III. Voilà pourquoi aussi le roi Ezéchias brisa le serpent
(a) Durand , qui n'était pas à même de connaître aussi bien la symbolique orientale que l'occidentale, nous semble s'être mépris en cet endroit sur une particularité de l'iconographie chez les Grecs. Les orientaux ne représentent à mi-corps que Dieu le Père et le Fils, et parfois la sainte Vierge, qu'ils nomment Travayca {la toute sainte). Ces représentations ont souvent plus de quatre pieds de hauteur, et égalent en grandeur les personnages saints ou anges représentés auprès d'elle. C'est une manière usitée chez les Grecs, pour faire comprendre quelle distance il y a entre la sainteté et la puissance du Père, du Fils ou de la sainte Vierge sa mère , et celles des autres saints.
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d'airain que Moïse avait élevé, parce que ce peuple^ contre le précepte de la loi, faisait brûler de l'encens devant lui.
IV. On voit donc, par ces autorités et par d'autres semblables, que le trop grand usage des représentations est réprouvé; car l'Apôtre dit, dans sa première Lettre aux Corinthiens : <( Nous savons, en effet, qu'il n'y a rien à attendre des idoles « dans ce monde, et qu'il n'y a qu'un seul Dieu. » Et les simples et les faibles pourraient être facilement entraînés à l'idolâtrie par le trop grand et indiscret usage des peintures ou des sculptures. Ce qui a fait dire à la Sagesse : c( On ne doit pas de « respect aux idoles des nations , parce que les créatures sont (( employées par elles à porter à la haine de Dieu et à tenter (( l'ame des hommes ; enfin, elles sont comme un piège pour (X les pieds des hommes insensés. » Mais il n'est point blâmable d'user modérément des peintures pour représenter le mal qu'on doit éviter et le bien qu'on doit imiter. Voilà pourquoi le Seigneur dit à Ezéchiel : « Entre et vois les plus grandes « abominations qu'ils commettent. » Et, étant entré, il vit toute une peinture de reptiles et d'animaux , et l'abomination et toute l'idolâtrie peintes sur la muraille de la maison d'Israël. Or,'Grégoire, expliquant et exposant cela (in Pastoralî^Hh. II, cap. XX ) , dit : ce Les représentations des choses extérieures ce attirent Dieu dans l'intérieur de l'ame; et, en quelque sorte, a tout ce que l'on pense, en voyant de feintes images, se « peint dans le cœur , s'il n'est plus vrai de dire que l'objet « auquel on pense avec attention dans son cœur se peint à « nos yeux d'images fictives. y> Le Seigneur dit encore au même Ezéchiel : a Prends une pierre et place-la devant toi , a et tu traceras dessus la cité de Jérusalem. » La parole suivante de l'Evangile prévient ce qui a été dit, à savoir : que les images sont les livres des laïques : ce Ils ont , dit le Christ , I a Moïse et les prophètes , qu'ils les écoutent. » On parlera aussi de cela dans la quatrième partie , sous la troisième particule du canon, au mot Servitutis. Le concile d'Adge (De con-
sec. y dist. III, cap. Placuit) défend de faire des peintures dans les églises, et de peindre sur les murailles ce qu'on honore et ce qu'on adore. Mais Grégoire [De consec.y dist. m, cap. Perlatum) dit : qu'il n'est pas permis de briser les peintures sous le prétexte qu'elles ne doivent pas être adorées , car on voit que la peinture émeut plus l'esprit que l'écriture. En effet, par la peinture , le fait accompli est placé devant les yeux, tandis que par l'écriture la chose arrivée est rappelée à la mémoire en quelque sorte par ouï dire, ce qui émeut moins l'ame. Voilà pourquoi aussi dans l'église nous ne témoignons pas un si grand respect pour les livres quB pour les images et les peintures.
V. Des peintures ou des représentations , les unes sont sur l'église, comme le coq ou l'aigle ; les autres hors de l'église, à savoir : aux portes et au front du temple^ comme le bœuf et le lion ; les autres enfin au dedans , comme les bas-reliefs et les divers genres de sculptures et de peintures que l'on fait, ou sur les vêtements, ou sur les murs, ou sur les vitraux ; de quelques-unes desquelles il est dit dans le Traité de l'Eglise, qu'elles ont été prises et imitées du tabernacle de Moïse et du temple ou de l'époque de Salomon. Or, Moïse écrivit; mais Salomon écrivit et peignit , et il orna les murs du temple de ciselures et de peintures.
VI. Et il faut savoir que l'on peint surtout l'image du Sauveur dans l'église de trois manières , qui sont les principales et les plus convenables de le r^résenter, savoir : ou assis sur un trône , ou suspendu au gibet de la croix , ou en quelque sorte assis dans le sein de sa mère et reposant sur ses genoux. Or, parce que Jean-Baptiste montra le Christ avec le doigt, en disant : « Voici l'agneau de Dieu , » quelques-uns représentaient le Christ sous la figure d'un agneau, (c Cependant, comme (( l'ombre a passé et que le Christ est vraiment homme , dit le (( pape Adrien [De consecrat.y dist. m, cap. Sextam), nous c( devons le peindre sous la forme d'un homme. » Car ce n'est
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pas l'agneau de Dieu qu'on doit représenter principalement sur la croix ; mais, après y avoir mis un homme , rien n'empêche de peindre un agneau dans la partie inférieure ou postérieure, puisqu'il est le véritable agneau qui porte les péchés du monde. C'est donc de ces manières, et de diverses autres, que l'image du Sauveur est retracée , à cause des différentes significations qu'elle entraîne avec elle.
VII. Car, peint dans la crèche , il rappelle sa nativité ; sur le sein de sa mère, nous voyons son enfance ; peint ou sculpté sur la croix , c'est sa passion ; et quelquefois on met près de la croix le soleil et la lune en éclipse, pour désigner sa patience ; peint montant des degrés, c'est son ascension ; représenté comme assis sur un trône ou sur un siège élevé , il indique sa présente majesté et la puissance qu'il possède désormais, comme s'il disait : a Toute puissance m'a été donnée dans le (( ciel et sur la terre ; » selon cette parole : ce J'ai vu le Seic( gneur assis sur un siège élevé, etc., » c'est-à-dire : ce Le Fils c( de Dieu régnant sur les anges ; » selon cette parole : ce Toi ce qui es porté sur les ailes des chérubins. » Et quelquefois on le peint ainsi que le virent Moïse et Aaron , Nabad et Abiu ; à savoir, sur la montagne ; et , sous ses pieds , il y avait en quelque sorte un marche-pied de saphirs , dont l'éclat était celui d'un ciel serein. Or, parce que, comme le dit saint Luc : c( Alors ils verront le Fils de l'Homme qui viendra sur une « nuée avec une grande puissance et une grande majesté, » voilà pourquoi on le peint entouré d'anges qui le servent toujours et sont sans cesse à ses côtés. On les représente avec six ailes , d'après ce passage d'Isaïe : ce Les séraphins se tenaient c( debout auprès de lui ; ils avaient chacun six ailes ; deux leur ce servaient pour voiler leur face , deux pour cacher leurs pieds ce et deux pour voler. »
VIII. On représente aussi les anges à la fleur de l'âge et dans une tendre jeunesse; car ils ne vieillissent jamais. Quelquefois ; encore on peint l'archange Michel foulant aux pieds un dragon.
selon ces paroles de Jean , dans l' Apocalypse : « Il y eut une (( grande bataille dans le ciel ; Michel combattit avec le dragon. » Ce combat est la séparation des anges , la persévérance et l'affermissement des bons, et la ruine des méchants; ou bien c'est dans la présente Eglise la persécution que souffrent les fidèles. Quelquefois aussi on représente autour de Dieu vingtquatre vieillards , d'après la vision du même Jean ; ils sont vêtus d'habits blancs et portent sur leurs têtes des couronnes d'or; ces vieillards représentent les docteurs de l'ancienne et de la nouvelle loi , qui sont douze pour leur foi à la Trinité, qu'ils annoncent et proclament dans les quatre parties du monde ; et ils sont vingt-quatre à cause des bonnes œuvres et des observances de l'Evangile. Lorsqu'on leur met des lampes dans les mains, cela représente les dons de l'Esprit saint; et si l'on étend sous leurs pieds une mer transparente , cela figure le baptême.
IX. Parfois encore on représente quatre animaux , d'après la vision d'Ezéchiel et de saint Jean. On place la figure de l'homme et du lion à droite, celle du bœuf à gauche, et celle de l'aigle au-dessus des quatre autres. Ce sont les quatre évangélistes. Voilà pourquoi on les peint avec des livres à leurs pieds , parce qu'ils ont accompli dans leur ame et par leurs œuvres ce qu'ils ont enseigné par leurs paroles et leurs écrits. A Mathieu appartient la figure humaine ; Marc a celle du lion. On place ces deux personnages à la droite du trône de Dieu, parce que la naissance et la résurrection du Christ furent une joie générale pour tous. Voilà pourquoi on lit dans le Psal-r miste : « L'allégresse a éclaté au matin. » Luc, c'est le veauj parce qu'il a commencé son livre en parlant du prêtre Zacharie, et a traité plus spécialement que les autres évangéHstes de la passion et de l'hostie du Christ. Car le veau est l'animal propre aux sacrifices des prêtres; on compare aussi saint Luc au veau, à cause de ses deux cornes; en effet, son livre contient les deux testaments ; le veau a quatre ongles aux pieds, et
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l'évangile de Luc contient les sentences des quatre évangélistes. Par le veau est encore figuré le Christ, qui fut immolé pour nous comme un veau ; et on le place à gauche, parce que la mort du Christ fut triste aux apôtres. On parlera de tout cela dans la septième partie, au chapitre des Evangélistes , et l'on y dira de quelle manière le bienheureux Marc doit être représenté. Jean a la figure d'un aigle, parce qu'il prend son vol vers les régions les plus élevées , lorsqu'il dit : « Dans le prince cipe était le Verbe. » Cela signifie aussi le Christ , dont la jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle, parce que, ressuscité d'entre les morts, il fleurit et entre dans le ciel; ici, l'aigle n'est pas représenté auprès du trône de Dieu , mais audessus de lui, parce qu'il figure son ascension et qu'il proclame que le Verbe est en Dieu. Mais on dira dans la septième partie , au chapitre des Evangélistes , pourquoi chacun des mêmes animaux avait quatre faces et quatre ailes, et comment on peut les peindre ; enfin on y traitera encore de tout cela d'une manière plus étendue.
X. Quelquefois aussi on peint autour du trône de Dieu, ou plutôt dessous , les apôtres, qui furent ses témoins jusqu'aux extrémités de la terre, par leur paroles et par leurs œuvres. Et on les peint chevelus comme les Nazaréens, c'est-à-dire les saints ; car voici la loi des Nazaréens : « Que , dès le temps « de leur séparation de la vie commune des hommes , le rasoir (( ne passe pas sur leur tête. » On les représente aussi parfois sous la figure de douze brebis, parce que , comme des brebis , ils ont été mis à mort pour le Seigneur. Mais les douze tribus d'Israël sont quelquefois aussi peintes sous l'image de douze brebis. Parfois, cependant, des brebis sont peintes en grand nombre, ou peu nombreuses, autour du trône de la majesté de Dieu ; mais alors elles figurent autre chose , selon cette parole de saint Mathieu (xx) , vers la fin de son évangile : « Lorsque c( le Fils de l'Homme sera venu dans sa majesté, alors il s'as- « seoiera sur le trône de sa gloire , mettant les brebis à droite
c( et les boucs à gauche. » On dira dans la septième partie , et à l'article de leurs fêtes, comment les apôtres Barthélemi et André doivent être représentés.
XI. Et remarque que les patriarches et les prophètes sont peints avec des rouleaux dans leurs mains , et certains apôtres avec des livres, et certains autres avec des rouleaux. Sans doute parce qu'avant la venue du Christ la foi se montrait d'une manière figurative , et qu'elle était enveloppée de beaucoup d'obscurités au dedans d'elle-même. C'est pour exj)rimer cela que les patriarches et les prophètes sont peints avec des rouleaux , par lesquels est désignée en quelque sorte une connaissance imparfaite ; mais , comme les apôtres ont été parfaitement instruits par le Christ, voilà pourquoi ils peuvent se servir des livres par lesquels est désignée convenablement la connaissance parfaite. Or, comme certains d'entre eux ont rédigé ce qu'ils ont appris pour le faire servir à l'enseignement des autres, voilà pourquoi ils sont dépeints convenablement, ainsi que des docteurs, avec des livres dans leurs mains, comme Paul, Pierre, Jacques et Jude. Mais les autres, n'ayant rien écrit de stable ou d'approuvé par l'Eglise , sont représentés non avec des livres , mais avec des rouleaux , en signe de leur prédication. Ce qui fait que l'apôtre dit aux Ephésiens : a Le (( Seigneur a fait les mis apôtres, les autres prophètes, quelce ques-uns évangélistes , et quelques autres pasteurs et doc- « teurs, pour l'œuvre de son ministère. »
XIÏ. Et quelquefois la divine majesté est représentée avec un livre fermé dans les mains, parce que personne n'a été trouvé digne de l'ouvrir, que le lion de la tribu de Juda; et parfois avec un livre ouvert, afin que chacun lise dedans ; car il est la lumière du monde, la voie, la vérité, la vie et le livre dci vie. Et on dira dans la septième partie, au chapitre des Evan-l gélistes, pourquoi Paul et Pierre sont représentés, l'un à la droite et l'autre à la gauche du Sauveur.