du temps, viendra d'abord à bout des reliefs qui ornent la base des édifices, puis minera lentement et progressivement les assises ainsi atteintes, et il en sera de ces malheureux édifices ce qu'il en a été de tous ceux que le Nil a attaqués : ils périront par la base.

te On peut proposer dès maintenant — et c'est le devoir de tous ceux qui s'intéressent à Phibn — plusieurs remèdes à un pareil mal. Le plus immédiat et le plus pratique pour l'instant consisterait, selon moi, à pratiquer un lavage énergique des pierres corrodées au moyen de jets lancés à la pompe. Ce procédé peu onéreux aurait d'abord l'avantage de neutraliser les effets du sel, de purger la pierre de toutes les impuretés que l'eau qui n'est pour ainsi dire plus courante y a déposées, et enfin de la laver des taches superficielles qui la déshonorent. Quant aux remèdes les plus radicaux, qui sont aussi les plus désirables, il me semble qu'il est vain d'en parler tant que les services compétents n'auront pas manifesté l'intention de les employer. ii

L'eau baissa toute la fin d'avril : vers le milieu de mai, l'île entière était à sec et tous les monuments étaient redevenus visibles. Pendant les derniers jours, une végétation d'algues et de mousses s'y était attachée, qui formait à leurs pieds comme une ceinture multicolore, où les tons rouges et oranges semblaient dominer. Sous cette poussée végétale, de grosses etllorescences de salpêtre perçaient, plus fréquentes et plus épaisses autour des points réparés, dans les endroits où le ciment rejoignait la pierre. A l'intérieur, les herbes parasites étaient rares, mais le salpêtre avait foisonné plus vigoureusement et il se montrait partout en masses irrégulières jusqu'au quart environ de la hauteur des parois. Le soleil eut vite fait de dessécher l'extérieur : à l'intérieur, l'humidité tint plus longtemps dans les pièces du temple d'Isis et

du Mammisi où l'air et la lumière avaient un accès malaisé. Dans le région haute de l'île et dans les temples, les dépots de bouc étaient assez restreints : ils étaient plus denses dans les parties basses, yutour de l'église copte et du temple de Home et d'Auguste, toutefois ils n'atteignaient nulle part une épaisseur considérable.

Vers la fin d'avril, M. Carter visita l'ile, sourtout en vue de rechercher quels moyens on pourrait employer pour protéger les reliefs et les inscriptions du pylône contre l'usure produite par le passage des barques; par sa lettre n" iti^ du 29 avril, il proposa de placer en travers de la baie des barrières qui empêcheraient l'accès de la cour. Un peu plus tard, dans les premiers jours de mai, ordre fut donné à l'Inspecteur d'Edfou, Mahmoud Efl'endi Mohammed, d'enlever les boues qui avaient pu se déposer dans les constructions antiques, de laver à grande eau le bas de tous les murs, et, dans les endroits où les mousses et le salpêtre résisteraient au lavage, d'employer la brosse avec précaution. Tous ces travaux furent exécutés avec promptitude, et, le 9.0 mai, l'état du temple était loi qu'il ressort du raj)port suivant de M. Carter :

Note o.v Phil/E, May ao''' igo3, bv Mr. Howard Gahter, Inspecteur en chef du Service des Anticjuilés.

1° The whole of the temple of Isis, Mammisi, ruiiil iuul large pylon. Hadrian's gatcway, temple of Ilarendotes and kiosque, are nou high and drv. including thus the centre of the island from East to West, but leaving the colonnades and outer court, temple of Ari-hes-nofer, vestihule of Nektanebo, temple of Auguslus. Coptic Churcli and town gâte still under water, that is to say, the •Nortli and South ends of the island.

2° VVith the exception of the very dilapidated Roman wall (temple of Augustusj which bas fallen, ail thèse monuments arc in a very good state. and do not appear to show any subsidence whatever.

3° The former group of buildings, mentioned above. bave ail been carefully washed, their walls and lloors. makiug them cleaner ihan tliev bave evcr been in late years. The second group, mentionod above, bave had their walls and columns partially washed, and the inspector is only waifiug for the water to subside to complète bis work.

U" Tho salts and woeds bave readely corne oiT. and thore are practicallv but liltle traces of them lefl.

5" The wear and tear on the lower inscriptions by boafs is not as bad as oxpected. bul I sirongly advise making bairiors as suggesled in niv lottor n" 'i-.iy. April ît<V''

inoBC. and again, in tlie case of the new quay, small repairs are wanled, and the newly fdled up liolcs niade during the underpinning want relieving. Luxor, May 97"' 1908.

Les rapports de Tinspecleur d'Edfou, adressés au Service de mois en mois, permettent de constater que, pendant toute la durée de l'été de 1908, la situation ne changea plus. Vers la fin de juillet, M. le capitaine Lyons, Directeur général du Cadastre, profita de la présence d'un des chimistes attachés à son département, M. Lucas, pour examiner l'état des lieux et pour vérifier la condition des travaux exécutés par M. Talbot et par le D' Bail. M. Lucas lui adressa, à la date du 3 août, un rapport qu'il voulut bien me communiquer et que je publie ci-dessous avec son autorisation :

BePOIÎT SVBMITTED TO THE DiRECTOR GENERAL OF TUE SuRVEY DEPARTMENT, by Mr. A. LuCAS.

S'*^ August 1908.

Sir,

I bave the honour to submit the foUowing brief report of my récent visil to Phihe.

The river, though begining to rise, is now lovv and the island is therefore wholly above water. The level to which the varions buildings hâve been submerged is still dislinctly marked by a broad damp band, accorapanied by a slight white sait eflîorescence on most of the walls and pillars.

I am informed by the gliaflir in charge that the efllorescence was considérable, though unevenly distributed, until about two months ago, when it was removed by washing witli brushes and water (^'. A number of smail samples of the efllorescence still remaining were taken from différent places and bave since been examined in tliis Laboratory. The salts vary in composition, consisting in some cases wholly of Sodium Chloride, while, in olher instances, they consist of a mixture of Sodium Sulfate and Sodium Chloride, together witli a small amount of Nitrate and alkaline Carbonate.

So far as I am able to judge, never having visited Pbilse before, there are at présent no signs whatever of any récent disintegration due to the partial temporary submergence of the island, the lower courses of the walls showing no évidence at ail of récent damage.

In varions places there is a certain amount of newly executed ccpointingn between the stones with cément mortar. This I am informed was done by the Department of Antiquities after the completion of the work of Messrs. Bail and Talbot. This

'"' Voir plus haul, p. 189, l'indicaliou sommaire de ces propositions. ''' Voir plus tiaut, p. 189.

pointing is in many cases cracking and pfcling oll. hut it hliows no signs of efïlonisccnce and tlic disintegration is evidenlly due to inferior material or to the work hadly performed. The only nnarked récent disintegration of the stones now visible is at the hottoni of Ihc walls in several of the inner chambers, which however are above high water mark. The base of thèse walls is wet and partly covered with a thin laver of damp mud, and the stone is in places flaking away. Several samples of this mud hâve been examined and found to contain Chlorides, Sulphates and Nitrates. If thèse innor chambers could be dried and kept dry, say by ventilation, doublless the slight decay now going on would be enlirely arrested.

The grealer part of the ground outside and between the various buildings is covered with a thin layer of white efïlorescent salts, consisting of Chlorides, Sulphates and Nitrates. The original source of the salts forming tfie various efllorescences was, without doubt, the ground which was full of Chlorides, Nitrates, etc., derived during a long period of years from the coptic habitation of the island. This source of the injurions salts was however largely got rid of by Captain Lyons R. E. in «8g5, when the village rnbbish from ovcr the whole of the island was removed. The récent work of Messrs. Bail and Talbot and the subséquent submergencc of the island bave removed still furthcr (juanlities of thèse salts, and what remains will largely corne to the surface from time to time as a white etllorescence. It is suggested that this edlorescence with the soil to a depth of one or two centimètres shonld be collected and thrown into the river before the island is again flooded. If this Im' dniie for a year or two. the chief source of the injurions salts will be enlirely removed. Of course a certain amount of sait bas in the past been carried into the stones of the buildings, and this will show as a disfiguring edlorescence for some years to corne, bulbydegrees it will be washed ont and carried away, except just above high waler mark, where a certain amount will coUect by capillary attraction, and where if will permanontly remain.

If the annual llooding of the island eventually causes damage, this damage will (assuming the foundations are sonnd) mosf probably manifesl itself 6rst and chiefly just above liigh water mark. Hère the salts in the stones that are not washed ouf will accunudafe; by tlicir présence the walls will be kept more or less constanlly damp, and by their crystallizafion the cohérence of the particles of ihe stones will be weakened and the stones themselves gradually tend fo disinlegrafe.

1 bave the honour to be. Sir. voiir ob.MlitMit servant.

A. LiCAS.

Les défauts que M. Lucas signale sont dus. comme il a été dit plus haut ' . à la mauvaise <|ualilé d une partie du ciment fourni à M. Barsanti. A mesure que des

•'' Voir plus li;iu(, |i. 178, l'origine de ceUe malfaçon.

signes extérieurs trahiront les endroits où ce ciment a été employé, nous ferons refaire les jointoiements avec du ciment de bonne qualité.

Phil» nest pas le seul monument qui ait à redouter l'action destructive de l'eau accumulée dans les réservoirs : les temples de la Nubie y sont exposés grandement, et ils n'ont pas eu la chance d'être préparés dispendieusement à la supporter. Sur mon ordre, M. Carter détacha l'Inspecteur d'Edfou pour les examiner, et, du 6 au 19 mai, celui-ci les parcourut l'un après l'autre. 11 les trouva en meilleur état que nous ne l'espérions : les seuls dégâts sérieux qu'ils eussent subis étaient le fait des indigènes et ne doivent en rien être attribués à l'eau'''.

Dans les derniers jours d'octobre lyoS, je déléguai M. Barsanli pour qu'il examinât Phibe encore une fois, et pour qu'il opérât les quelques réparations indispensables avant l'envahissement des eaux. Ordre lui était donné de tenir compte, dans la limite du possible, des observations consignées dans les divers rapports qu'on vient de lire, et de n'épargner point le temps ni la dépense pour arriver à de bons résultats. Il m'adressa, à la date du 15 novembre, la note suivante, qui nous donne l'état actuel de lile, à la veille de sa seconde submersion :

Rapport sur viFfSPECTiON faite à Piîilm par M. Alexandre Barsanti.

Monsieur le Directeur général,

.l'ai l'honneur de vous soumettre les résultats de l'inspection que je viens d'achever dans l'île de Phibe.

1" La porte romaine du nord, qui ouvre sur le temple de Rome et d'Auguste, demande quelques travaux de soutènement à la base. Les parties basses n'en ont pas été dégagées sufTisamment de la terre qui les encombrait, et il faut compléter d'urgence les restaurations que j'ai eu à peine le temps de commencer au mois de novembre 1908.

9° Le grand temple d'Isis n'a souffert en rien de l'inondation, et je n'ai aucune réparation à y faire dans nos travaux. Il n'y aura qu'à consolider le perré établi par M. le D'' Bail à la face extéi-ieure du côté nord, et dont une partie s'est écroulée par suite du tassement des terres rapportées.

3° Les deux tours du pylône septentrionale ont résisté à l'inondation et ne réclament aucune retouche.

''' Rapport arabe n" 17a de rinspecteur d'Edfou, enregistrd à la Direction sous le n° 668.

RAPPORTS SUR f. \ PROTECTION DE PHIL E. 193

A" La colonnade (jiii coiirl ;ï l'est de la rjrande cour, entre les deux pylônes du nord et du sud, s'est comportée mieux que je ne m'y attendais, vu l'état de délabrement déplorable où je l'avais trouvée. Il n'y a qu'à retailler et à cimenter une pierre rongée par le salpêtre dans la partie nord-est.

5° Le Mammisi n'a subi aucun dommage, bien que l'eau y ait atteint a la hauteur de deux mètres. Tous les jointoiements exécutés à l'intérieur des salles sont en bon état. A l'extérieur, sur la face ouest, j'ai constaté la présence d'une certaine quantité de ciment de mauvaise qualité, que j'ai fait enlever et remplacer par du ciment fin en une heure de temps.

G" Le pylône sud n'a eu besoin d'aucune réparation.

7" Le portique ouest s'est tiré fort bien de l'épreuve, et nous devons en être très satisfaits; c'était, avant nos travaux, la partie la plus menacée du monument. Je nai eu à reprendre que deux blocs situés à côté de la première colonne du nord, et qui étaient tout rongés de salpêtre.

8° Le temple de Ncctanébo, qui a reçu en plein le premier choc des eaux et qui était en très mauvais état avant les réparations, n'a point bronché et je n'y ai rien \u qui exigeât la moindre réparation.

9" Môme observation pour le temple d'Arihesnefer.

10° Deux des colonnes du portique est ont nécessité chacune une dojui-journée de travail : les pierres en étaient comme saturées de salpêtre, et, sitôt que l'eau les a touchées, toute la surface s'en est eiïritée.

1 1 " La petite chapelle d'imouthès est indemne , bien qu'elle soit demeurée presque entièrement submergée pendant de longs mois.

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