‹ RapsodiesChapitre 8 sur 53 · GRAVEUR · texte numérisé non relu

GRAVEUR

SANCULOTTIDE.

(avril 1831)

Sic locutus est leo.

Ph^ed.

Il y a quelque chose de terrible dans l'amour sacré de la patrie.

Saint-Just.

Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle ; Dors, bercé dans ma main, patriote trésor! Tu dois être bien las? sur toi le sang ruisselé, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor !

Je suis content de toi, tu comprends bien mon âme, Tu guettes ses désirs; quand mon bras assassin Te pousse, en l'air traçant une courbe de flamme, Tu vas à la victime et lui cribles le sein.

14 SANCULOTTIDE

Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle ; Dors, bercé dans ma main, patriote trésor! Tu dois être bien las ? sur toi le sang ruisselé, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor !

Aujourd'hui, ta vengeance est nourrie ; une proie A roulé devant toi sur la place... est-ce pas? C'est bonheur de frapper un tyran? et, de joie Crier entre ses os, d'y clouer le trépas!

Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle ; Dors ! bercé dans ma main, patriote trésor ! Tu dois être bien las? sur toi le sang ruisselé, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor !

La mort d'un oppresseur, va, ne peut être un crime : On m'enchaîna petit, grandj'ai rompu mes fers. Le peuple a son réveil; malheur à qui l'opprime ! Il mesure sa haine au joug, aux maux soufferts.

Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle ; Dors, bercé dans ma main, patriote trésor ! Tu dois erre bien las? sur toi le sang ruisselé, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor !

Tiens ! vois-tu ce bonnet penché sur ma crinière ? Dans le sang d'un espion trois fois je l'ai jeté : Sa pourpre me sourit; qu'il soit notre bannière! Qu'il soit le casque saint de notre Déité !

Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle;

SANCULOTTIDE 15

Dors, bercé dans ma main, patriote trésor! Tu dois être bien las ? sur toi le sang ruisselé, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor !

Suspendue à mon flanc, bien aimée estocade, Toujours tu sonneras... je baise ton acier ! Et, d'opimes joyaux, même dans la décade, Couverte tu seras comme un riche coursier.

Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle; Dors, bercé dans ma main, patriote trésor ! Tu dois être bien las? sur toi le sang ruisselé, Et du choc de cent coups ta lame vibre encor !

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