‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 42 sur 128 · IV. Cimetière [cœmeterium) tire son nom de cimen, doux · texte numérisé non relu

IV. Cimetière [cœmeterium) tire son nom de cimen, doux

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et sterion^ repos, car là reposent doucement les os des morts, et ils attendent Tavénement du Sauveur (18) ; ou parce que là sont les punaises [cimices), c'est-à-dire des vers puants outre mesure.

V. lloXuàvtîptûv ( polyandrium ) veut dire en quelque sorte pollutum antrum, un antre souillé, à cause des cadavres des hommes qui y sont ensevelis. Ou bien on entend par TcoXoàv^plov ['polyandrium) la multitude des hommes; car tcoXu signifie la pluralité, et ôm^oç les hommes; et, selon ce sens, c'est le vrai nom du cimetière , à cause de la multitude des hommes qui y sont ensevelis. On l'appelle aussi àv^poTro^^tç [andropoUs] ville des hommes, ce qui est la même chose.

VI. Le mot sépulcre [sepidchrum] veut dire en quelque sorte sine pulsu , sans pouls , parce que celui qu'on y met est privé du pouls, ou bien encore c'est le lieu où les os sont enfermés.

VIL Le mausolée {mausoleum) a été ainsi appelé d'un certain homme [a quodam) dont le nom était Mausdle , qui fut riche et puissant, et très-aimé par Artémise, son épouse , tellement qu'après sa mort elle lui construisit un sépulcre magnifique qu'elle appela Mausolée, du nom de son époux. Et c'est de là que s'es^ conservée la coutume de donner le nom de mausolée à toute sépulture magnifique.

VIII. Le dortoir [dormitorium) tire son nom de dormiendo, dormir, parce que là reposent les corps des saints qui meuretit dans le Seigneur. Tumulus , tertre , c'est comme si on disait terre enflée, lumens tellus, parce qu'après que l'homme a été mis en terre , on élève tant soit peu le sol au-dessus de ses restes pour en marquer la place. Monument ( r/ion^men^tmi ) est ainsi appelé parce que sa vue émeut l'ame, movet mentem, de quiconque le considère , et le fait souvenir qu'il est cendre et qu'il retournera dans la cendre. Prison [ergastulum] vient de spyov , fruits , campagne , ou de épyacjia , travail , soin , labeur, lucre et repos, c'est-à-dire délassement; car là reposent

les corps de ceux qui meurent dans le Seigneur; d'où vient cette parole : « Bienheureux les morts qui meurent dans le <( Seigneur, etc. »

IX. Sapxocpàyoç, sarcophagc, vient de ^àp, oapxoç, chair, et de «pàyeiv , manger, parce que la chair y est mangée , c'est-à-dire consumée. Pyramide [pyramis) vient de Trîîp, feu, parce que les corps brûlés par le feu et réduits en cendre y étaient conservés;, ou, parce que, de même que le feu commence large et s'élève en pointe , de même aussi la pyramide est une sorte de sépulture très-haute ; telle est à Rome celle dans laquelle les cendres de Jules-César furent déposées ; et le peuple l'appelle par corruption l'aiguille de saint Pierre {acus sancti Pétri) y tandis que^, cependant, elle devrait être appelée Julia, ou de Julius. César fit élever une semblable pyramide auprès de Tours, proche du rivage de la Loire, et y enferma les cendres d'un guerrier {cujusdam militis), son ami, tué dans un combat.

X. Et le tombeau [hustum) a tiré son nom de ce qu'il contenait ; car on y ensevelissait les bustes ( husta ) , ou corps humains. L'urne [urna) est ainsi nommée de l'usage où l'on était très-anciennement [antiquitus) de brûler les corps sur le bûcher et d'en conserver les cendres rasseiiiblées dans des urnes de terre. La caverne, ou caveau [spelunca)^ est quelquefois appelée double [duplex) , comme on le dira bientôt.

XL On dit que l'origine du cimetière remonte à Abraham, qui acheta un champ près d'Ebron, dans lequel était une double caverne où il fut enseveli lui-même avec Sara et Isaac, Jacob, Adam et Eve ; et il Tacheta, afin qu'elle servît de sépulture à lui et aux siens. Il y avait en ce lieu une double caverne, parce qu'on y ensevelissait deux personnes l'une auprès de l'autre, à savoir le mari et la femme , ou dans une les hommes et dans l'autre les femmes ; ou que cette double caverne était faite en forme de chaise, dans chacun des côtés de laquelle OQ^ ensevelissait tous les membres d'une famille, ce

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qui a fait dire à Jérôme que les trois patriarches furent ensevelis dans la cité d'Ebron , et dans une caverne double , avec leurs trois épouses ; et on les ensevelissait assis en quelque sorte, et la partie supérieure de la caverne , qui prenait le tronc audessus des reins , était appelée la première caverne , et la partie basse , qui prenait les pieds , les jambes et les cuisses, était appelée la seconde caverne.

XII. Or, tous ne doivent pas être indistinctement ensevelis dans l'intérieur de l'église ; car on voit qu'elle ne sert pas de lieu de sépulture , en dehors des sépultures sacrées. Car Lucifer fut précipité du haut du ciel et Adam jeté hors du paradis ; et quels lieux sont meilleurs pour eux que ceux qu'ils occupent, à savoir : le démon l'enfer, et l'homme la terre ? De même aussi , Joab fut tué dans le tabernacle , et Job triompha sur son fumier. De plus, on voit par l'histoire qu'il est dangereux qu'un pécheur indigne soit enseveU dans l'église ; car on lit dans un Dialogue du bienheureux Grégoire, liv. iv, chapitre 56, qu'un homme souillé de débauches avait été enterré dans l'église du bienheureux Faustin de Brescia ; et , la même nuit, le bienheureux Faustin apparut au gardien de cette église, lui disant : « Dis à l'évêque de jeter hors de l'église ces chairs c( fétides qu'il a placées en ce heu ; autrement il mourra dans ce trente jours, » Mais le gardien craignit de dire cela à l'évêque, et révêque mourut subitement le trentième jour. On lit encore au même endroit, chapitre 47, le trait d'un autre homme qui fut enseveli dans l'église , et dont le cadavre fut ensuite trouvé dehors , bien que les linceuls fussent restés à leur place. Et saint Augustin dit (XII, q. ii et cap. seq.) : a Ceux ce sur qui pèsent de grands péchés , s'ils se font ensevelir dans ce des lieux sacrés , auront de plus à être jugés à cause de leur ce présomption , parce que les lieux sacrés ne les délivrent pas, ce mais que la faute de leur témérité les accuse. » Donc, aucun corps ne doit être enterré dans l'église , ou près de l'autel où le corps et le sang du Seigneur sont préparés et offerts , à

moins que ce ne soient les corps des saints Pères qu'on appelle patrons, c'est-à-dire défenseurs; qui, par leurs mérites, défendent toute leur patrie ; et les évéques, et les abbés, et les prêtres dignes de ce nom, et les laïques d'une très-grande sainteté ; mais tous doivent être ensevelis autour de l'église, par exemple dans le vestibule, ou dans le portique, ou dans le chapitre, ou sous les voûtes qui tiennent à l'église au dehors (les charniers), ou bien enfin dans le cimetière, comme on le voit dans le canon Prœcipimus, et dans cet autre : Non œslimemus. Or, quelques-uns disent qu'un espace de trente pieds de circonférence autour de l'église doit être consacré à la sépulture des morts. Et les autres disent qu'il suffit pour cela du seul cercle que parcourt l'évoque en consacrant l'église. Saint Augustin dit, dans le livre : Du soin qu'on doit apporter à la sépulture des morts (De cura pro mortuis agenda), vers la fin : Qu'ensevelir un homme auprès des monuments élevés à la mémoire des martyrs , cela sert au mort en ce que , par la recommandation que l'on en fait au patronage des martyrs, l'affection que le saint témoin de Dieu concevra pour lui, augmentera le nombre des prières et donnera de la force aux supplications que l'on adressera à Dieu en sa faveur.

XIll. Très-anciennement (antiquîtus), on était dans la coutume d'enterrer les hommes dans leurs propres maisons ; mais, à cause de la puanteur des cadavres , il fut établi qu'ils seraient ensevelis hors de la cité ; et l'on consacrait à cela un lieu commun sanctifié par la religion . Les nobles étaient enterrés sur ^ les montagnes, et au'milieu, et à leurs bases, et chez eux. Au reste , si quelqu'un est tué dans un siège , il ne peut être mis dans le cimetière ; qu'on l'ensevelisse donc où l'on pourra. Et, si un commerçant ou un étranger meurt sur mer, et que la terre soit proche^ qu'on l'y ensevelisse ; que si le port est éloigné, qu'on l'enterre dans quelque île proche de là. Mais, si l'on ne voit pas la terre , qu'on lui fasse une maisonnette (domuncula) de planches, si l'on peut en avoir, et qu'on le jette dans la mer.

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XIV. Or, on ne doit ensevelir dans le cimetière des chrétiens qu'un chrétien haptisé, et encore pas tout chrétien; comme , par exemple , un homme tué par un maléfice , car le maléfice est un péché mortel ; ou en adultère , ou en vol , ou bien dans les jeux des païens, excepté pourtant le tournoi ; et l'on ne doit mettre dans le cimetière que les laïques d'une trèsgrande sainteté (19). Et c'est pourquoi, là où Ton trouve un homme mort, on l'ensevelira à cause du doute où l'on est de la cause de sa mort. Et si quelqu'un meurt subitement en se livrant aux jeux en usage , comme à celui de la balle ou de la boule ( ludo pilœ ) , il peut être enterré dans le cimetière, parce qu'il ne pensait à faire de mal à personne. Mais, parce qu'il était occupé aux divertissements de ce monde, quelques-uns disent qu'il doit être enseveli sans le chamt des psaumes et sans les autres cérémonies des morts. Si quelqu'un excite un autre à se disputer ou à se battre et vient à mourir impénitent, et sans demander le prêtre, il ne doit pas être mis dans le cimetière, comme disent quelques-uns, non plus que celui qui s'est donné la mort de sa propre main ; on en excepte le cas où il serait mort en repoussant la violence faite à son patrimoine ou à celui des siens , étant toutefois pénitent et repentant de ses fautes. Mais si un homme meurt subitement, non pour quelque cause manifeste, mais par le seul jugement de Dieu, il peut être enterré dans le cimetière ; car le juste , à quelque heure qu'il sorte de la vie , est sauvé , surtout si , au moment où le Seigneur l'a pris, il s'occupait de choses permises. Le cimetière et l'office des morts sont accordés sans obstacle au défenseur de la justice et au guerrier tués dans une guerre dont le motif était selon l'équité ; cependant, on ne porte pas dans l'église ceux qui ont été tués , de peur que leur sang ne souille le pavé du temple de Dieu. Mais si un homme, revenant d'une maison de prostitution ou de quelque lieu où il aura forniqué, est tué en chemin, ou, s'y arrêtant pour quelque cause, y meurt, il ne sera pas enterré dans le cimetière

commun , et cela si Ton peut prouver comme il faut qu'il a forniqué, et s'il n'est pas établi qu'ensuite il s'est confessé ou qu'il a eu la contrition de son péché ; autrement, il doit être enterré.

XV. Encore, une femme qui meurt en travail d'enfant ne doit pas être apportée dans l'église, comme le disent quelquesuns , de peur que le pavé ne soit souillé par son sang ; mais qu'on fasse ses obsèques hors de l'église et qu'on l'enterre dans le cimetière ; mais cela n'est pas juste, car alors la peine se changerait en faute pour elle. Il est donc permis de la porter dans l'église , en faisant attention cependant à ce que le temple du Seigneur ne soit pas souillé par le flux [maculis) du corps, et en prenant de grands soins pour cela.

XVI. Cependant, l'enfant tiré mort du ventre de sa mère, et non baptisé^ sera enterré hors du cimetière. 11 y en a pourtant qui disent que le fruit [par tus) est censé faire partie des entrailles.

XVII. Or, le mari et la femme doivent être mis dans le même tombeau , à l'exemple d'Abraham et de Sara , qui ne choisirent pas une sépulture particulière; et voilà pourquoi Tobie recommanda à son fils , quand sa mère aurait terminé ses jours, de la coucher dans le même sépulcre avec lui. De même, toute personne doit être enterrée dans le tombeau de ses pères , à moins que d'elle-même elle n'ait choisi sa sépulture ailleurs. Au reste^ dans le Concile de Mayence {Deconsecr., dist. ult., c. fin.), il a été statué que ceux qui sont suspendus do la communion des fidèles [suspensi), c'est-à-dire qui, pour leurs péchés , souffrent la plus grande punition , s'ils se sont confessés ou ont désiré se confesser , et ont communié , peu vent être enterrés dans les cimetières , et qu'on peut faire des offrandes et célébrer des messes à leur intention. On dira dans la septième partie, au chapitre de l'Office des Morts, comment le corps de l'homme doit être enseveli.

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