‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 75 sur 76 · CINQUIEME RAPPORT · texte numérisé non relu

CINQUIEME RAPPORT

Au cours de mon voyage d'inspection de 1909, j'avais cru remarquer que les trois ou quatre assises qui forment le soubassement du temple d'Isis à l'extérieur commençaient à s'user et par endroits à s'en aller en poussière sous l'influence du salpêtre. Je priai M. Barsanti, que sa mission en Nubie obligeait à des allées et venues perpe'tuelles pendant les mois d'hiver, de vouloir bien, chaque fois qu'il passerait par là, examiner les portions d'édifices qui me paraissaient suspectes. Ses observations confirmèrent les miennes, et, au mois de décembre 1 9 1 o, il les résuma dans une note que je donne ici in extenso.

Monsieur le Directeur général,

J'ai, d'après vos instructions, visité à deux reprises les temples de Phila?, une première fois le 1 1 novembre, une seconde les 3 et 4 décembre. J'ai examiné minutieusement les points que vous m'aviez signalés comme dangereux et voici, en toute sincérité, le résultat de cette inspection.

1" Porte romaine du nord-est. — Elle s'est maintenue telle quelle étai,t antérieurement: les raccords au ciment de 1909, ont bien tenu et aucun des blocs anciens ne paraît avoir souflert.

2" Petit temple d'IIathorà l'est. — ^11 n'a pas bougé jusqu'à présent; seules quelques parcelles de ciment se sont détachées par-ci par-là dans les jointures. Toutefois, il est certain que les bas-reliefs et les inscriptions s'usent davantage dannée en année. L'immersion continue à laquelle ils sont soumis pendant quatre mois de suite, et les fortes chaleurs qui suivent presque immédiatement le moment où ils sortent de l'eau, font éclater cette pierre, déjà fort attaquée par le salpêtre provenant du sébakii produit dans le temps où l'île était couverte entièrement de maisons ^n briques crues.

3" Grand temple. — Sur la face extérieure du nord, les fondations n'ont point cédé et les jointures des blocs sont en bon état. Toutefois, comme vous 1 aviez remarqué il y a trois ans déjà, toute la série des blocs de la fa(;ade qui se trouve de t m. 5o cent, à 1 m. 75 cent, de hauteur au-dessus du sol. vers le point où leau allleure à lair. commence réellement à se désagréger :1a surface seflVite sous le doigt et les hiéroglyphes s'écrasent dès qu'on les touche. Le grès est en cet endroit pourri de «ilpètre. et je crains comme vous que la décomposition ne s'arrête pas à la superficie mais qu'elle soit profonde. S'il en est vraiment ainsi, on peut craindre que. ces blocs cédant.

2li G. MASPERO.

les portions supérieures de l'édilice qui sont saines ne viennent à s'écrouler entraînant les toits dans leur cliute. Je ne vois à ce mal d'autre remède que celui que vous me ])roposez : enlever ces blocs malades et les remplacer par des blocs neufs, choisis dans une carrière où la pierre soit résistante. Le danger est plus grand encore sur la face extérieure de l'est, où ce sont les trois assises basses qui sont attaquées à la fois : il est nul au contraire sur la face exte'rieure de l'ouest, qui paraît avoir été construite d'une pierre plus solide que les deux autres faces. De même pour les deux petits jtylones : les fondations n'ont point fléchi et l'état de la pierre est excellent.

Les bâtiments qui entourent la cour ne nous donnent non plus aucune crainte pour ce qu'il en est de la solidité. Ni la petite chapelle d'IIathor, ni le portique qui lui fait suite à l'est, ni le mammisi, ni le grand pylône, n'ont fléchi, mais on n'a pas lieu d'être aussi satisfait quand on étudie la décoration : partout elle se défait au contact de l'eau, et si l'usure continue avec la même rapidité, il ne faudra pas beaucoup d'années avant qu'elle ait disparu entièrement.

3° Propylées dHadrieti et iiuais voisins. — Les portions du quai que vous me fites réparer en 1908 ont bien résisté depuis lors. Le mur sud de la porte a fléchi quelque peu, le sol s'étant tassé légèrement sous lui; bien qu'il n'y ait aucun danger pour le moment, il sera prudent de maintenir ce coin de l'île en état d'observation pendant quelques années encore*.

h" Dromos ^Auguste et de Tibère. — Les deux colonnades sont indemnes, et nous n'aurons besoin d'y rien retoucher d'ici longtemps, selon toute apparence. Le quai qui soutient la colonnade ouest est solide : aucun des blocs qui sont visibles aux basses eaux ne s'est déchaussé, ni déplacé.

5° Kiosque de Nedmého. — C'est, comme vous le savez, le point le plus dangereux au moment du retrait des eaux: aussi, bien que la maçonnerie n'ait point bougé, l'usure des parements et des inscriptions et des scènes qui les recouvrent est considérable, .l'ai remarqué à la base du petit obélisque encore en place une fissure que je ne connaissais pas: est-elle nouvelle, ou bien est-ce une fente ancienne que la poussière accumulée depuis des siècles dissimulait et qui a reparu lorsque l'eau a emporté la poussière ? Elle est peu considérable et elle n'a pas l'aspect périlleux pour le moment.

6° Petites constructions au sud et à l'est du dromos. — Ni le temple d'Arihesnefer, ni les chapelles de Mandoulis et d'Imouthès, ni la porte de Philadelphe, ni la chapelle anonyme de basse époque, ne m'ont paru se présenter dans des conditions différentes de celles où je les trouvai l'an dernier : je n'y ai rien remarqué de suspect.

7" Kiosque. — Aucun tassement du sol ne s'est produit, depuis la première mise à l'eau.

H APPORTS SUR LA PROTECTION DE llIlLyE. 215

8° Temple de Bifrhéh. — 11 est en parfait état: les fondations nouvelles quejy avais construites en mars dernier ont subi victorieusement l'épreuve de l'inondation.

Agréez, je vous prie, Monsieur le Directeur général, les expressions de rnon respectueux dévouement,

A. Barsa.nti.

Clicllàl, le U dccouibrc 1911.

On le voit, les espérances qu'avaient fait naître l'expérience des premières années ne s'est pas soutenue complète. Le temple d'Isis est sérieusement menacé sur deux points et partout aillcuis, si la stabilité des édifices paraît être assurée, la désintégration des inscriptions et des tableaux fait des progrès rapides. Nous attendrons quelque temps encore avant d'avoir recours au remède héroïque que j'ai suggéré et que M, Barsanti recommande. Peut-être le relèvement du niveau, soustrayant les assises endommagées aux actions de l'eau et de l'air, arrètera-l-il les dégâts et nous pormettrat-il de ne pas rapiécer l'œuvre antique avec des blocs sans sculptures. Malheureusement il ne fera qu'empirer la situation en ce qui concerne l'usure des surfaces décorées : non seulement les portions déjà touchées continueront à subir l'action du clapotis, mais les portions respectées jusqu'à ce jour lui seront soumises. Je crains que, sur ce point, la situation ne soit sans remède.

G. Maspero.

Caire, le 1 •? juillet 191 1 .

ÏAI5LE DES MVTIÈKES.

»acii.

Introduction vii-x\iii

'• l'i;ij)|)(irl |)i(''limiiiaiic sur IV'lat acluel des temples de in Nubie et sur les ré-

parations qu'il convient d'y faire pour les proléger contre les effets de

l'immersion, par .M. Gaston Maspi'ro t- !t!i

II. Di'vis pom- la réparation du temple de kalabcliéli, par M. Alex. Harsanli . . /li- 48

III. Instructions générales données par M. Maspero à M. A. Barsanti 48- 5o

IV. Rapport sur les travaux e.xécutés au temple de Début, par .AI. A. liarsanti. ôo- 56 \. Le kiosque et la carrière sud de Kerdassi, par .M. A. Barsanli 50- 5t

VI. ilapport sur les travaux exécutés au temple de ïafali, par M. A. Barsanti. 58- 6o

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