PE LA CONSECRATION DE LA REINE DE FRANCE
La reine doit être consacrée incontinent après la consécration du roi. On lui doit préparer une chaire , sur Téchafaut du roi , à gauche , mais non pas si haute que celle du roi , et la doivent aller chercher deux autres évéques avec la même solennité que pour le roi , et quand ils l'ont amenée devant l'autel, elle doit se mettre à genoux et s'accouder inclinée, et là doit faire son oraison. Et, s'il lui semble bon, elle peut ainsi former sa prière :
L'Oraison de la Reine à Nôtre Dame.
Très douce glorieuse vierge Marie qui , par votre douceur et bénigne humilité, acquîtes l'amour du Roi souverain tant qu'il vous fit mère et fille de son Fils, et vous oignit souveraine reine par le mystère du Saint- Esprit, je vous demande humblement de cœur, et supplie qu'il vous plaise de m'accorder grâce par devers lui , afin que je puisse aujourd'hui recevoir telle bénédiction et onction par quoi mon cœur soit de vertus orné , et que je puisse faire son plaisir et de mon seigneur aussi, et que nous puissions tellement gouverner le royaume et tels enfants ensemble engendrer, nourrir et élever, que son nom en soit honoré et le peuple en paix gardé. Et après cette mortelle vie, le royaume de paradis nous soit donné et octroyé. Amen.
Et si elle avait quelque autre oraison particulière, elle pourrait la dire. Et puis, après qu'elle aura fait son oraison devant dite à N. D., elle doit faire l'autre à Dieu par cette forme :
Autre Oraison à Dieu.
Très doux Dieu, roi puissant, glorieux, qui voulûtes la reine Hesther élever, pour la consolation du peuple d'Israël , et lui donnâtes grâce et amour envers le roi Assuérus sur toutes les autres, je vous supplie humblement que vous veuilliez me regarder en pitié et donner grâce d'acquérir votre amour et celui de monsieur, et le bien garder, et aujourd'hui cette bénédiction de sainte onction tellement recevoir, que ce soit augmentation de vertus et destruction de péchés, et que je puisse de monsieur telle lignée avoir qui soit ordonnée à vous servir et sainte Eglise, et tellement ce royaume gouverner, que vous en ayez la gloire, et nous en soyons, après cette mortelle vie, en paradis couronnés. Amen.
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 393
Après , en se levant , elle se doit incliner vers l'autel et faire le signe de la croix. Alors les évêques doivent la mener vers l'autel , et l'archevèfjue doit sur elle inclinée dire ses oraisons : Adesto Domine, etc.; Omnipotens sempiterne Deus , etc.; Deus qui solus , etc. Et quand on vient à l'onction de la reine, sa robe doit être nouée par devant, et pour la vergogne féminine elle ne doit pas être dépouillée comme le roi, mais en grande honnêteté, la plus prochaine et familière d'elle lui doit délacer sa robe, sa cotte et sa chemise, de manière à ce que l'archevêque, après qu'il l'aura ointe à la tête, la puisse oindre à la poitrine, seulement de l'huile et non de l'ampouUe, en faisant trois croix, en disant : Jn nomine Patris, etc. Et après , l'archevêque doit dire celte oraison : Spiritus sancti gratta, etc.; Deus Pater œterne, etc. Après, l'archevêque doit prendre l'anneau et le lui mettre au doigt , en disant : Accipe annulum, etc.; De cujus est, etc. Alors l'archevêque lui donne le sceptre un peu plus petit que celui du roi , et une verge , en disant : Accipe virgam virtutis; et après, il doit dire cette oraison : Omnipotens sempiterne Deus. Après cela, l'archevêque seul doit lui mettre la couronne sur la tête, en disant : Accipe coronam.
Et alors les barons doivent mettre la main pour soutenir la couronne, et l'archevêque doit dire en poursuivant, cette oraison : Domine , sancte Pater.
Lesquelles oraisons étant finies , les barons doivent prendre la reine ainsi couronnée et sa poitrine reclose et refermée, avec la compagnie des nobles seigneurs et dames , en soutenant la couronne , doivent la mener en sa chaire à la gauche du roi, appareillée : et avant qu'elle soit lacée, elle doit s'incliner vers le roi à un genou, et devant Dieu à deux.
Ces choses accomplies, on doit chanter la messe solemnellement , et à l'évangile, le plus élevé des archevêques ou des évêques leur doit porter à baiser : premièrement au roi , et puis à la reine , et après doit la reporter à l'archevêque qui chante la messe.
Et quand vient l'offrande , on doit mener le roi et la reine de leurs échafaux, pour faire leurs offrandes, et ils offrent le pain et le vin et un vase d'argent et xi deniers d'or.
Et sont XI pour le nombre des apôtres , qui demeura xi après que Judas se pendit , afin que Dieu les garde de trahison. Ou bien , cela signifie que le roi représente les xu apôtres, destiné à convertir les mécréans par l'épée s'il en est besoin, et défendre la foi avec le glaive matériel. Cette offrande est aussi pour ce que , à l'onction du S^ Esprit envoyé de Dieu , furent xi apôtres.
La reine représente la vierge Marie, laquelle y fut, bien qu'on n'en fasse pas mention pour la prochaineté. Car, quand il eut plusieurs autres témoins, il n'était d'aucune nécessité qu'elle fût nommée à la paix.
Celui qui aura porté l'évangile doit prendre la paix de la bouche ôc celui qui chante la messe et doit la porter au roi , de sa bouche et la reine du livre, en leurs sièges. Et après, tous les archevêques et évêquis doivent l'un après l'autre donner le baiser de la paix au roi séant en sa chaire. Mais avant que le prélat qui chante la messe dise : Pax Domini, il doit faire la bénédiction sur le roi et sur la reine et sur le peuple, par ces oraisons : Benedicat tibi Dominus, etc.; Clerus, populus, etc.; Quatinus Dominus, etc.
Et après la paix donnée et la dite bénédiction faite, et après que le prélat aura pris la s'^. communion , le roi et la reine doivent descendre de leur échafaut et venir humblement à l'autel, et prendre de la main de l'archevêque le corps et le sang de N. S.
Et en ce est démontrée la dignité royale et sacerdotale. Car on ne donne à nul autre, s'il n'est prêtre, le sang séparément.
Or doivent donc penser, la grande dignité et honneur en quoi Dieu les a élevés, et le reconnaître par devers Dieu et pour signifiance d'humilité et de soumission à Dieu.
Quand la messe est finie , l'archevêque ôte leurs couronnes de leurstêtes et les insignes de la royauté, et leur met sur la tête d'autres petites couronnes, et ainsi parés , ils s'en vont au palais, l'épée nue étant portée devant eux, et ensuite on commande de garder les parements devant dits, jusques à la mort d'iceux et pour les enterrer dedans.
Cy ensuit la bénédiction de la bannière royale :
Inclina Domine aurem tuam ad preces nostrœ humilitatis,et piè intuentur beati Michaeli archangeli omniûmque celestiûm virtutûm sed et beatorûm martyrûm Dijonisil , Rusticii et Eleutherii omniûmque sanctorûm tuorûm; prœsta nobis auxilium dextere tuœ, ut sicut benedixisti Abraham adversus quinque reges triumphantem atque dominum regem in tut no~ minis laudem triumphales congressus exercentem, ità bene -j- dicere et sanctif ficare digneris hoc vexillum quod ob defensionem regni et sanctœ Ecclesiœ contra hostilem rabiem dcfertur quatinus in nomine tuo fidèles et deffensores populi Dei illud conséquentes per virtutem sanctœ crucis ' triumphum et victoriam se ex hostibus acquisisse lœtentur. Qui cum pâtre, etc.
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 395
Cette bénédiction doit être faite sur la bannière royale à Rheims, et près sur Toriflamme (1) à S^ Denys en France. Quand le roi veut aller n bataille, contraint par nécessité de la foi défendre, ou FEglise , ou loiir la défense de son royaume qui est la sainte colonne , en fermeté le S^® Eglise. Car, tant comme Dieu voudra que le royaume de France
(1) Guillaume Guiard, dans son roman des Royaux Lignages, dit, en parmi de Toriflamme :
Oriflamme est une baniere Aucun poi plus forte que guimple, De cendal roujoiant et simple , Sans pourtraiture d'autre affaire.
Et cette bannière fut ainsi appelée ^aurea flamma (Guillaume-le-Breton, ivre 12 de sa Philippide) :
Ast Régi satis est tenues crispare per auras Vexillum simplex , cendato simplice textum , Splendoris rubei, Letania qualiter uti Ecclesiana solet, certis ex more diebus. Quod cum flamma habeat vulgariter aurea nomen, Omnibus in bellis habet omnia signa prseiré.
Un ancien Inventaire du Trésor de Saint-Denis, rapporté par D, Doublet Hist. de l'Abh. de Saint-Demjs), contient cet article : « Estendard d'un cendal ort espais , fendu par le milieu en forme d'un gonfanon , fort caduque, enveopp6 autour d'un baston couvert d'un cuivre doré , et un fer longuet, aigu au )Out. » (V. aussi Raoul dePresles, trad. de la Cité de Dieu, )
Le nom ù'auriflamme donné à cet étendard de nos rois lui vient de la flamme 'or qui y était empreinte. Pierre Pithon , dans ses Comtes de Champagne et le Brie , p. 724 , dit : « Nos rois faisaient porter en guerre avec eux la chape le S. Martin, comme depuis ils se sont armés de l'oriflame, ou oriflamme^ dé- •ivé du mot flammula, dont use Végèce, ou plustot cpXàp.7roupov ou cpXàfjioTjpov les derniers Grecs, et Moschopulus, 7r£p\ oy(z^S>v ctifxèia. Et estoit une hante, m glaive doré, avec une bannière vermeille au bout, qu'ils avoient accou- ,umé^de prendre de dessus l'autel de S. Denys en France, par les mains le l'abbé du lieu, avec grande solemnité, et la bailler en la main d'un preul'homme et vaillant chevalier, qui faisait serment de la garder à l'honneur iu roi et de son royaume. Cela ay-je apprins d'une ancienne harangue faite i un de nos rois , en prenant cette oriflamme ; et des Annales de Rigordus ■Rigord), natif de Languedoc, médecin de Philippe Dieu- donné (Auguste), 50US l'année M. C. XC; ensemble de l'Histoire de la Bataille de Bovines, desîrite dès lors en vers latins par un poète françois (Guillaume-le-Breton ; V. sa ?hilippide), desquels il semble que messire Raoul de Presles l'a emprunté, pour le rapporter de mot à autre au Prologue de sa translation ( traduction ) française du livre de 9. Augustin de la Cité de Dieu, dédiée au roi Charles Cinquième. »