LA MITRE
Ancien habillement de tête , commun à toutes les nations, et propre aux hommes et aux femmes. Espèce de bonnet rond ayant deux cordons qui servaient à le serrer autour de la tête ; garni , depuis , de deux cartons qui se terminent en pointe, l'un par devant et l'autre par derrière, pour le tenir en état, avec un fond de toile ou de futaine, de taffetas ou de quelque autre étoffe qui, n'ayant pas assez de consistance et de solidité, s'est insensiblement abaissée, en sorte que le devant et le derrière du bonnet ont été surmontés par les cartons, dont les pointes ou cornes
(1) V. Thiers, Hist. des Perruques, § H, Des Mitres, p. 51 à 66 inclus.
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 437
se sont enfin élevées peu à peu à la hauteur prodigieuse où nous les voyons maintenant. Les deux fanons ou bandes qui sont au derrière de la mitre ne sont autre chose que les cordons qui servaient autrefois à lier le bonnet autour de la tête, et que Virgile (^neïd., 9) appelle redimicula. Ce bonnet, appelé mitre, était donc d'abord un habillement de tête purement profane et sécuUer. Vers le X^ siècle , les ecclésiastiques et surtout les évêques commencèrent à se l'approprier; jusque là que les abbés , qui, principalement depuis le X^ et le XP siècles, affectèrent beaucoup les ornements épiscopaux, et, en un mot, tout le dehors des évêques, eurent besoin de la permission du Pape pour porter cette sorte d'habillement de tête dans les fonctions ecclésiastiques. Les évêques en étaient coiffés continuellement, même pendant les repas. Les papes l'avaient aussi aux audiences publiques, au consistoire , etc. Enfin , il n'a plus guère été d'usage dans la suite qu'à l'autel, aux processions et en quelques autres fonctions épiscopales. 11 n'y eut donc presque plus que les évêques et les abbés réguliers qui , jusqu'à la fin du XVllP siècle , furent en possession de cette forme de bonnet, et encore quelques églises où la mitre subsista toujours même parmi le clergé inférieur et jusqu'aux chantres ou choristes. Les enfants de chœur de l'église de Vienne en Dauphiné la portaient encore au commencement du XVP siècle, suivant l'Ordinaire de cette église de 1524'.