DE LA DÉDICACE DE L'ÉGLISE
Comme il a été fait mention de Féglise et de l'autel dans les chapitres précédents, il suit de là que nous devons ajouter quelques détails touchant leur dédicace ou consécration , en disant d'abord d'où la consécration de Féglise a pris son origine; ensuite^ par qui elle est consacrée; pourquoi, enfin comment on dédie l'église, et ce que signifient tant la dédicace elle-même que toutes les cérémonies qui l'accompagnent. Or, il sera parlé de l'office de la Dédicace de l'église dans la septième partie.
I. Donc, il faut dire d'abord d'où la Dédicace de l'église a eu son commencement ; sur quoi il est à remarquer que Moïse, d'après le précepte du Seigneur, fit un temple et le consacra avec sa table et son autel, ainsi que les vases d'airain et les ustensiles pour célébrer le culte divin. Et non - seulement il consacra ces choses par les prières qu'il adressa à Dieu , mais encore, d'après l'ordre du Seigneur, il les oignit de l'huile sainte. On lit encore que le Seigneur commanda aussi à Moïse de faire une huile pour en oindre le tabernacle et l'arche du testament, au jour de la Dédicace. A son tour, Salomon, fils de David, fit, d'après l'ordre du Seigneur, un temple avec un autel et les autres choses nécessaires à la parfaite et entière célébration du culte divin , et il les consacra ainsi qu'on le voit dans le livre des Rois (III Reg., cap. vi). Le roi Nabuchodonosor convoqua tous les satrapes (grands du royaume) et les gouverneurs (Ujrannos) à la dédicace de la statue d'or qu'il s'était fait faire. Et les Juifs, ainsi qu'on le lit dans Bucard (In 1. III, cap. I, Judœi), consacraient, par des prières adressées à Dieu, les lieux dans lesquels ils sacrifiaient au Seigneur,
et ils ne lui faisaient pas d'offrandes ailleurs que dans les endroits qui lui étaient dédiés. Si donc ceux qui déployaient tant de zèle à l'ombre de la loi en agissaient ainsi ^ combien plus nous , à qui la vérité a été manifestée, à qui la grâce et la vérité ont été données par Jésus-Christ, devons-nous édifier des temples au Seigneur et les orner du mieux que nous pouvons, et les consacrer, d'après l'enseignement du pape Félix III , dévotement et solennellement par des prières divines et par les saintes onctions, en même temps que les autels , les vases, les vêtements et les autres objets nécessaires à l'accomplissement du culte de Dieu? Il arriva en Syrie , dans la cité de Baruth, que les Juifs ayant foulé aux pieds une certaine image du crucifix, et lui ayant percé le côté, aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. Et les Juifs, ayant vu cela, en furent dans l'admiration et dans l'étonnement ; et, ayant frotté leurs malades de ce sang , ils furent délivrés de toutes leurs infirmités ; à cause de quoi tous , ayant embrassé la foi du Christ , furent baptisés et convertirent leurs synagogues en églises , en les faisant consacrer. Et c'est de là que vint la coutume que les églises soient consacrées, lorsque , auparavant, on consacrait seulement les autels ; l'Eglise établit aussi qu'à cause de ce miracle , il serait fait mémoire de la Passion du Seigneur, le 5 des calendes de décembre , et c'est par la même raison que l'église de cette ville fut consacrée en l'honneur du Sauveur , et l'on y conserve une ampoule qui contient de ce sang, et, à l'époque anniversaire de ce fait, on y célèbre une fête solennelle.
II. Secondement, il est à remarquer que l'évêque, lui seul, peut dédier les églises et les autels , parce qu'il est l'image et la figure du souverain-pontife le Christ , qui dédie spirituellement le temple saint, et sans lequel nous ne pouvons rien établir dans l'Eglise. C'est pourquoi il a dit lui-même : ce Sans (( moi, vous ne pouvez rien faire. » Et le Psalmiste ajoute : (( Si le Seigneur ne bâtit une maison , c'est en vain qu'ils trace vaillent, ceux qui l'édifient. » Voilà pourquoi le Concile de
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Carthage (cxvi;, q. VI ^ cap. m) défend que ce soit un prêtre qui le fasse ; car ce soin ne peut être commis à quelqu'un d'un rang inférieur à l'évêque.
III. Or^ l'église , comme l'enseignent les saints Canons, ou Fautel^ ainsi que les autres objets de ce genre ^ ne doivent pas être dédiés , à moins que le temple n'ait été doté et doté de biens acquis d'une manière licite ; hors de ces conditions, on ne doit pas le réputer consacré. On lit, en effet, que, comme un évêque dédiait une église construite du produit d'usures et de rapines, il vit derrière l'autel le diable , assis dans une chaire, en habits pontificaux, et qui lui dit : « Cesse de consacrer cette « église; car elle appartient à ma juridiction, puisqu'elle est c( le résultat de l'usure et du vol. » Et l'évêque et le clergé , pleins de terreur, s'enfuirent de là, et aussitôt le diable détruisit cet édifice avec un grand fracas.
IV. De même , l'église qui a été construite dans une vue de cupidité , et à laquelle une dot insuffisante a été assignée , comme celle dans laquelle un païen ou un infidèle a. été enseveli, ne doit pas être consacrée, jusqu'à ce que son cadavre ait été jeté hors de là, et que l'église ait été réconciliée , après qu'on en aura d'abord raclé les murs et les boiseries [tignis). Il en est de même aussi pour un excommunié. Et, si une femme enceinte a été enterrée en ce lieu , l'église pourra être consacrée sans qu'on la jette dehors, bien que son fruit ne soit pas baptisé. Quoique certains hommes sages et savants [sapientes) aient écrit le contraire, elle peut être aussi consacrée les dimanches et les jours ordinaires^ et plusieurs évêques peuvent la consacrer, et plusieurs autels peuvent en même temps être consacrés par un même évêque dans une seule église , malgré la présence d'un autre de ses collègues avec ses prêtres.
V. Troisièmement, nous devons dire pourquoi on dédie une église; or, cela a lieu pour cinq causes. Premièrement, afin que le diable et sa puissance soient entièrement chassés
de ce lieu : c'est pourquoi saint Grégoire rapporte dans ses Dialogues (1. lll, cap. xxi) que, comme on consacrait une certaine église qui avait appartenu aux Ariens, et que l'on venait de rendre aux fidèles, et, comme les reliques de saint Sébastien et de la bienheureuse Agathe y étaient apportées, le peuple, assemblé en ce lieu , sentit tout-à-coup courir entre ses pieds , çà et là , un porc qui , regagnant les portes de l'église , ne pût être vu par personne, et qui les remplit tous d'admiration et d'étonnement. Ce que le Seigneur montra, afin qu'il fût révélé à tous que l'immonde habitant de ce lieu en sortait. Et, la nuit suivante, un grand bruit se fit entendre dans les combles de cette église , comme si quelqu'un errait à l'aventure , en fuyant sur les toits. Et la seconde nuit, un bruit plus grand retentit. Enfin , la troisième nuit, un si grand fracas se fit entendre, qu'il semblait en quelque sorte que toute l'église avait été renversée et minée jusque dans ses fondements, et incontinent le bruit cessa, et l'antique ennemi ne troubla plus désormais le repos de ce temple. Secondement, afin que ceux qui s'y réfugieront soient sauvés, comme on le lit dans le Canon de saint Grégoire (XXIII , quœst. v, Reus). Et c'est pour cela que Joab s'enfuit dans le tabernacle, et saisit les cornes de l'autel. Troisièmement, afin que les prières que l'on fera en ce lieu soient exaucées. C'est pour cela que l'on dit dans l'oraison, à la Messe : (( Accorde que tous ceux qui s'assembleront ici pour prier, dans « quelque tribulation qu'ils se trouvent, reçoivent les bienfaits (( de tes consolations. » C'est ainsi que pria Salomon, lors de la dédicace du temple, comme on le lit dans le IIP livre des Rois, chapitre vu. Quatrièmement, afin qu'on y rende ses louanges à Dieu, ainsi qu'il a été dit au chapitre de l'Eglise. Cinquièmement , afin que les sacrements de FEghse y soient administrés. Voilà pourquoi l'église elle-même est appelée tabernacle [tahernaculum) , comme en quelque sorte l'hôtellerie de Dieu [taherna Dei ) , dans laquelle les divins sacrements sont renfermés et administrés.
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VI. En quatrième lieu, il faut dire comment on consacre Féglise. Or, tous étant sortis de l'église, et le seul diacre y demeurant renfermé , l'évêque , avec le clergé devant les portes de l'église, bénit l'eau où il a mis du sel ; pendant ce temps-là, au dedans du temple , douze cierges brûlent devant les douze croix peintes sur les murailles de l'église. Ensuite, le clergé, suivi du peuple^ tourne autour de l'église à l'extérieur, et asperge les murailles d'eau bénite avec un faisceau d'hysope. Arrivé devant la porte de l'églisC;, il en frappe le linteau avec son bâton pastoral^ en disant : a Princes, ouvrez vos portes ; ouvrezc( vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera. » Le diacre répond du dedans : « Quel est ce Roi de gloire ? » Et le pontife : « Le Seigneur fort et puissant , le Seigneur puissant « dans le combat. » Et, à la troisième fois, la porte étant rouverte, le pontife entre dans l'église avec un petit nombre de ses ministres , pendant que le clergé et le peuple demeurent dehors, et il dit : a Paix à cette maison; » et il dit les Litanies. Ensuite, on fait sur le pavé de l'église une croix de. cendre et de sable, où l'on écrit tout l'alphabet en lettres grecques et latines. Et, de nouveau, l'évêque bénit une autre eau, avec le sel, la cendre et le vin, et il consacre l'autel. Ensuite^ il oint du chrême les douze croix peintes sur les murailles.
VII. Certes, tout ce qui se fait ici visiblement. Dieu l'opère dans l'ame par une invisible vertu, l'ame, qui est le temple du vrai Dieu, où la foi pose le fondement de l'édifice spirituel. La
I fol choisit les pierres, la charité consomme l'œuvre; et l'église catholique elle-même, composée de l'assemblage d'un grand nombre de pierres vivantes , est le temple de Dieu ; car il y a
I beaucoup de temples en ce monde qui n'en forment qu'un ,
i dont le seul maître est le vrai Dieu, et dont le fondement est la vraie foi. Donc, la demeure qui doit être dédiée, c'est l'ame qui
i doit être sanctifiée.
VIII. Et il est à remarquer que la consécration a deux effets , car elle approprie l'église matérielle au service de Dieu, >f
et représente nos fiançailles, c'est-à-dire tant celles de l'Eglise que de l'ame fidèle avec lui. Car une demeure non consacrée est comme une jeune fille destinée à un homme, et qui cependant n'est pas dotée , ni jointe à lui dans l'union de la chair par le commerce matrimonial. Mais, lorsqu'on la consacre, on la dote et elle passe aux mains de Jésus, en qualité de son unique épouse, et c'est un sacrilège que de la laisser violer par l'adultère d'une destination ultérieure. Elle cesse aussi d'être le lupanar des démons, comme on le voit clairement dans la consécration de ce temple, qui était auparavant appelé TravGewv (le Panthéon , temple de Rome consacré à tous les Dieux : Tràv, tout, et Seoç, Dieu).
IX. C'est pourquoi nous devons parler, en premier lieu, de la bénédiction de l'eau, touchant laquelle le Seigneur dit : ce Si (( quelqu'un ne renaît pas de l'eau et de l'Esprit-Saint , il n'enc( trera point dans le royaume des cieux. » Car Feau qui est propre à laver les corps a mérité {meruit) de recevoir de Dieu une si grande vertu, que de même qu'elle lave les corps de leurs souillures, ainsi elle purifie les âmes de leurs péchés. Il est donc manifeste que cette eau par l'aspersion de laquelle on consacre l'église signifie le baptême, parce qu'en quelque sorte l'église elle-même est baptisée ; or, cette église désigne aussi celle qui est contenue dans son sein, à savoir : la multitude des fidèles , d'oii elle tire son nom [ecclesia], d'autant plus qu'elle renferme entre ses murs l'assemblée des fidèles (cxxXYjata); c'est le contenant pour le contenu.
X. Mais il faut rechercher pourquoi on mêle le sel à cette eau, puisque notre Sauveur, parlant du baptême, ne fait aucune mention du sel ; car il ne dit pas : a Si quelqu'un ne recc naît pas de l'eau salée ou mêlée de sel; » ou quelque chose de ce genre ; mais il dit : « Si quelqu'un ne renaît pas de l'eau « et de r Esprit-Saint , etc. » Et l'on peut demander la même chose touchant l'huile et le chrême. Il est à remarquer que le sel , dans l'Ecriture-Sainte et selon la parole de Dieu , est sou-
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vent mis pour la sagesse , selon ce mot : a Que votre parole « soit mêlée de sel. » Et le Seigneur dit à ses disciples : « Ayez « le sel en vous et la paix entre vous. » Et encore : « Vous (( êtes le sel de la terre ; que si le sel est éventé^ avec quoi c( pourra-t-on l'assaisonner ? » C'est aussi pour cela que, d'après la loi, nulle hostie n'était offerte sans sel , et qu'on l'employait dans tout sacrifice. On reste donc convaincu, par ces exemples , que le sel est employé pour la sagesse : la sagesse est , en effet , le condiment de toutes les vertus , comme le sel est l'assaisonnement de toutes les nourritures. C'est donc encore pour cela que nul n'est baptisé avant d'avoir mangé du sel, même les enfants, afin que ce qu'ils ne peuvent avoir par la pratique, ils l'aient du moins par le symbole ou la théorie du sacrement ; enfin, voilà la raison pour laquelle on ne bénit pas l'eau sans le sel. On parlera de la seconde bénédiction de l'eau dans le Traité suivant.
XL Or, la triple aspersion intérieure et extérieure, avec l'hysope et l'eau bénite , représente la triple immersion observée dans le baptême; et elle a lieu pour trois raisons. Premièrement , pour chasser les démons; car l'eau bénite a la vertu particulière de les mettre en fuite. Voilà pourquoi on dit en l'exorcisant : ce Afin que l'eau devienne exorcisée, pour a mettre en fuite toute puissance de l'ennemi , et pour exterc( miner l'ennemi lui-même , etc. » Secondement, pour purifier cette église , et en expiation des fautes qui s'y sont commises ; car tout ce qui est de la terre a été corrompu et souillé à cause du péché. Voilà aussi la raison pour laquelle on purifiait presque tout avec l'eau, sous le règne de la loi. Troisièmement, pour en écarter toute malédiction et pour y faire entrer la bénédiction. Car la terre, dès le principe, fut maudite avec son fruit , parce que d'elle avait été engendré le fruit de la déception. Mais l'eau n'a été soumise à aucune malédiction (20). C'est pour cela que le Seigneur mangea du poisson, tandis qu'on ne lit pas expressément qu'il ait mangé de la chair.
hors de l'Agneau pascal, et cela à cause du précepte de la loi, afin de nous donner l'exemple de nous abstenir parfois de ce qui est permis, et parfois d'en manger. L'aspersion que l'on fait autour de l'église , à l'extérieur , marque que le Seigneur qui veille sur les siens envoie son ange au milieu de ceux qui le craignent.
XII. Et les trois répons que l'on chante pendant ce temps-là, c'est la joie des trois ordres de ceux qui reçoivent la foi, à savoir : de Noé, de Daniel et de Job. Et parce qu'à cette invocation est attachée la grâce de la foi , de l'espérance et de la charité , voilà pourquoi on asperge le pied, le milieu et le haut de la muraille. On parlera aussi bientôt de l'aspersion intérieure. On parlera de la vertu de l'hysope dans le chapitre , suivant.
XIII. Le triple circuit que l'évêque fait en aspergeant désigne le triple avènement du Christ , pour la sanctification de de l'Eglise. Le premier , quand il vint du ciel dans le monde ; le second, lorsqu'il descendit de la terre dans les lymbes; le troisième, quand, de retour des lymbes, il ressuscita et monta au ciel. Le triple circuit montre aussi que cette église est dédiée en l'honneur de la Trinité. Il désigne encore le triple état de ceux qui doivent être sauvés dans l'Eglise : les vierges , les continents et les époux; ce que figure de même la disposition de l'église matérielle, comme il a été dit au chapitre de TEghse.
XIV. Enfin , la triple percussion au linteau de la porte signifie le triple droit que le Christ a dans son Eglise , à cause de quoi elle doit lui être ouverte. Ces droits sont ceux de son incarnation , de sa rédemption et de la promesse qu'il lui a faite de la glorifier. Car le pontife représente le Christ, sa verge sa puissance. Les trois coups frappés à la porte avec le bâton pastoral désignent la prédication de l'Evangile. Qu'est-ce en effet que la crosse , sinon la parole de Dieu , selon ce mot d'Isaïe (xi) : ce II frappera la terre de sa verge , » c'est-à-dire de
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la parole de sa bouche, etc.? Donc, frapper les portes du bâton, c'est ébranler par la voix de la prédication les oreilles de ses ouailles. Car les oreilles sont les portes par lesquelles nous faisons entrer dans les cœurs de nos auditeurs les paroles de la sainte prédication ; ce qui fait dire au Psalmiste : « Toi qui « m'ouvres les portes afin que j'annonce toutes tes louanges a aux portes de la fille de Syon. » Que sont les portes de la fille de Syon , sinon les oreilles et l'entendement des fidèles. Troisièmement , la triple percussion avec la verge et l'ouverture des portes signifient que, par la prédication des pasteurs, les infidèles viendront à la connaissance de la foi. Par elle, en effet, s'ouvrent les portes de la justice, et ceux qui sont entrés par elles reçoivent la foi ; voilà pourquoi le Psalmiste dit : <( Ouvrez-moi les portes de la justice, et, entré par elles, je c( confesserai le Seigneur; c'est la porte du Seigneur, les jusce tes entreront par elle. » Donc, l'évêque frappe sur le linteau c'est-à-dire qu'il prie et qu'il parle, disant : c< Je vous supplie, (( ô princes (démons, ou plutôt hommes) ! enlevez, c'est-à-dire c( ouvrez les portes, dépouillez votre ignorance et ôtez-la de « devant votre cœur. »
XV. Or, la demande du diacre qui est enfermé dans l'église et répond au nom du peuple : a Quel est ce roi {iste) de gloire?»
I c'est l'ignorance de ce même peuple, qui ne sait quel est celui (iste) qui doit entrer.
XVI. L'ouverture de la porte, c'est l'évacuation du péché : c'egt donc à juste titre que l'évêque frappe trois fois, parce que ce nombre est très-connu et très-saint; et, dans toute dédicace, l'évêque doit frapper trois fois aux portes, parce qu'au-
1 1 cun sacrement n'a lieu dans l'Eglise sans qu'on invoque la Trinité.
XVII. Et la triple proclamation : <( Ouvrez-vous, portes, 1 « etc., » signifie la triple puissance du Christ, à savoir : celle
qu'il a dans le ciel , et sur le monde, et en enfer. C'est pour cela qu'on dit dans l'hymne de l'Ascension : « Que la triple
a machine du ciel, de la terre et des enfers^ abaissée et sou- « mise, fléchisse maintenant le genou. »
XVIII. Or, la porte étant ouverte, l'évêque entre pour marquer que s'il use raisonnablement de ses droits , rien ne peut lui résister, selon cette parole : « Seigneur, qui résistera à ta c< puissance? » Mais il entre avec deux ou trois prêtres seulement, afin que toutes les paroles de la consécration restent dans la bouche de deux ou trois témoins , ou parce que le Seigneur s'étant transfiguré en présence d'un petit nombre de disciples, pria pour l'Eglise, et, en entrant, il dit : a Paix à cette maison et à tous ceux qui y habitent ; » parce que le Christ , en venant dans ce monde, fit la paix entre Dieu et l'homme. Car il vint afin de nous réconcilier à Dieu le père.
XIX. Après cela, pendant qu'on dit les litanies, il prie pros- ^ terne contre terre, pour que cette maison soit sanctifiée. Car le Christ aussi, s'étant humilié avant sa passion, priait pour tous les disciples qui croiraient en lui, disant : ce Père, sanctifie-les en ton nom. » Après qu'il s'est relevé, il prie sans saluer le peuple , car il ne dit pas : ce Que le Seigneur soit avec vous, » puisqu'en quelque sorte l'église n'est pas encore baptisée, et parce que les catéchumènes ne sont pas seulement dignes qu'on les salue, mais, quoiqu'ils ne soient pas encore sanctifiés, il faut cependant prier pour eux.
XX. Le clergé, qui prie et chante les litanies en chœur, représente les apôtres qui intercédaient auprès de Dieu pour la sanctification de l'Eglise et des âmes. On écrit de la manière suivante l'alphabet sur le pavé de l'église : on fait une croix de cendre et de sable transversale à l'église, et on y trace l'alphabet en manière de croix, en lettres grecques et latines , mais non hébraïques, parce que les Juifs se sont éloignés de la foi, et on écrit avec le bâton pastoral.
XXI. Or, l'alphabet écrit sur la croix représente trois choses : premièrement, l'écriture en manière de croix, composée de lettres grecques et latines, marque l'union dans la foi des deux
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peuples juif et gentil , produite par la croix du Christ , selon cette parole du livre de Jacob : « Il bénit ses iSls les mains croisées. » Et cette croix, ou le côté en travers de l'église, c'est-àdire allant du cô(é gauche de TOrient au côté droit de l'Occident, et l'autre de la droite de l'Orient à la gauche de l'Occident^ signifie que ce peuple, qui était d'abord heureux [dexter), est devenu malheureux [sinister), et que , de la tête où il était, il a passé à la queue , et cela par la vertu de la croix. Car le Christ, venant de l'Orient, a laissé les Juifs à sa gauche^, parce qu'ils étaient infidèles, et est venu vers les Gentils, à qui (bien qu'ils fussent dans l'Occident) il a donné d'être à sa droite ; enfin, après avoir placé les Gentils à droite, dans l'Orient, il a visité les Juifs à gauche, dans l'Occident, car il est certain qu'ils sont plus méchants qu'il n'a d'abord trouvé les Gentils. C'est pourquoi on écrit ces lettres obliquement et en manière de croix , et non tout droit, parce qu'il ne peut atteindre à cette sainte intelligence , celui qui ne reçoit pas le mystère de la croix et ne croit pas qu'il sera sauvé par la passion dii Christ ; la sagesse n'entrera pas dans une ame mal disposée [malwolam)y et là où le Christ n'est pas le fondement, on ne peut bâtir dessus.
XXII. Secondement, l'écriture de l'alphabet représente l'un I el l'autre Testament , parce qu'ils ont reçu leur accomplissement par la croix du Christ. Car, dans la passion , le voile du temple se déchira à cause qu'alors les Ecritures furent ouvertes et que le Saint des saints fut révélé. Ce qui fait qu'en mourant le Christ dit : ce Tout est consommé. » Or, toute science est contenue dans ce peu de lettres, et l'on tire la croix transversalement pour exprimer qu'un Testament est contenu dans
i l'autre. C'était une roue dans une autre roue.
XXIII. Troisièmement^ elle représente les articles de la foi. Or, le pavé de l'église , c'est le fondement de notre foi. L'alphabet qu'on y écrit, ce sont les articles de la foi, avec lesquels on instruit les ignorants et les néophytes d'entre les deux peu-
pies, eux qui doivent se rcputer poussière et cendre. Selon ce que dit Abraham (Gcnesis, xvin). « Je parlerai à mon Seigneur, bien que je sois poussière et cendre. )> Donc, l'écriture de l'alphabet sur le pavé , c'est la simple doctrine de la foi dans le cœur de l'homme.
XXIV. La crosse [samhuca], ou le bâton avec lequel on écrit l'alphabet , montre la doctrine des apôtres ou le mystère des docteurs par lequel a eu lieu la conversion des Gentils et la perfidie des Juifs. C'est avec raison que le Christ , s'approchant de l'autel^, commence sa prière en ces termes et en se tenant debout : « Dieu, viens à mon aide ! » parce qu'enfin, alors, il dit ce qui est le début de l'office de cette cérémonie ; et l'on récite le verset : « Gloire au Père , et au Fils, et à l'Esprit saint. »
XXV. Malgré que cette bénédiction ait lieu pour rendre gloire à la Trinité, on ne dit pas cependant alléluia ^ comme on l'expliquera dans le chapitre suivant; et il consacre l'autel. Or, pour cette consécration , on bénit une autre eau , comme on le dira dans le chapitre suivant ; et^ après qu'on en aura aspergé l'autel sept fois, on asperge aussi trois fois toute l'église à l'intérieur, comme on l'a fait auparavant pour l'extérieur, sans faire différence des plus grandes pierres ou des plus petites, parce que devant Dieu il n'y a pas d'acception de personnes. C'est pourquoi on asperge à l'intérieur, pour marquer que l'ablution extérieure sans l'intérieure ne sert de rien. Et l'on fait cela trois fois , parce que , comme on l'a dit auparavant, cette aspersion signifie l'aspersion et la purification du baptême que l'on reçoit par le bénéfice de la Trinité , selon cette parole : a Allez, instruisez toutes les nations [génies), les baptisant au nom du Père, et du Fils, et de l'Esprit saint. » Or, comme l'église ne peut être trempée dans l'eau par immersion, ainsi qu'on y plonge celui que l'on doit baptiser, voilà pourquoi on l'asperge d'eau trois fois, en remplacement, en quelque sorte, delà triple immersion.