‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 105 sur 128 · DE LA CONSÉCRATION DU ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE LA CONSÉCRATION DU ROI DE FRANCE

La signifiance de ce sacre peut avoir telle exposition.

L'échafaut élevé signifie que le roi doit, en son sacre, prendre élévation de vertus et de sens, et d'aviser regard sur ses sujets, en voyant de haut les grands et les petits également, en leur faisant justice sans acception de personnes, de lignage ou de propinquité charnelle. Car il y a deux lignages : l'un est charnel et vint de boue , dont Adam fut créé; l'autre est du ciel, de angélique nature, et celui-là est le lignage de l'ame. Pour ce est-il élevé vers le ciel et éloigné de la terre sur ledit échafaut, afin qu'il soit plus enclin au lignage de l'ame qu'à celui du corps, et en signifiance qu'il s'élève vers Dieu en obviant aux gracieuses vertus que nôtre Seigneur lui envoyé du ciel, selon ce qu'écrit saint Jacques : « Tout très bon don et parfait descend d'en haut du Père de lumière, w En figure de ce nôtre Seigneur Dieu voulut ordonner Saul, le premier roi d'Israël, le plus grand de tous les fils d'Israël, comme

(1) On peut voir ce que nous avons dit de cette unique paraphrase de l'œuvre de Durand (Notice sur Durand, § II, n» 4). Cet ouvrage a pour titre : ( Le racional des diuins offices. — A lonneur de nostreseigneur lesucrist et de 5a benoiste sacrée mère Vierge Marie et de la court celestielle de paradis. A îste translate de latin en francoys ce présent liure. Lan mil. CGC. Ixxii. a la 'equeste de très saige prince Charles le quint roy de France très victorieux, ;t veu et corrigé par aulcuns docteurs de Paris. » Au bas du titre de Texem- )laire de la Bibliothèque Mazarine, on lit ces mots écrits à la main : [ Translaté oar frère P. Jean Goulain Religieux Carme Docteur en La faculté de Théologie le Paris, decedé [en] H03. comme il se lit sur son Epitaphe en nôtre Chapire.] Ce livre provient de la bibliothèque de l'ancien couvent des Carmes-Déîhaux de la place Maubert, à Paris. (V. folios xxxvi recto à xlhi verso, chapire VIII.) — Nous avons un peu rajeuni le style et l'orthographe de ce passage, 30ur en rendre la lecture plus facde.

il est écrit au premier livre des Rois , au dixième chapitre , qu'il était si haut, qu'il apparoit sur les autres de toutes les épaules et la tête, et fut mué en autre homme par la grâce de Dieu. Dieu dit de lui qu'il délivrerait son peuple de ses ennemis pour reconnaître que ses élévations en vertus sont au cœur administrées moyennant les prières de TEglise. Pour ce on fait ledit échafaut près du chœur de Téglisc, entre les deux chœurs du presbytère et des chanoines. Et on doit monter en celui échafaut par degrés ; car par ordre graduel les vertus sont données, si, comme dit David : « Ibunt de virtute in virtutem; en allant « de vertu en autre, on vient jusques à Dieu voir et à connaître, w Et cet échafaut doit être si ample et large, que les prélats et les princes , par espécial les XII pairs de France, y puissent être reçus et recueillis, et autres nobles s'il le faut. Et cela signifie que en jugement doivent être plusieurs assistants , et tous autres faits royaux. En cette figure Dieu voulût ordonner sa souveraine cour, quand il mit XXIV vieillards séans à son jugement en vêtements blancs, et par espécial il en mit XII séans sur douze sièges , jugeant les XII lignées d'Israël. Et en cela il est évident que grands jugements en France sont réglés par la loi divine et de Dieu ordonnés par les XII pairs assistants. Et, quoique le roi de France ne reconnaisse nul seigneur temporel sur lui en terre, si se tient-il sujet à la loi divine, et ce appert en l'ordonnance qui est anciennement en sa fille, qui est nostre mère, l'Université dé Paris. Car, si elle vient devant lui pour quelque chose que ce soit, nul ne doit proposer de par l'Université de Paris, s'il n'est maître en la sainte divinité ou d'icelle faculté, en démontrant que à la foi divinejo par laquelle il doit régler et doit obéir, et non mie aux lois impériaux ni canoniaux, fors en tant que elles s'accordent à la loi théologienne et divine. Et pour cela, ledit échafaut ainsi appareille-t-on , comme il a été dit. Au jour que le roi vient à son couronnement, les chanoines ef moines et tous les religieux mendiants viennent à la procession encontre lui avec les croix , et il baise lesdites croix en grande dévotion, démontrant le cœur et l'affection qu'il a àtenir à Dieu son hommagf qu'il lui a fait de son royaume, qu'il tient de lui et non pas seulement de l'épée, comme veulent dire quelques-uns , mais de Dieu , comme ij le témoigne en sa monnaie d'or, (juand il dit : « Christus vincit, Christm régnât, Christus imperat; » mais il dit : a Jésus vit, Jésus règne, JésiM commande. » Il ne met pas : « L'épée vainq et règne, » mais il dit « Jésus vainq, Jésus règne, Jésus commande. » Et à cause de cela, Il vigile de la consécration, l'église doit être donnée à garder à ceux qui le roi aura pour cela établis avec les propres gardes de cette église. ^

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le roi doit aller à Féglise pour faire son oraison en la manière que le roi Salomon pria, en disant la première oraison à la vierge Marie. Car, ainsi comme la mère de Salomon, nommée Bersabée, impétra à Salomon beneisson de la succession du royaume (1); aussi la glorieuse vierge Marie veuille prier son fils, son époux et son Seigneur pour le roi qu'on doit couronner, en disant ainsi :

Oraison à nostre Dame,

Très doulce Vierge Marie , dame des Anges , mère des Chrétiens et royne des Cieulx, que en manière de Bersabée en suppliant au roi David pour son fils Salomon faire roi de Jérusalem , vous en suppliant à Dieu le père piteusement Tenclinastes à vous donner son cher fils à faire roi, par lequel les rois régnent et les conditeurs des lois justement et en discrétion discernent : je vous prie humblement et en dévotion de cœur , qu'il vous plaise à moi vôtre petit servant impétrer telle grâce que je puisse et sache gouverner ce peuple sur lequel je reçois aujourd'hui présidence et royale consécration, combien que j'en soie indigne, et que j'aie paix, laquelle vous procurâtes entre Dieu et l'homme en ce monde. Et après , avec vous soie reçu en gloire perdurable avec vôtre dit glorieux fils.

Oraison du Roy à nostre Seigneur Jesu Christ.

Doulx Dieu roybening et tout puissant sur tous empires et royaumes mortels , qui regardâtes en pitié vôtre humble enfant Salomon et lui donnâtes , selon sa demande , cœur docile et intelligence , sapience et science, pour savoir discerner entre bien et mal, pour juger droiturièrement son peuple. Je vous supplie pardon de mes défauts, et grâce et sens, advis et entendement que je puisse gouverner ce peuple qui m'est baillé à justicier et ordonner; et tellement le royaume gouverner et disposer, que ce soit au plaisir de vôtre saint nom, à l'exaltation de la foi catholique et au salut de mon âme et de tous ceux du royaume et à l'honneur de moi et des miens et du bien commun, spirituellement et temporellement. Âmen.

Et après il pourra faire d'autres prières, telles comme sa dévotion voudra. Après on sonne à Matines, en signifiance qu'avec la louange du son qui est de la plus claire cloche, l'oraison devant dite est adressée au ciel, devant Dieu. Les gardes qui adont sont ordonnés pour met-

(1) Reg.,lib. 3, cap. 1.

tre dedans cl dehors les chanoines et les seigneurs de l'église et autres séculiers, signifient les anges qui furent mis sur les murs de Jérusalem, comme chante S^® Eglise en disant : Super muros tuos Jérusalem posui amjelorum c.uslodiam, et a universis dicetur : Alléluia.

Matines chantées, le roi se retire s'il lui plaît. Et cela signifie la retraite (]uc J. C. fit avec S^ Jean , S^ Pierre et S^ Jacques, et fit sa prière et sa confession. Ainsi doit le roi considérer s'il lui souvient de nul péché, et puis se doit à Dieu recommander. Et quand on sonne prime , adonc l'évèque de Laon et de Beauvais doivent aller quérir le roi en sa, chambre, et, en le saluant, l'évéquc de Laon lui doit dire cette oraison : Omnipotens sempiternc , etc. Et à l'entrée de l'église, l'évcque de Beauvais dit cette oraison : Deus qui sois humanum, etc. Et doit ainsi retourner à l'église, accompagné d'archevêques, d'evêques, ducs, princes, comtes et barons, et par espécial, doivent être les pers environ lui,, comme les apôtres environ J. C. Et afin que l'ennemi d'enfer n'ait en, cette compagnie aucun lieu, il se doit adresser vers l'eau bénite, et alors l'archevêque le doit asperger en jetant haut et environ le roi, et sur les nobles, et à ce doit pourvoir l'archevêque, que l'eau soit bénite par avant, solemnellement et doivent être appareillés honorables sièges pour leSi évêques, de lez l'autel. Et par espécial ceux qui sont pairs doivent avoiri un peu leurs sièges hors de l'autel à rencontre, non mie loin du roi, et il ne doit pas y avoir presse de gens entre le roi et eux, ensignifiancé de ce que N. S. dit à ses prochains amis, apôtres et pairs : Jam non dicam vos servos, sed amicos.

Entre prime et tierce doivent venir les moines de S*. Rémi à la procession , avec les croix et cierges solemnellement en dévote ordonnance, en priant Dieu pour l'état du roi et du royaume. En icelle procession doit être honorablement l'abbé de S*. Rem y revêtu sous une courtine da soie portée par iv moines revêtus à iv perches en manière de poêle ou de pavillon. Et amsi porter en grande révérence l'ampoulle de la s'*J onction (1) jusques à la porte de l'église de N. D. de Rheims. Et là doU venir l'archevêque de Rheims accompagné d'un des prélats, et là fait le serment solemnel qu'il la rendra au dit abbé, faite la consécration sang délai de temps ne d'autre excusalion, et le dit archevêque l'emporte en grande révérence.

Il y en a qui disent que cette ampoule signifie ce que le palladium de

(1) Sur la Sainte Ampoule, on peut lire avec intérêt une savante dissertation de l'abbé de Vertot, insérée dans les Mémoires de l'Académie des Inscript.,' t. 3 de l'édition in-12.

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rroie la grande signifiait jadis. Car nul n'a connaissance de la matière iont elle est , ne de la préciosité de Toignement. Car c'est une œuvre ingéliquect divine que Dieu voulût envoyer à la magnificence et espéiial ornement du royaume de France. Si est bien raison que 4 hauts Drinces tiennent otage à S^ Rémi , en ce temps que la s^«. ampoule est 3ortée, et jusques à tant qu'elle soit rapportée. Et pour cela, le dit abbé loit toujours être près de Tarchevôque pour voir mettre ce précieux i^aisseau sur Tautel et être présent à tout le mystère avec quelques uns ie ses moines les plus honorables , et les autres moines doivent atten- Ire au dehors jusqu'à tant qu'on leur rapporte la dite ampouUe en l'église S. Denys ou en la chapelle S. Nicolas.

S. Denys signifie la foi qu'il a portée en France, et qu'on doit rapporter en bonne foi jurée icelle ampoule. Ce que met la chapelle de S. Ni- :olas, signifie l'huile qui toujours découle de ses s*^ membres par mi- •acles, comme cette s*®, huile. Et aussi en icelle ampoule par divin mibacle et s*^. ordonnance, et semblablement s^®. Car, quant le roi en est )int et consacré, comme ceux qui sont oints de l'huile qui coule et disille des membres de S^ Nicolas, sont aussitôt guéris. Ainsi ceux qui ont entichiés de la maladie des écrouelles, s'ils sont touchés de la main lu roi oint de cette dite ampoule , sont aussitôt guéris et rendus à la anté.

Et si quelqu'un s'en mêlait qu'il ne fut mie droit roi et coilvenable-

nent oint, sans délai il tomberait du mal S. Rémi , si comme autrefois

:st apparu. Et pour ce est chose convenable par mystérieuse signi-

jiance que on la rapporte en ces 2 lieux. Si laisserons cela quant à pré-

jent, et nous parlerons du mystère de l'onction.

Alors les pairs sont appelés par le chancelier, par ordre. Le premier

es clercs est l'archevêque de Rheims. Le second , l'évêque de Laon. Le

episième, l'évêque de Langres. Le 4^, l'évêque de Beauvais. Le 5^, Té-

ii| êque de Châlons. Le vi^, l'évêque de Noyon. Ils ont leurs sièges à gau-

he. Les nobles séculiers en leur ordre. Le premier, le duc de Bouigo-

ne. Le second, le comte de Flandres. Le 3^, le comte d'Alençon. Le 4^,

leji duc de Bourbon. Le v^, le comte d'Etampes. Le vi^, le duc de Breta-

iisjne. Les autres sont tenus en la main du roi , comme le duc de Nor-

enliandie , le duc de Guienne , le comte de Champagne et le comte de

joulouse. Et à l'entrée du chœur, l'archevêque dit cette oraison : Omni-

motens Deus celestium. Et les 2 évoques qui vont quérir le roi, doivent

hrter des reliques suspendues à leurs cous. Et puis le roi mené en sa

Jciaire, l'archevêque apporte la s'^ ampoule. Mais avant qu'on procède

. litre , l'archevêque demande au roi le serment au nom des églises et

des évùqucs, en disant : A vobis pcrdimari pctiinus. L'archevêque de' Rheims, en présence des pairs séculiers, en reciuérant pour et au nom de tous les prélats, archevèiiues et évè(jues et églises, dit au roi ainsi : De vous, nous demandons que vous donniez en parfait don à chacun de nous, et aux églises qui nous sont commises, canonial privilège et conserviez loi due et justice , et que vous nous défendiez comme doit faire chaque roi à chaque évoque et église de son royaume. Et lors il jure, et dit :

Je vous promets et par parfait don affirme que à chacun de vous et des églises qui vous sont commises je garderai canonial privilège , due loi et justice et défense comme je pourrai , à Paide de Dieu si comme roi en son royaume le doit faire , à chaque évêque et à église qui lui est commise par droit raisonnable. Et il promet ces 3 choses au peuple chrétien qui lui est sujet.

Premièrement , il promet de garder vraie paix entré TEglise de Dieu et le peuple chrétien en tout temps. ]

Secondement , il promet d'ôter toute rapacité et toute iniquité et en tous degrés qu'ils soient. [

Troisièmement , il promet que en tous jugements il gardera équité et spécialement miséricorde, atin que Dieu lui soit clément et miséricordieux.

Quand la dite ampoule est apportée par l'arche véquc de Rheims sui l'autel principal de l'église N. D., il s'en vaau revestiaire et s'appareille, et revêt pour chanter la messe avec diacre et sous-diacre et autres ministres, tellement comme il appartient à cette solemnité.

Et cela signifie la préparation que Samuel commanda au roi Sau' être faite pour 7 jours, en signification que le roi en ce temps doit diic les 7 psaumes en la figure de ces 7 jours , de quoi fait mention l'his toire du premier livre des Rois , au x® chapitre.

Et quand l'archevêque vient à l'autel, le roi doit se lever et se lenij debout par respect. Car il représente alors la personne de Dieu.

Ainsi le fit l'empereur Alexandre à l'évoque des Juifs. Car il avai vu Dieu en apparition , en tel habit. Adonc, l'archevêque étant à l'aui tel ou quelqu'un des autres évêques, il doit demander pour lui et poui. toutes les églises du royaume au roi , qu'il promette et affirme par soi serment de garder et de faire garder les droits des évêques et de églises , comme il advient au roi à faire , et cela est représenté par le serments que faisaient les rois d'Israël aux prêtres et que fit Alexandr en l'histoire devant touchée, et comme le fit Constantin à l'église d Sens, comme il paraît au portail de cette église de Sens où il y a de

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lettres d'or écrites près de son image , où il jura ainsi : Regnantis verus cupiens incultor haberi. Juro rem cleri libertatesque tueri.

Et pour cela, c'est une chose convenable de lui demander [ au roi] , qu'il promette ce qu'il convient faire à tel prince. Et est plus proprement contenu au Pontifical du dit archevêque de Rheims.

Avec ce serment, il doit être prémuni de ce qui est contenu en la nouvelle constitution du Concile de Latran. C'est à savoir, de mettre hors de son royaume les hérésies. Les 3 serments signifient la foi de la Trinité, et le dernier la foi ferme par laquelle il doit éviter toute maligne fausseté, et par espécial, hérésie. Et c'est une des causes pour quoi les maîtres en théologie étaient en France en si grande vénération. Car ils sont juges pour discerner qui est hérétique ou non, et en ce tous les chrétiens sont sous eux et sujets de la s^®. théologie, comme étant ceux qui ont la clé de la science cathohque. Ces clioses devant dites promises par le roi par son serment, tout le clergé et ceux qui savent chanter chantent Te Deum laudamus. Et par espécial, en la foi du roi entonlent fort et haut : Te Deum confttemur. Car, bien qu'ils confessent le 'oi être seigneur temporel, si confessent -ils Dieu être seigneur sur ous, spirituel et temporel.

Alors on met sur l'autel la couronne royale, et l'épée en son fourreau, !t les espérons d'or, le sceptre d'or et la verge d'or à mesure d'une coulée de longueur ou de plus. Laquelle aura une main au-dessus , de voire entaillé.

Item, une belle paire de chausses de soie de couleur d'azur, brodées et uvrées, ou tissues de fleurs de lys d'or et la cote de même couleur, et ette œuvre mesme faite en la manière d'une tunique de sous-diacre et ussi d'une dalmatique. Et avec ce un sac en façon d'une chasuble d'un ôté, et d'un mantel de l'autre, taillé tout carré par-dessus qui doit être e cette môme couleur et œuvre, et doit être bien près fait en manière 'une chape de soie.

Toutes CCS choses devant dites doit apporter l'abbé de S^ Denys en rance, et les doit apporter de son église à Rheims, et les doit bailler au icre et garder jusqu'à temps qu'on dépouillera le roi pour être oint demt l'autel, jusques en sa cote de soie qui doit être vermeille, et en sa lémise. Lesquelles cotte et chemise doivent être ouvertes bien aval, ir devant à la poitrine, et par derrière, entre les épaules, afin qu'on s puisse joindre et déjoindre, quand besoin en sera, avec des attaches or ou d'argent.

Et alors l'abbé de S*. Denys baillera au grand chambrier les demt dites chausses, et celui-ci en chaussera le roi.

Et après le duc de Bourgogne lui mettra les éperons aux pieds , lesquels lui l)dillerd ledit abbé de S^ Denys, et aussitôt on les lui ôtera. Après, rardievè(jue ceindiu au roi Tépée avec le fourreau tout seul, et quand il lui aura ceinte, le dit arcbevèque la tirera du fourreau et la donnera au roi toute nue, en sa main.

Et alors le roi ira Tolfrir toute nue à Tautel , et aussitôt après il la reprendra de la main de Tarchevêque et la donnera à porter devant lui à son plus prochain héritier, jusques à la messe, en Téglise partout où le roi ira. El après la messe, quand il retournera au palais.

La signiiiance mystique de ce qui est devant dit peut être ainsi par exposition déclarée. Ce que on met ces joyaux royaux sur Tautel, démontre que toute enseigne royale et noblesse doit venir de Dieu.

La couronne signifie, en majesté royale, vraie loyauté. Car elle est de figure ronde, sans fin et sans commencement. Ainsi est noblesse royale, sans froissure et sans interruption , et se doit porter sur le chef, en signifiance qu'il est sur tous en vraie domination et advironnement de justice, sans décliner plus à l'une partie que à Tautre.

Ce qu'elle est d'or, signifie charité, à fleurons épanouis par bénignité, à pierres précieuses en figm-e de vertueuse équité.

L'épée mise dans le fourreau, laquelle a deux tranchants, signifie qu'il prend de Dieu autorité pour défendre les bons et pour châtier les mauvais.

Le fourreau signifie maturité de conseil et bonne délibération en fait de guerre. Le pommeau signifie la retraite que l'on doit faire à la fois par miséricorde, et pour ce y est la croix en souvenir de la pitié que le Fils de Dieu, Roi des rois, eût de ses amis et de ses ennemis en la croix. La pointe de l'épée signifie qu'on doit estoquer et poindre les ennemis obstinés (1). La ceinture signifie que tout environ le roi doivent tou-

(1) C'est la pensée de S. Louis; voici à quel sujet il Texprima : « Ericor me compta le bon saint Roi que une fois advint que au moustier de Clugny y eut une grant-disputation de clercs et de Juifz, et que là se trouva ung chct valier viel et ancien, lequel requist à Tabbé d'içelui moustier qu'il eust ung peu d'audiance et congié de parler ; ce que à paine lui octroia. Et adonc le bon chevalier se lieve de dessus sa potence {bâton, béquille) qu'il portoit à soy soustenir, et dist qu'on lui fist venir le plus grant clerc et le plus grand maistre d'iceulx Juifz: ce que lui fut fait. Et le chevalier lui va faire ceste demande: « Maistre, respondez : croyez-vous en la vierge Marie, qui porta nostre Sauveur Jésus-Christ en ses flans, et puis en ses braz, et qu'elle l'a enfanté vierge, et soit mère de Dieu? » Et le Juif lui respond que de tout ce il ne croyoit riens. Elle chevalierlui dit : « Moult follement avez dit, et estes très fol hardy, quant vous, qui ne le croiez, avez entré en son moustier et en sa maison. Et vraiement, fist le chevalier, présentement le comparerez. » Et il lieve sa po

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jours être les ministres de justice pour exciter et faire ce qu'il appartient à faire à justice.

Les éperons signifient âpre volonté que Ton a par dure charité , de soi et les siens hâter en œuvre défense de ses sujets ou de envahir les oppresseurs d'iceux.

Le sceptre signifie majesté royale, en qui doit être droiture par discré tion. Et par dessus, la main d'ivoire par bénédiction. En cette manière, met TEcriture, que Salomon bénit TEglise d'Israël.

La verge signifie châtiment sur les mauvais. Moïse la porta devant le roi Pharaon, et on la garde en la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, avec les autres reliques. Ou peut être dite la verge de clémence que le roi Assuérus tendit à Rester en signe de clémence.

Les chausses signifient vraie constance , qui doit être dans le roi et dans ses faits : Calciatus in preparatione Evangelii pacis ; appareillé à la défense de la foi de l'Evangélique. De ce dit le Prophète : Constantes estote, et videbitis auxilium Domini super vos; soyez constants, et vous verrez l'aide de Dieu sur vous à vous secourir. Et c'est ce que signifie la couleur azurée, qui est couleur céleste, qui montre que du ciel vient l'aide aux bons rois, si, comme disait le bon Macchabée : Non in multitudine populi Victoria , sed de cœlo ; la victoire n'est mie en la multitude du peuple, mais en l'aide de Dieu. •

La broderie des fleurs de lys signifie humilité ferme, à manière du paon , qui voit sa beauté en sa queue, en ses pieds sa desprison. Car, ainsi comme la fleur de lys est la plus tendre , ainsi grandeur d'orgueil est le plus tôt embouée.

La cotte semblablement signifie l'environnement du ciel. Car, ainsi comme la coite environne le corps , ainsi le ciel environne le royaume. Et , si l'on veut fuir vers une partie du ciel , l'on approche de Tautre ,

tence, et fiert le Juif bien estroit sur l'ouye, tant qu'il le coucha à terre renvercé. Et ce voiant les autres Juifz, ilz vont lever leur maistre tout blecé, et s'enfuyent; dont par ce demoura la disputation des clercs et des Juifz finée (finie). Lors vint l'abbé à icelui chevalier, et lui dist : « Sire chevalier, vous avez fait folie de ce que avez ainsi frappé. » Et le chevalier lui respond : « Mais vous avez fait encore plus grant folie d'avoir ainsi assemblé et souffert telle disputation d'erreurs ; car céans avoit moult grant quantité de bons chrestiens qui s'en feussent allez tous mescreans par l'argu (les raisonnements spécieux) des Juifz. » — « Aussi vous dis-je, me fist le roi , que nul , si n'est grant clerc et théologien parfait, ne doit disputer aux Juifz. Mais doit l'omme lay (laïc), quant il oit mesdire de la foy chrestienne, défendre la chose non pas seulement de paroUes , mais à bonne espee tranchant , .'et en frapper les mesdisans et mescreans à travers du corps, tant qu'elle y pourra entrer. » (Histoire de S. Loys^ par le sire de Joinville , collection Petitot, t. 2, p. 181 et 182.)

de même que, quand on veut fuir la justice de révérence , on approche à vertu de Dieu puissant.

Le sac signifie honnêteté en conversation , et meurte en cœur royal^ et largesse pour récompenser les bons , et soi dévotement contenir et or- . donner, et doit être semé de fleurs de lis d'or. Car ceux d'Athènes or- j donnèrent que pour chaque victoire Ton pût ajouter une fleur de lis à son vêtement ; en signe donc de vertueuses conquêtes , tout doit être semé de fleurs de lis. Et c'est pour cela que l'abbé de Saint-Denis apporte tous ces vêtements ; car M. saint Denis donna aux rois de France les armes de fleurs de lis. Car Dieu les envoya par miracle à Montjoie (1). Et quand le roi se dépouille, c'est signifiance qu'il abandonne

(1) Nicole Gifles raconte, à propos de l'origine des fleurs de lis, une naïve et curieuse légende : « On lit en aucusnes escritures qu'en ce temps avoit un hermite preud'homme et de sainct vie, qui habitoit en un boys, près d'une fontaine, au lieu qui de présent est appelée loye-en-Val , en la chastellenie de Poissi, près Paris ; auquel hermite ladicte Clothilde, femme dudict roy Clovis, avoit grande fiance, et pour sa saincteté le visitoit souvent et luy administroit ses nécessitez. Et advint ung iour que ledict hermite estant en oraison, un ange s'apparût à luy, en luy disant qu'il feist raser les armes des trois croissans que ledict Clovis portoit en son escu (combien qu'aucuns dient que c'estoient trois crapaux), et au lieu d'yceulx portast un escu dont le champ fut d'azur, semé tout de fleurs de lis d'or: et lui dyctque Dieu auoit ordonné que les roys de France portassent, doresnavant telles armes. Ledict hermite reuela à la femme dudict Clovis son apparition : laquelle incontinent feit eflacer les dictz trois croissans ou crapaux, et y feit mettre lesdictes fleurs de hz et les enuoya audict Clovis son mary, qui pour lors estoit en guerre contre le roy Andoc, sarrazin, qui estoit venu d'Ailemaigne à graiit multitude de gens es parties de France, et auoit son siège devant la place de Conflans-saincte-Honorine, près Pontoise. Clovis se combattit et eut victoire; et combien que la bataille commençast en la ville, toutes fois fut elle acheuée en la montaigne en laquelle est à présent la tour de Montioye : et là fut prins premièrement et nommé le cry des Françoys et les armes, c'est' à-sçàuoir Montioye : et depuis y a esté adiousté sainct Denis, et en la révérence de la mission desdictes fleurs de liz, fut illec en la vallée fondé un monastère de religieux, qui est appelle l'abbaye de loye-en- Val , pour la mission de la saincte ampoule et desdictes fleurs de liz , qui furent enuoiées à ce grand roy Clovis, premier roy chrestien : en quoi appert évidemment que Dieu nostre père et sauueur a singuhèrement aymé les rays de France, et les a voulu décorer et garnir de singulières grâces et prééminences par dessuz tous autres roys et princes terriens , et d'iceulx faire les deffenseurs de la saincte foy et loy de lesuchrist. Ce qui appert par l'interprétation desdictes fleurs de liz qu'il leur transmit : car par icelles bien entendues peut on veoir qu'en une fleur de liz y a trois fleurons, un grand hault au meilleu, et deux moyens d'une pareille haulteur aux deux costez. Le hault fleuron au meilleu signifie la saincte foy et loy de lesuchrist ; et les deux de moyenne hauteur, qui sont l'un à dextre , et l'autre à senestre , signifient sapience et noblesse : lesquelz sont ordonnez pour soustenir, garder et deffendre le hault fleuron, qui est entr'eux deux, qui signifie la foy. L*ûn, c'est à sçavoir, sapience, par argumens et raisons (ce

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l'état mondain de pardevant , pour prendre celui de la religion royal ; et, s'il prent en telle dévotion comme il doit, je tiens qu'il est tellement nettoyé de ses péchés, comme celui qui entre nouvellement en une religion éprouvée.

De quoi saint Bernard dit, au livre De precepto et dispensatione , vers la fin : « Ainsi , comme par le baptême , les péchés sont pardonnes, aussi à l'entrée de religion. » Et commence l'original saint Bernard : Audire vult, etc. Donc si pour l'entente de vivre en pénitence à Dieu servir par persévérance, les péchés sont pardonnes, combien plus à celui qui prend l'état où il a tant de diverses anxiétés et peines. Et pour ce, Fabian, que l'on voulait faire empereur de Rome, s'en excusa; et, quand on le contraignit et qu'on lui apporta la couronne, il dit : « 0 couronne ! comme tu es noble, plus que bienheureuse ; car, si l'on connaissait parfaitement combien tu es pleine et de soin et d'inquiétude , si tu étais à terre on ne te devrait point relever. »

Les ouvertures qui sont en la cotte , par devant et par derrière , et en la chemise, signifient la piteuse justice qui doit être au cœur du roi, et sur les épaules , pour porter le faix de défense contre toutes les oppressions des pauvres; et elles sont faites pour mettre et faire l'onction du sacre. Tellement fut l'empereur Trajan envers la femme à laquelle il fit justice de son propre fils, qui lui avait tué son enfant, et, quoiqu'il fût mort payen , si ne lui fut mie refusée miséricorde quand saint Grégoire pria pour lui, mais fut sauvé à cause de sa miséricordieuse justice.

Les aiguillettes signifient les œuvres de miséricorde qui doivent enclore et étraindre le cœur miséricordieux du roi.

Ce que le grand chamberier de France le chausse devant l'autel, si-

sont les docteurs et clerz des universitez , dont le royaume est plus décoré que nul autre royaume ), et l'autre par force et puissance d'armes. Ce sont les princes, barons, cheualiers, et aultres plusieurs nobles, dont y a grand'multitude en ce dict royaume de France. »

V. Annales de France; et Cf. Raoul dePresles, la Cité de Dieu, édit. d'Abbeville; — Robert Gaguin, De Gestis Francorum; — Du Haillan, Histoire générale des roys de France; — et le Père Menestrier, l'Art du Blason.

Rigord ( De Gestis Philippi Augusti) est un des premiers historiens qui nous ait donné la symbolique du lis : « Le hs à trois feuilles, qui orne le blason des rois, veut dire que Dieu et N. S. J.-C. ont voulu illustrer par-dessus tous les autres royaumes le royaume de France de trois grâces : la foi , la sagesse et le courage militaire ; c'est pour cela que nos rois ont toujours eu coutume de représenter sur leurs armes et sur leurs drapeaux la triple fleur du lis , comme s'ils disaient : « Par-dessus tous les autres peuples, les plus fervents serviteurs de la foi, de la sagesse et du courage militaire, c'est nous. »

gnifie qu'il doit au roi remembrer de Tempereur Eracle (Heraclius), qui voulait entrer dans Jérusalem à cheval, portant la croix , et il n'y put entrer jusqu'à temps qu'il fût dépouillé et déchaussé par grande humilité. Et , à cause de cela , incontinent que le duc de Bourgogne lui a chaussé les éperons , ils lui sont ôtés.

Et après ce que l'archevêque lui a ceint l'épée avec le fourreau , signifie qu'il doit être toujours prêt pour justicier les mauvais.

Et ce que l'archevêque la tire du fourreau et la donne au roi toute nue en sa main , signifie l'apparition qu'il vint à Judas Machabeus , vibrant la lance et lui baillant l'épée, en disant : Accipe gladium a Deo , munus eternum in quo dejicies adversarios populi mei. L'archevêque doit dire au roi, en lui baillant l'épée nue : « Prends ce glaive, don de Dieu éternel, par lequel tu vaincras les adversaires de mon peuple. »

Alors le roi doit porter cette épée à l'autel et l'offrir très-humblement; et ce signifie qu'il ne mette pas son espérance en lances, glaives, ni épées, mais en Dieu, auquel il attribue tout le fait de victoire, comme disait saint Martin : Non galea tectus, neque gladio munitus, oves hostium penetrabo securus. Pour cette victorieuse foi, eurent les nobles rois de France jadis en ordonnance et coutume de porter dans les batailles la chappe de M. saint Martin , laquelle était de laine. Et la gardaient les prêtres en signe de reliquaire, par grande dévotion , pourquoi on cessa à les appeler prêtres , et eurent nom chapelains , pour la révérence de ladite chape, qui était de laine. Pour ce sont dits chapellains, et est ce mot composé de chappe et de laine (1).

Et ce que le roi reprend l'épée de la main de l'archevêque et la donne au senechal de France à porter devant lui , ce signifie que ce qu'il en usera est par l'autorité de Dieu, à lui commise et ordonnée.

Ces choses devant dites ainsi faites , et le chrême mis sur l'autel, sur une patène consacrée, l'archevêque doit appareiller la sainte ampoule sur l'autel, et en doit tirer avec une aiguille d'or quelque peu de l'huile envoyée du ciel et la mêler avec grand soin au chrême qui est préparé pour oindre le roi.

Ce devant dit chrême signifie l'onction du Saint-Esprit envoyé aux apôtres le jour de la Pentecôte; de quoi on chante en l'église, disant : SU laus Pater cum Filio, nohisque mittat Filins carisma sancti Spiritus. Ce que on la met sur la patène, signifie la ferme solidité de conscience où il est reçu, et en cette mixtion de l'ampoule et dudit chrême

(1) Naïve étymologie qui nous rappelle la plupart de celles de Raoul de Presles dans son Commentaire sur la Cité de Dieu.

etl.

ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 389

est signifiance de mixtion de la royauté avec la prêtrise, de quoi il est écrit : Vos estis genus electum, regale sacerdotium.

Et pour cela on doit faire mixtion de ces deux oignements avec grand soin , et de cet oignement oindre le roi en grande dévotion. Et en ce, il est évident qu'il est le plus digne roi et plus glorieusement oint que nul autre. Et est sur tous autres privilégié de divine onction envoyée du ciel.

Et pour cela, quand on lui a deffermé les ouvertures de sa cotte et de sa chemise, il se met à genoux, pour recevoir plus humblement et enplus grande dévotion son onction.

Et ce qu'il est oint en quatre endroits signifie qu'il doit avoir quatre vertus cardinales en tous ses faits royaux, si comme eut le roi Salomon ; et pendant qu'on l'oint , les chantres doivent chanter cette antienne : Inuxerunt regern Salomonem.

Et après on doit lui refermer ces ouvertures , en signifiance qu'il enclôt au dedans de lui-même lesdites vertus. C'est assavoir : justice et tempérance, miséricorde et espérance.

El adonc le chambellan de France doit vêtir le dit roi des devants dits ornements apportés par le dit abbé de Saint-Denis , et doit avoir au sac une ouverture pour mettre la main droite libre, afin qu'il puisse plus prestement mettre la main pour ôter son chaperon quand il passe devant le saint corps de Jésus-Christ ou par devant quelque église ou sanctuaire, ou pour faire autre révérence à Dieu. Car tout honneur et toute révérence doit être en tel prince , de quoi dit le philosophe que honor est in honorante.

Ce que la main gauche doit être couverte de l'autre partie du dit sac ou manteau, démontre que les biens secrets qu'il fait doivent être au monde cachés, selon ce que dit l'Evangile : Cum facis elemosinam , nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua.

Après cela , l'archevêque lui met en la main droite le sceptre et en la gauche la verge, ce qui signifie que le sceptre dénote majesté et puissance royale, qu'il doit gouverner pour rectitude de justice. Et pour cela, il tient en la main gauche la verge droite. Enfin, on appelle les pairs de France qui sont autour du roi en signifiance des forts hommes qui étaient autour de Salomon : Omnes tenentes gladios, ad hella doctissimi. Car, s'ils ne tiennent les épées promptement , ils sont prêts du moins à la prendre quand il en est temps pour défendre le roi et le royaume avec une grande hardiesse.

L'archevêque met la couronne sur la tête du roi , et après que ladite couronne est mise sur la tête du roi par l'archevêque, tous les pairs,

tant prélats comme chevaliers, doivent mettre les mains pour la soutenir tout environ sans feintise, et tôt et appertement selon TEscriture qui dit : Et in circuitu et intus plena sunt oculis. C'est-à-dire que , dans la maison royale et environ , sont toutes les offices pleines d'yeux pour entendre au bon gouvernement du royaume. En telle manière, le meinent les nobles seigneurs seoir en une chaire haute bien parée en lieu bien apparent, afin qu'il puisse être vu de toutes parties, et là, il est intronisé. Adonc, vient Tarchevêque par devant et le baise, et après les pairs évêques, et après les autres pairs séculiers. Et c'est pour montrer qu'ils lui font hommage et qu'ils ont avec lui union paisible et amiable. Et le roi étant ainsi assis , les devant dits pairs séculiers tenant leurs mains en la couronne, l'archevêque lui ceint l'épée, si comme dessus est dit, en disant les oraisons à ce propres , et à toutes les autres choses faire, sont oraisons spéciales au Pontifical del'évêque, et de l'onction des mains du roi et de la bénédiction des gants , si comme il est dit par ordre au dit Pontifical. L'onction des mains fut figurée quand David dit : Benedictus Dominus Deus meus, qui docet manus meas ad prœlium et digitos meos ad bellum.

Après on appareille les gants et on les bénit , et puis l'archevêque les lui met aux mains ointes, pour garder le saint chrême contre un attouchement étranger. Il y en a qui disent qu'on doit essuier les endroits oints, de coton, et ensuite mettre les gants aux mains.

Et pour ce que le roi de France est spécialement oint aux mains outre les rois , on lui met les gants sur les mains en peinture à leurs images.

Ce cognut monsieur S^ Louis, quand il fut en prison des Sarrazins outre mer , et on lui demanda qu'il choisît quand il voulait laver, avant de manger ou après, il choisit après manger, puisqu'il ne. pouvait qu'une fois laver. Et après ce qu'il avait lavé , il mettait des gants à ses mains en reconnaissance du saint chrême ou sainte onction, à qui il devait révérence.

Pour semblable cause, après l'onction de la tête, l'archevêque lui met la coiffe sur la tête , et il doit toujours la porter en signe qu'il a reçu la sainte onction à la tête, et de plus digne sainteté. Et, afin qu'il en ait toujours mémoire, il doit porter coiffe toute sa vie, et sa tête ne doit point être rasée par le rasoir. Car il est consacré à Dieu comme un saint xNazaréen; pour ce, il doit être vêtu largement, atin que les vêtements étroits ne pompent l'onction des épaules et de la poitrine, et la première chemise doit être brûlée, afin que le chrême n'ait aucune contagion moins honnête. Car elle touche le corps pénétrativement tant que jusqu'à l'ame en va le parement. '

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Et pour ce on bénit en dernier lieu Panneau , et l'archevêque le lui met au doigt en disant : Accipe annulum , signaculum videlicet sanctœ fidei, soUditatem regni. Et puis il lui met le sceptre en la main droite, en disant : Accipe sceptrumregiœ potestatis , etc.

Après avoir dit les deux oraisons , Tarchevêque lui met la verge à la main gauche, en disant : Accipe virgam virtutis, etc. Aussi LE ROI CONSACRE le chancelier, s'il est présent, ou l'archevêque, en son absence, doit appeler les pairs par ordre. Et premièrement, les laïques, et puis les prélats.

Et iceux se tenant debout environ , il doit mettre la couronne sur la tête du roi, et les devant dit pairs y doivent toucher, comme il a été dit, en la soutenant, et l'archevêque doit dire : Accipe coronam regni. In nominePatris, et Filii, et Spiritus sancti, ut, spreto hoste antiquo, etc. Et l'autre oraison : Accipe, inquam, coronam. Et plusieurs bénédictions dites, qui sont au Pontifical. L'archevêque doit mener le roi par la main par le chœur de l'église, accompagné des devant dits pairs, jusques à sa chaire, et l'archevêque doit le mettre seoir en cette chaire, en disant cette oraison : S ta et rétine amodo statum quem hue usque paterna subjectione tenuisti hereditario jure.

Et quand il vient à cette clause : te mediatorem cleri et plebis, adonc il doit le faire asseoir en le tenant par la main, et ainsi est intronisé. Et dans quelques autres royaumes, on chante Te Deum ; mais en cette consécration on le chante avant, comme on l'a dit ci-dessus. Et en ce point ci, après l'intronisation, l'archevêque dit : Firmetur tua manuset justitia et judicium preparatio sedis tuœ. Et après, il doit dire cette oraison : Deus qui victrices. Laquelle oraison étant dite , les pairs doivent se retirer un moment , afin que chacun puisse voir le roi intronisé. Et adonc, l'archevêque ayant ôté sa mitre, doit baiser le roi et crier à haute voix : Vivat Rex in œternum , et après les pairs prélats et puis les pairs laïques. Et ainsi, le roi demeurera environné de ses pairs seans en leur ordre, les laïques adroite et les prélats à gauche, jusqu'à temps que laroynesoit sacrée , car elle doit l'être.

Le premier siège des pairs est à gauche , l'archevêque de Rheims est le second. L'évêque de Laon doit aller chercher le roi en sa chambre avec l'évêque de Beauvais, et ils doivent l'amener avec respect, portant des reli(iues pendues à leur cou, et en approchant du roi, l'évêque de Laon doit dire cette oraison : Omnipotens sempiterne Deus, etc.

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