‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 74 sur 76 · QUATRIEME RAPPORT · texte numérisé non relu

QUATRIEME RAPPORT

Pendant les années qui suivirent la publication de mon troisième rapport en 1906, l'état des édifices immergés était demeuré à peu près stationnaire, et j'avais pu me contenter d'enregistrer brièvement, dans le rapport général que je soumets chaque année au Alinistère, les remarques faites par moi au cours de mes inspections. L'hiver dernier, passant devant Pbilye le 27 décembre 1907, je constatai, dans le parement

''■' Extrait des Annales du Service des Antiquités, 1908, l. IX, p. 208-210.

r.AIM'Or.ïS SUR la protection de I'IIIF>.E. 211

extérieur des quais do l'ouest, entre la porte d'Hydrien et le commencement du portique ouest, un lli'tliissement des assises et un ecartement des Llocs qui me parut se prolonger assez bas sous la ligne des eaux. Je consignai l'observation dans mon rapport, et, ne pouvant rien vérifier avant que le réservoir eût été vidé et le plan d'eau ramené à son plus bas, je recommandai à M. Barsanti d'examiner l'endroit, bien que celui-ci ne se trouvât point dans les parties de la construction dont la consolidation nous avait été confiée : au cas où il y aurait urgence, il avait ordre de faire les réparations nécessaires ])our que le danger fût écarté, au moins provisoirement, avant la montée des eaux, puis de men référer. .Te ne puis mieux faire que d'insérer ici le raj)port qu'il m'a adressé à ce sujet.

Monsieur le Directeur général ,

J'ai riionneui' de vous annoncer la (in des travaux de réparation urgente que \ous m'aviez commandé d'entreprendre à l'hilœ à la suite de votre inspection de 1 hiver passé. En voici le détail point par point.

Dans le petit temple de Nectanébo j'ai remis en position un des blocs du fût de Tune des colonnes de l'est, qui avait été déplacé par une barque, et j'ai rejointoyé au ciment plusieurs des blocs qui forment les parois et les colonnes. J'ai retouché de même, jusqu'au dessus du niveau auquel atteignent les eaux du barrage, les colonnes et les murs des deux portiques du sud. Je crains toutefois que les colonnes, qui avaient beaucoup soull'crt ])cndant les temps modernes, ne résistent plus très longtemps.

Je n'ai rien eu à faire au temple d Arihesnefer ; eu revanche, aux deux pylônes du sud et du nord, j'ai dû reboucher toutes les jointures des blocs, d'où le ciment était tombé, afin d'empêcher l'eau de pénétrer trop directement dans les massifs do maçonnerie. De même au Mammisi, surtout dans le portique qui enloure ce temple. Dans le grand temple d'Isis la base des colonnes de la salle hypostyle avait été un pou endommagée et les portions de ciment employées pour les réparer commençaient à se détacher: je les ai refaites et j'ai repris de nouveau les joints des parois, là et dans les autres salles. J'ai aussi comblé de mon mieux la grande fissure qui coupe la paroi à l'oxlérieur; à i"aii;;l(' uord-ouesl elle me parait tondre à s'agrandir, mais ceci n'est qu'une im|)iessi()n dont je ne puis contrôler 1 exactitude.

Le petit temple d'Ilathor de lest n'a demandé que quelques retouches insignilianlos, mais, à la grande porto romaino du nord-est, j'ai rajusté et consolidé do mon mieux plusieurs blocs qui nicuaçaiont ruines.

Ce ne sont là (|ui> des points iusignilianis: la réparation véritablomoni urgonlo était à l'cndroil qui' vous m'aviez signalé avec insistance, au parement extérieur du grand quai ouest, dans une partie dont la consolidalion no nous avait pas été confiée.

212 G. MASPEP.O.

Le courant est très fort en cet endroit pendant la retenue des eaux, et le vent du nord, le refoulant vigoureusement, produit des vagues assez hautes qui viennent battre la muraille. Le danger est perpétuel et cette portion du quai doit être toujours surveillée avec soin. J'ai attendu que l'eau fût assez basse pour me permettre de prendre les mesures nécessaires, et, dans les derniers jours de septembre, j'ai commencé à cimenter les assises inférieures sur toute la longueur de la pointe de l'île jusque par le travers du grand temple d'Isis, et sur une hauteur d'environ quinze mètres, à partir du niveau des plus basses eaux. Poussant ensuite plus au nord, à l'endroit même où vous aviez remarqué un fléchissement et presque un commencement de brèche, j'ai constaté que la portion du quai qui court le long du Mammisi jusqu'à la porte d'Adrien, et à laquelle rien n'avait été fait en 1902, s'est disloquée sous le poids des terres et des matériaux accumulés en arrière: les blocs de vingt-deux des assises s'étaient disjoints sur une hauteur d'environ 19 mètres, et la chute en semblait être très prochaine. Je les ai saisis et reliés les uns aux autres par de très solides crampons en fer, puis j'ai comblé les plus larges Assures avec un mélange de petits cailloux et de ciment, pour empêcher que l'eau ne pénétrât par là et ne minât le terre-plein. 11 est d'autant plus nécessaire de surveiller ce point que le mur du quai y sert de contre-fort au Mammisi et au pylône nord-ouest : s'il venait à s'écrouler, ces deux édifices seraient menacés très sérieusement. J'espère que la réparation le mettra à même de résister longtemps encore, mais pour conjurer entièrement le péril, il faudrait consolider avec soin les fondations qui plongent toujours dans l'eau. C'est un travail qui ne peut être fait que par derrière, avec d'autres moyens que ceux dont je dispose en ce moment.

Veuillez agréer. Monsieur le Directeur général, les assurances de mon entier dévouement,

A. Barsanti.

Kalabchéh, le 10 octobre 1908.

J'ai inspecté Philœ, à la date du 29 décembre 1908, autant que me le permettait la montée des eaux. La partie retouchée par M. Barsanti était entièrement immergée, et je n'ai pas pu vérifier de visu quel aspect elle présentait. La parfaite compétence de M. Barsanti en ce genre de travaux me fait espérer qu'elle se comportera bien et que le danger est écarté au moins pour le moment. Il importerait néanmoins que les ingénieurs à qui la tâche de consolider les sous-sols avait été confiée, en 1901-1909, voulussent bien examiner l'endroit menacé et y faire telle restauration que leur expérience leur suggérera pour écarter définitivement le péril: on comprend, sans que j'aie besoin d'y insister, quels désastres pourraient se produire si le Nil se glissait dans les sous-sols des constructions antiques par une brèche défendue insuCTisamment.

G. Maspero.

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