V. Voyages liturg., etc., p. 35 et
SUR l'ancienne permission de manger des oiseaux
LES jours maigres.
Aqua vero nulH maledictioni subjacuit. Hinc est quod Dominus piscem comedit, sed carnem non legitur nominatim comedisse, etc.
Le moyen-âge pensait de même au sujet des oiseaux, que l'on considérait alors comme étant de la nature du poisson. On se fondait sur ce passage de la Genèse : « Dieu dit encore : Que les eaux produisent des animaux vivants qui nagent dans l'eau, et des oiseaux qui volent sur la terre sous le firmament du ciel » (1). Les oiseaux ayant été créés en même temps que les poissons, et faits du même élément, disaient les docteurs, la permission de manger du poisson les jours de jeûne et d'abstinence entraîne aussi celle de l'usage des oiseaux. On invoquait encore ce verset : « L'esprit de Dieu était porté sur les eaux » (2). D'où il s'ensuit que c'était le seul élément que Dieu n'eût pas maudit, puis-
(1) Dixit etiam Deus : Producant aquae reptile animas viventis , et volatile super terram sub firmàmento cœli (Gen., cap. 1, vers. 20).
(2) Spiritus Dei ferebatur super aquas (Gen., cap. 1, vers. 2).
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qu'il devait le faire servir au sacrement de la régénération des hommes - par le baptême.
Suivons les traces de cette pratique dans l'Orient et dans TOccident, où, dès les premiers siècles, nous la verrons autorisée par les écrits et l'exemple des plus grands saints.
Au VP siècle , le patriarche de la vie monastique en Occident dit , dans sa règle (1 ) : « Tout le monde s'abstiendra entièrement de l'usage de la viande d'animaux à quatre pieds. » Ce qui, selon D. Calmet (2), signifie la permission de manger de la volaille, «parce que, dit-il, cette viande étant peu solide , peu nourrissante et censée de la nature du poisson, il n'en voulait pas défendre l'usage à ses religieux, mais seulement celui de la chair des animaux à quatre pieds » (3).
Saint Fructueux (4), si sévère sur l'usage de la viande , qu'il condamne à six mois de prison celui qui en aurait mangé sans permission ou sans cause légitime, ne laisse pas de permettre l'usage de la volaille aux malades et à ceux qui sont engagés dans de grands voyages ; il l'accorde aussi à ceux qui sont invités à la table des princes ou des évoques. Mais, hors de là il ne donne pour nourriture à ses religieux que des légumes et des herbes, et rarement de petits poissons de rivière ou de mer.
Saint Basile-le-Grand, dans son Epître canonique (cap. 15), dit que les poissons et les oiseaux étant produits des eaux, ont une même origine, et ont les mêmes propriétés.
Le roi Chilpéric disait à saint Grégoire de Tours, qui était à sa table, et qui n'usait point de viandes (5) : « Mangez hardiment de ce potage, on l'a fait exprès pour vous; il est fait avec de la volaille. »
Saint Eloi, évêque deNoyon, n'usa jamais de viandes depuis son épiscopat (6) ; mais saint Ouen, l'auteur de sa Vie, remarque qu'un jour il goûta un peu de volaille, en considération d'un hôte qui mangeait avec lui.
Les moines de Lydie et de Thrace, dans le XP siècle, mangeaient des
(1) Cap. 39.
(2) Commentaire httéral, historique et moral sur la Règle de S. Benoît, t. 2, p. 45 et seq. [ Carnium vero quadrupedum omnino ab omnibus abstineatur comestio. ]
(3) Theodemar., epist. ad Gafol. Mag. — Rab. Maur., 1. 2, De Institut, cleric, c. 27. — Ekkard, De Casibiis S. Galli, c. 2. — Petr. Abailard, epist. 8, p. 180. — Abailard, in Hexaemeron, de 5 die, t. 5 Thesauri anecdot., p. 1388.
(4) Reg. Fructuos., c. 5.
(5) Greg. Turon., Hist. Ecoles. Franc, 1. 5, p. 225.
(6) Audoen, Vita S. Elig.
oiseaux, parce que, disaient-ils (1), leurs anciens leur en avaient laissé la liberté.
Les religieux de saint Colomban , dont Tabstincnce était si sévère, usaient quelquefois de viandes d'oiseaux; ce saint les nourrit avec delà volaille pendant un temps de disette (2). Saint Bradacaire, religieux de Bobio (3), servit un canard sauvage à ses confrères qui étaient venus le voir. Au XII® siècle, les religieuses d'Irlande mangeaient sans scrupule des macreuses (4). On lit dans la Vie de saint Bertulfe, abbé de Bobio (5), au Vil® siècle, que le prieur de ce monastère partagea un canard entre trente religieux , et que Dieu en multiplia miraculeusement la chair.
Saint Josse (6) nourrissait des poulets pour son usage : gallinas sibi nutrire consueverat. Saint Cutbert (7) offrit une oie à manger à des religieux qui étaient venus le voir, puis se retira dans sa cellule. Ces religieux, ayant apporté avec eux abondamment de quoi manger, ne se mirent pas en peine de faire cuire cet oiseau, et n'y touchèrent point. Ce n'était pas par scrupule qu'ils en agissaient ainsi , mais parce qu'ils avaient déjà de quoi manger. Etant ensuite montés sur leur vaisseau, ils furent assaillis par une tempête qui ne cessa que lorsqu'ils eurent mangé cet oiseau. Bède, auteur de celte histoire, insinue qu'ils ne furent punis qu'à cause de leur désobéissance.
« Cet usage et cette permission cessèrent quand on s'aperçut, dit D. Calmet (8), de l'abus qu'on faisait du principe que les oiseaux et les poissons sont sortis de l'eau, en se dédommageant, par la variété et la délicatesse de la volaille aux jours de jeûne, de la privation de la viande de boucherie, que l'Eglise commandait; l'on a interdit la volaille ces jourslà non - seulement aux religieux, mais aussi au comman des fidèles. L'Eglise n'a fait grâce qu'à un petit nombre d'oiseaux de mer ou de rivière, qui ont échappé à sa censure et à sa défense, sous prétexte qu'ils ont le sang froid, selon quelques-uns, ou qu'ils sont produits de pourriture, selon d'autres. C'est la même mauvaise raison du prétendu sang froid qui a fait tolérer l'usage des bièvres et des loutres. »
(1) Petr. Anthiochen., in Monument, graec. , t. 2, p. 149.
(2) Vita S. Golumbani , saecul. 2 Bened., p. 26.
(3) Vita S. Bertulphi , saecul. 2 Bened. , p. 163.
(4) Vita S. Barthold., apud Bolland, 24 jun., p. 839.
(5) Vita S. BertuUi , sœcul. 2 Bened.
(6) Vita S. Jodoci, ibid.
(7) Beda, Vita S. Cutberti, 36.
(8) Loc. cit., p. 56.
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