‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 124 sur 128 · LA CROSSE · texte numérisé non relu

LA CROSSE

Bâton pastoral dont se servent les évêques dans les cérémonies. Quelques auteurs supposent cet usage établi dès le temps des apôtres ; mais cela n'est pas exact : on ne trouve point qu'il en soit fait mention avant le XIP siècle. On donnait la crosse et l'anneau à l'évêque, en le mettant en possession de sa juridiction épiscopale. Chez les Grecs, il n'y avait que les patriarches qui portassent des crosses ; chez les Latins, au contraire , les abbés se sont aussi arrogé le droit d'en porter. Les premières crosses n'étaient que de simples bâtons qui avaient la forme d'un T {tau en grec), dont on se servait pour s'appuyer; depuis, on les a faites plus longues, recourbées par le haut et pointues par le bas. Autrefois elles n'étaient que de bois et toutes simples; depuis, on les a ornées de différentes manières et couvertes d'argent et quelquefois d'or (1).

(1) Louis Thomassin, Discipl. eccles., t. 1, 1. 2, c. 58, n» 2. — Dans le testament de S. Rémi, rapporté dans l'Histoire de Flodoard, 1. 1, c. 18, il est

A propos des crosses de bois de la primitive Eglise, on lit ce quatrin dans rilistoire du Nivernois, de Guy Coquille :

Au temps passé du siècle d'or , Crosse de bois, évesque d'or.

Maintenant changent les loix , Grosse d'or, évesque de bois.

C'est la traduction popularisée de la célèbre réponse de saint Boniface. «Interrogé, dit Du Saussay (Panoplia sacerdotalis , 1. YIII, c. v, p. 193), pour savoir s'il était permis d'offrir le saint sacrifice dans des vases de bois , il répondit : Jadis des prêtres d'or se servaient de calices de bois ; maintenant, au contraire, des prêtres de bois se servent de calices d'or. )) [Interrogatus si liceret in vasculis ligneis sacramenta conficere, respondit : Quondam sacerdotes aurei.ligneis calicibus utebantur, nunc e contra lignei sacerdotes aureis utuntur calicibus.] Apophthegme que Durand exprime ainsi : [Sane in priraitiva Ecclesia sacrificium fiebat in vasis ligneis et vestibus communibus , tune enim erant lignei calices et aurei sacerdotes ; nunc vero e contra est.] (V. Rational, cap. III , n° XLiv, p. 103.)

Hugues de Sâint-Yictor (1) décrit ainsi la forme de la crosse : « Le bâton pastoral signitie , par sa forme droite , une conduite juste ; et, comme une partie en est recourbée et l'autre pointue, cela montre que l'évêque doit commander à ceux qui sont soumis et combattre les rebelles. De là vient qu'on dit :

Gurva trahit mites, pars pangit acuta rebelles.

« Le bout courbé attire les doux, le pointu aiguillonne les rebelles. » « Et encore :

Gurva trahit, quos curva régit, pars ultima pungit.

« Le bout courbé attire ceux qu'il gouverne, le pointu les aiguillonne. »

fait mention d'une crosse d'argent façonnée, argenteam cambutam figurutam. Nos évêques avaient donc,. dès ce temps-là, des crosses d'argent travaillées avec art, comme celles d'à présent. Le pape Jean VIII, dans le Concile de Troyes, cil il était présent, parle de la crosse comme de la marque de l'autorité épiscopale (an. 878, t. 2, Capitular. col. 274). La forme de la crosse a donné lieu à ce vers , qui en est l'explication mystique :

Gurva trahit mites, pars pungit acuta rebelles.

« Le bout crochu attire les fidèles , Et le pointu repousse les rebelles , »

comme le traduit Bocquillot ( loc. cit., p. 169 et 170). (1) Spéculum Ecclesiae, cap. 6.

ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 439

« Et enfin :

Attrahe per carvum, medio rege, punge per imum.

« Attire par le bout recourbé, conduis avec le bâton droit, aiguillonne et presse avec rextrémité pointue. »

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